Crise énergétique : l’Allemagne annonce un « bouclier » économique de 200 milliards d’euros

Berlin a annoncé un programme d’aide gouvernementale de grande envergure, alimenté par de nouvelles dettes, pour permettre à l’Allemagne de traverser la crise énergétique — ce qui a été largement salué par l’industrie.

EURACTIV Allemagne
German government announces a gas price brake
Le gouvernement allemand a instauré un « bouclier » de 200 milliards d’euros pour protéger la substance économique du pays, comme l’a expliqué le chancelier Olaf Scholz, sur l’écran. [EPA-EFE/FILIP SINGER]

Berlin a annoncé un programme d’aide gouvernementale de grande envergure, alimenté par de nouvelles dettes, pour permettre à l’Allemagne de traverser la crise énergétique — ce qui a été largement salué par l’industrie.

L’Allemagne, « superpuissance industrielle » mondiale, se trouve sous pression. L’avantage qu’elle a longtemps tiré de l’énergie russe bon marché a pris fin, les prix de l’énergie s’envolent et les entreprises réduisent leur production ou quittent le pays.

L’influent groupe de lobby industriel BDI a alerté que « le monde de l’industrie est menacé ». Le gouvernement allemand cherche à pallier cette situation.

« La Russie mène une guerre énergétique contre l’Europe. Nous préserverons le tissu économique de notre pays », a déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz, jeudi (29 octobre), alors qu’il présentait un plan de 200 milliards d’euros pour venir en aide à l’industrie et aux ménages.

Il a évoqué une « double dose », en référence à la fameuse formule du « bazooka » qu’il a utilisée à propos de l’aide massive de l’Allemagne pour son économie frappée par les interruptions d’activité liées à la pandémie.

Afin de ne pas briser le « frein à l’endettement » allemand, qui oblige le budget allemand à être à l’équilibre (« Schuldenbremse »), le gouvernement a décidé de réactiver le fonds de stabilisation de l’économie, qui avait été renforcé lors de la crise de la Covid-19.

« Le fonds de stabilisation de l’économie est un instrument de crise qui a déjà fait ses preuves pendant la pandémie de la Covid-19, notamment lors du sauvetage de Lufthansa », a déclaré le porte-parole du SPD pour les questions budgétaires, Dennis Rohde.

Dans le cadre de ce plan, une quantité donnée d’électricité sera subventionnée pour les consommateurs et les entreprises, une mesure sera mise en œuvre pour limiter les impacts des prix élevés du gaz, et le taux de la taxe sur la valeur ajoutée pour le gaz et le chauffage urbain sera maintenu à 7 % jusqu’au printemps 2024.

La mesure visant à limiter l’impact des prix du gaz doit être décidée par un comité d’experts dans un délai de deux semaines.

Le montant exact de la consommation d’électricité qui sera subventionnée n’a pas encore été révélé, mais un pourcentage d’environ 80 % par rapport à la consommation de l’année dernière semble probable.

Parallèlement, la taxe controversée sur le gaz, qui devait entrer en vigueur en octobre, sera supprimée et le gouvernement allemand s’apprête à nationaliser les entreprises les plus durement touchées par l’arrêt des approvisionnements en gaz en provenance de Russie. Le gouvernement a qualifié ces mesures de « solutions sur mesure » dans un communiqué de presse.

Le montant du « bouclier », qui pourrait atteindre 200 milliards d’euros, est considérable. « Nous sommes économiquement forts, et nous mobilisons cette force économique quand elle est nécessaire », a souligné le ministre des Finances Christian Lindner.

En outre, le gouvernement allemand a réitéré son soutien total à la taxe de solidarité proposée par la Commission européenne, en insistant pour qu’un accord politique soit trouvé lors du Conseil des ministres de l’Énergie de vendredi (30 septembre).

La dernière fois que l’Allemagne s’est mobilisée de la sorte était lors de la crise de la Covid-19, au cours de laquelle le fonds de mobilisation s’est vu doté de 600 milliards d’euros. Seuls 1,45 % de cette somme avait été utilisés, 43 demandes d’aide seulement ayant été présentées à la fin de 2021 et le sauvetage de Lufthansa étant le seul exemple notable d’utilisation du fonds.

L’industrie se réjouit

Le secteur allemand à forte intensité énergétique n’a pas tardé à se réjouir du bouclier de 200 milliards d’euros, dressé en partie pour le protéger.

« C’est une excellente nouvelle », a expliqué Wolfgang Große Entrup, PDG de l’association de l’industrie chimique VCI, qui a souligné la nécessité de faire vite compte tenu du peu de détails mis à disposition.

L’association d’ingénierie mécanique VDMA s’est montrée plus sceptique. « La double dose ne fonctionne que si l’industrie est également largement concernée », a déclaré le PDG Thilo Brodtmann.

« Les PME du secteur industriel ont également besoin d’une plus grande sécurité et d’un allègement de leurs coûts énergétiques », a-t-il ajouté, plaidant pour que l’industrie obtienne une part plus importante des 200 milliards d’euros qui doivent être répartis entre les consommateurs et le secteur industriel.

Préserver la paix sociale

Avant cette annonce, plusieurs ministres du gouvernement avaient mis en garde contre des « soulèvements populaires » en cas de flambée incontrôlée des prix de l’énergie.

« L’intervention de l’État est importante pour la paix sociale », a expliqué Martin Dulig, ministre de l’Économie de Saxe. La Saxe a récemment connu une hausse de popularité du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD). Le parti semble gagner du terrain grâce à la vague d’indignation suscitée par le début de la saison de chauffage.

Parallèlement, l’Allemagne connaît une vague de froid, les températures étant très inférieures à la moyenne pour la saison.