Cure d’austérité à haut risque en Europe
Après les plans de relance, l’Europe semble se lancer dans des plans d’austérité. Une réaction des gouvernements pour redonner confiance au marché jugée excessive par de nombreux économistes.
Après les plans de relance, l’Europe semble se lancer dans des plans d’austérité. Une réaction des gouvernements pour redonner confiance au marché jugée excessive par de nombreux économistes.
Après la Grèce, le Portugal, l’Espagne et le Royaume-Uni, c’est l’Italie qui a finalement présenté le 25 mai son plan de réduction du déficit public.
Grèce
Après les recommandations de l’Union européenne et du FMI, la Grèce a été contrainte de mener une politique d’austérité. Elle a annoncé son plan en mars 2010, prévoyant des économies de l’ordre de 4,8 milliards d’euros. Le nouveau plan adopté en mai se veut plus ambitieux avec un objectif de réduction du déficit public de 30 milliards d’euros d’ici 2014. Si, en 2009, le déficit grec était proche de 14% du PIB, Athènes veut le ramener sous la barre des 3% d’ici 4 ans. Pour y parvenir, la Grèce a procédé à des hausses des prélèvements obligatoires, de la TVA notamment, et des coupes salariales drastiques dans la fonction publique. La réforme des retraites sera également engagée plus tôt que prévu en Grèce, après les recommandations de la Commission européenne.
Espagne
Le gouvernement espagnol a annoncé un plan d’austérité de 50 milliards d’euros d’ici 2013 au mois de janvier afin de ramener le déficit public à 3% du PIB en 2013. Madrid a approuvé la semaine dernière un plan d’austérité, prévoyant des économies de 15 milliards dès 2010 et 2011 sous la pression des marchés et des partenaires européens. Une baisse des salaires des fonctionnaires d’environ 5% en moyenne dès le mois de juin et un gel de la revalorisation de certaines retraites en 2011 ont ainsi été prévus.
Portugal
Lisbonne a renforcé en mai ses objectifs de réduction de son déficit budgétaire, dans l’espoir de le ramener à 9,4% du PIB en 2009 à 4,6% dès 2011. Après l’annonce en février d’un programme axé sur une réduction des dépenses, le gouvernement a décidé une hausse générale des impôts.
Italie
L’Italie a adopté le 25 mai un plan de réduction du déficit de 24 milliards d’euros sur deux ans.
Grande-Bretagne
La coalition des Conservateurs et des Libéraux démocrates en Grande-Bretagne a également annoncé ses ambitions en la matière lundi 24 mai. L’objectif est de réduire le déficit de 7,19 milliards d’ici 5 ans.
Pour Carl Emmerson, directeur adjoint de l’Institute for fiscal studies, le déficit de 181 milliards d’euros par an est considérable au Royaume-Uni. « Les revenus des impôts ont baissé, en grande partie, les dépenses publiques augmentent », note-t-il. Il est fondamental de réduire le déficit selon lui. « Le plus grand défi sera de ne pas nuire à l’économie », souligne-t-il.
Irlande
En 2009, Dublin a adopté deux plans d’austérité de 3 et 4 milliards d’euros, pour ramener le déficit public à 11,5% du PIB en 2010, contre 14,3% en 2009. Une baisse des allocations sociales et une réduction de 5 à 15% des salaires des fonctionnaires ont été décidées.
France
Pour la France, il serait excessif « de parler de plan de rigueur ou d’austérité », estime l’économiste Frédéric Bonnevay. Avec l’annonce d’un gel des dépenses de l’État pendant 3 ans, « la France se situe toutefois dans la ligne de crête entre la rigueur allemande et le semi-laxisme des pays du Sud », reconnait-il.
Le maire de Bordeaux et ancien premier ministre Alain Juppé s’exprimant devant la Conférence Olivaint le 25 mai 2010 n’a pas eu peur d’employer les mots de « rigueur » ou d’ »austérité, soulignant qu’ »il fallait mettre de l’ordre dans les finances publiques », en « réduisant pour cela les dépenses inutiles, et même parfois certaines dépenses utiles ». « On ne peut y échapper, même s’il faut soutenir la croissance, notamment par la recherche et l’innovation », a-t-il poursuivi.
Ainsi, Alain Juppé a salué la « courageuse décision de ne pas renouveler un poste d’un fonctionnaire sur deux ». « L’effet cumulatif positif devrait se faire sentir dans les cinq prochaines années. »
POSITIONS :
Pour Pierre-Cyrille Hautcœur, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, la Grèce a été contrainte de se soumettre à un plan de rigueur par le FMI et l’Union européenne, « les autres pays en situation de faiblesse comme l’Espagne, le Portugal ont suivi afin de ne pas être confondus avec la Grèce ». Le phénomène s’est ensuite répandu. « On surréagit », affirme-t-il.
« Les gouvernements sont forcés par les marchés financiers d’adopter des plans de rigueur. » Ces derniers « semblent faire pression », précise-t-il. Le 25 mai, l’indice boursier paneuropéen FTS Eurofirst 300 a cédé 2,54% après être tombé au plus bas depuis le 20 août 2009. A Paris, le CAC 40 a perdu 3,2%, et les Bourses de Londres et Francfort autour de 2,5%.
Communication ou nécessité ?
Ces plans d’austérité ont pour objectif « d’éviter une crise sur la dette », poursuit Pierre-Cyrille Hautcœur.
L’économiste déplore toutefois que ces plans de réduction des déficits publics ne soient pas mis en œuvre « de manière coordonnée ». Le risque est « de réduire la demande globale », estime-t-il. Il existe « peu d’alternatives à la réduction de la dette et elles sont coûteuses », note Pierre-Cyrille Hautcœur.
Il en va ainsi des économies comme des chaises musicales. Filant la métaphore évoquée par l’ancien président de Citigroup Charles Prince, Fédéric Bonnevay, économiste à l’Institut Montaigne juge que « tant que tout va bien, tout le monde continue à danser. C’est quand la musique s’arrête que les marchés sombrent dans la tourmente ».
Selon lui, « lorsque la capacité d’absorption du papier devient limité, s’engage alors une lutte fratricide entre les émetteurs qui font tout pour montrer patte blanche ».
L’’’inconfort politique » est notable, observe Frédéric Bonnevay. Les deux objectifs de soutien à la croissance et de réduction de la dette sont « contradictoires ». L’Europe serait face à « un dilemme entre le soutien à la croissance et l’incapacité de le faire, faute de financement ».
Pour l’ancien premier ministre Alain Juppé (UMP), avec une monnaie unique, il faut que « l’Europe aille plus loin si on veut que ça [le système] tienne ». « Il faut franchir une étape supplémentaire et mettre en œuvre une gouvernance économique en pilotant les différentes politques budgétaires », juge-t-il.