Crise migratoire : l’UE serre la vis sur les retours et se divise sur les frontières
Les dirigeants de l’UE ont adopté la position la plus stricte des dernières années en matière de migration lors d’un sommet spécial jeudi (9 février), alors que les franchissements irréguliers de frontières atteignent leur plus haut niveau depuis 2015.
Les dirigeants de l’UE ont adopté la position la plus stricte des dernières années en matière de migration lors d’un sommet spécial jeudi (9 février), alors que les franchissements irréguliers de frontières atteignent leur plus haut niveau depuis 2015.
Le contrôle de la migration est revenu en tête des priorités de l’UE après un pic de migration clandestine en 2022.
En effet, l’année dernière, quelque 330 000 franchissements irréguliers des frontières ont été enregistrés par l’agence de contrôle des frontières de l’UE, Frontex, et les autorités nationales chargées de l’immigration sont soumises à une pression croissante en raison du grand nombre de demandes d’asile en attente.
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« Nous devons mettre un frein à l’immigration clandestine dans l’UE », a déclaré le chancelier autrichien Karl Nehammer lors du sommet du Conseil européen à Bruxelles. Le gouvernement de M. Nehammer a fait pression, sans succès jusqu’à présent, pour que des fonds européens soient utilisés pour construire une clôture à la frontière bulgare avec la Turquie.
« Nous avons besoin d’argent pour cela, peu importe que vous l’appeliez clôture ou infrastructure frontalière », a déclaré M. Nehammer.
La proposition de financer la clôture frontalière a reçu peu de soutien de la part des autres dirigeants, alors que le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a déclaré que « les gens se déplacent parce que dans leur pays, il n’y a pas d’avenir, il n’y a pas de paix, il n’y a pas de stabilité ».
« Pour le moment, ce qui est sur la table, c’est Bulgarie-Turquie… mais cela ne sera pas suffisant. Il y aura donc encore de nouvelles clôtures et de nouveaux murs…. La conclusion est-elle que nous voulons une forteresse en Europe ? » s’est interrogé le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel.
Toutefois, les responsables de l’UE ont déclaré qu’il existait un consensus sur les dispositions strictes figurant dans les conclusions du sommet, qui menacent de suspendre les aides, les échanges en franchise de droits et l’accès aux visas pour les pays qui refusent de reprendre les demandeurs d’asile déboutés.
L’Union utilisera « comme levier toutes les politiques, tous les instruments et tous les outils pertinents de l’UE, y compris la diplomatie, le développement, le commerce et les visas, ainsi que l’immigration légale », selon le communiqué final.
Le droit de subordonner l’aide étrangère à la coopération en matière de migration existe en fait depuis plus de deux décennies dans le cadre de l’accord de Cotonou conclu entre l’UE et l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), mais n’a jamais été utilisé.
Une version ultérieure de l’accord de Cotonou, qui a été finalisée par les négociateurs de l’UE et des pays ACP en 2021, n’a toujours pas été ratifiée parce que le gouvernement hongrois refuse de l’approuver, sous prétexte que cet accord ne fait pas assez pour freiner la migration.
L’accord de Cotonou exige également que les pays rapatrient les demandeurs d’asile déboutés et les migrants économiques.
Avant le sommet, les responsables de la Commission européenne ont tenu à minimiser l’éventualité d’une suspension des aides. Cependant, le Taoiseach irlandais Leo Varadkar, l’un des dirigeants européens les plus modérés en matière de migration, a déclaré aux journalistes qu’il n’était « pas déraisonnable » de refuser l’accès au commerce et aux aides aux pays qui refusent de reprendre leurs citoyens.
Parmi les autres pommes de discorde figuraient la perspective d’instaurer un code de conduite pour les bateaux de recherche exploités par des ONG pour secourir les migrants qui tentent de traverser la Méditerranée et le renforcement des contrôles des demandes d’asile afin d’empêcher les personnes de déposer des demandes dans plusieurs États membres de l’UE.