Crise financière : l’Europe dans la tempête

Les bourses mondiales ont connu une baisse spectaculaire, lundi 6 octobre, le CAC 40 enregistrant un recul historique de 9,04% en clôture. Malgré le sommet G4 du week-end dernier, les États européens peinent à proposer un front uni face à la crise. Du côté des économistes, les appels à la régulation de la finance internationale se multiplient.

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Les bourses mondiales ont connu une baisse spectaculaire, lundi 6 octobre, le CAC 40 enregistrant un recul historique de 9,04% en clôture. Malgré le sommet G4 du week-end dernier, les États européens peinent à proposer un front uni face à la crise. Du côté des économistes, les appels à la régulation de la finance internationale se multiplient.

Les bourses européennes ont viré au rouge alors que la France et l’Allemagne sont déjà en situation de récession et que le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne s’attendent à une forte décélération de leurs PIB. L’ensemble des places boursières européennes ont été touchées : baisse de 9,04% pour le CAC 40 – recul sans précédent sur une séance – Milan a perdu 8,24%, Londres 7,85%, Francfort 7,07%, Amsterdam 9,14% et Moscou 19,1%.

«Aujourd’hui, la question est de savoir si la crise est majeure, s’il s’agit d’une dépression.» S’exprimant lundi soir lors d’une conférence de presse en compagnie des économistes Christian de Boissieu et Patrick Artus, le président du Cercle des Economistes, Jean-Hervé Lorenzi, a évoqué la menace d’une «dépression massive de l’économie mondiale.» A l’heure où les flux financiers sont mondiaux, la réunion européenne G4 de samedi dernier n’a donc pas suffi à rassurer les marchés. (EURACTIV.fr 06/10/08).

Menaces de «credit crunch» sur l’économie européenne

Rachat de Fortis par BNP Paribas, sauvetage d’Hypo Real Estate, fragilité de Dexia, inquiétudes chez Natixis et Unicrédit, l’environnement des banques européennes est devenu délétère. «Les banques n’arrivent pas à se financer et plus personne ne prête aux banques. D’où un début de contraction des crédits aux entreprises.» Selon Patrick Artus, directeur de la recherche économique chez Natixis, l’Europe est frappée «d’une crise de liquidités» et les banques du Vieux continent ont besoin «d’une réouverture des marchés.»

Une situation très différente de celle que connaissent les banques américaines. En effet, les risques liés aux actifs financiers «toxiques» – notamment ceux issus de la titrisation – sont nettement moins élevés en Europe qu’aux États-Unis, où le stock de crédit non remboursé atteint environ 1000 milliards de dollars. «Attention à ne pas copier en Europe les solutions américaines», prévient Patrick Artus. Même constat pour Christian de Boissieu, président du Conseil d’Analyse Economique auprès du Premier Ministre, selon lequel «du côté européen, il ne faut pas de plan Paulson.»

Dans leur majorité, les banques européennes souffriraient donc plus d’une crise de liquidités liée à un problème de confiance que d’actifs mal provisionnés. Patrick Artus considère dès lors que «seule la garantie de dettes bancaires par les États» peut assurer la stabilité du système bancaire. Jean-Hervé Lorenzi pointe quant à lui «deux risques majeurs pour l’économie européenne : le logement et le financement des PME». Deux domaines qui appellent, selon lui, «un soutien très fort» de la puissance publique.  

L’Europe en ordre dispersé

Selon Isabelle Bourgeois, chargée de recherche au Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne contemporaine et rédactrice en chef de Regards sur l’économie allemande, «il n’y a pas d’intégration de la finance au niveau européen; dans l’Union, les systèmes bancaires sont de formatage national.» Ce qui expliquerait les difficultés à mettre en place un plan au niveau communautaire. D’autant plus qu’«avec son système de banques universelles et multimétiers, l’Europe est relativement protégée, à la différence des banques américaines, fondées elles sur la spécialisation.»

Evoquant une «crise de la complexité financière », Christian de Boissieu estime quant à lui que la situation appelle un «besoin de plus d’Europe.» Or, à la fin du G4, «les dirigeants européens sont rentrés chez eux avec leurs problèmes.»

Néanmoins, les convergences entre les pays européens existent, notamment sur les garanties accordées aux déposants et sur la nécessité d’adopter des règles du jeu financières à l’échelon mondial. 

Dans une déclaration du 6 octobre publié dans les 27 États membres, le Président français Nicolas Sarkozy a indiqué que «chacun d’entre nous – les chefs d’État et de gouvernement – prendra toutes les mesures nécessaires pour assurer la stabilité du système financier – que ce soit par l’injection de liquidités en provenance des banques centrales, par des mesures ciblées sur certaines banques ou par des dispositifs renforcés de protection des dépôts.»

Mardi 7 octobre, le Conseil Ecofin devrait étudier la possibilité de relever la garantie bancaire minimale dans l’UE de 20 000 à 100 000 euros. Certains pays, comme l’Allemagne et l’Irlande, garantissent déjà les épargnants de manière illimitée. La France garantit pour l’instant les dépôts à hauteur de 70 000 euros.

Assouplissement du Pacte de stabilité ?

Le 6 octobre, la monnaie unique européenne a atteint 1,34 dollar, soit son niveau le plus bas par rapport au billet vert depuis 14 mois. Pour Jérôme Creel, chercher à l’OFCE de Sciences po, cela signifie que «la crise touche officiellement les pays européens. Alors que dix jours plus tôt, les investisseurs se faisaient plus de soucis pour les États-Unis que pour l’Europe.»

Pour le chercheur, «les États ont actuellement intérêt à intervenir. En Europe, un fonds global serait efficace si le système bancaire était homogène dans la zone euro. A défaut, chaque gouvernement y va donc de sa petite initiative.»

Le sommet G4 du week-end dernier a laissé entendre que certains États – en particulier la France – pourraient contrevenir à la règle des 3% de déficit budgétaire. Le Pacte de stabilité de 1997 prévoit en effet que des circonstances exceptionnelles, notamment un ralentissement grave de l’activité économique, peuvent justifier un dépassement des règles budgétaires communes.

Pour autant,  Isabelle Bourgeois considère que «l’information à l’issue de la réunion de samedi est lacunaire. Il n’est pas possible de comprendre ce qui a été décidé ; si on parle de modifier le Pacte de stabilité, cela n’implique pas seulement quatre pays mais l’ensemble des États membres de la zone euro qui décident à l’unanimité.»

Calendrier :

  • 6 et 7 octobre: réunion de l’Eurogroupe et de l’Ecofin
  • 15 et 16 octobre: Conseil européen
  • fin 2008: réunion d’un sommet international sur le système financier mondial