Crise du gaz : l'Allemagne consacre 15 milliards d'euros au sauvetage d'Uniper

Le gouvernement allemand a annoncé qu’il allait verser 15 milliards d'euros à Uniper, l’un des plus grands importateurs de gaz au monde, mis en difficulté par le fournisseur de gaz russe Gazprom.

EURACTIV.com
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Le gouvernement allemand a annoncé son intention de consacrer 15 milliards d'euros au sauvetage du géant gazier en difficulté Uniper. [EPA-EFE/FRIEDEMANN VOGEL]

Le gouvernement allemand a annoncé qu’il allait verser 15 milliards d’euros à Uniper, l’un des plus grands importateurs de gaz au monde, mis en difficulté par le fournisseur de gaz russe Gazprom. 

Uniper, la société issue de la scission d’E.ON, dépendait de Gazprom pour une part non divulguée mais importante de ses importations de gaz, qu’elle vendait ensuite aux services publics et aux clients industriels locaux. Les flux russes ayant considérablement chuté, le gouvernement allemand a pris des mesures pour éviter un effet de type «  Lehman Brothers  » sur les marchés du gaz.

« Tout ce qui compte, nous le ferons, aujourd’hui et aussi longtemps qu’il le faudra », a déclaré le chancelier Olaf Scholz, qui a repoussé ses vacances d’été pour annoncer cette mesure.

Le gouvernement va donc presque quadrupler le prêt de la banque d’État à Uniper, qui passera de 2 à 9 milliards d’euros, tout en allouant 8 milliards d’euros à l’achat d’actions Uniper. Cela permettra ainsi à l’État de détenir 30 % de la société.

Un autre montant de 7,7 milliards d’euros sera mis à disposition de manière optionnelle sous la forme d’une obligation convertible (qui se transformera également en actions).

La majeure partie d’Uniper était détenue par l’entreprise publique finlandaise Fortum, qui possédait 78 % des parts. Le gouvernement finlandais avait déclaré qu’il n’injecterait pas de fonds supplémentaires dans l’entreprise en difficulté.

Fortum s’est en revanche vu interdire de reprendre les 4 milliards d’euros de prêts accordés à Uniper, avec la possibilité de transformer le prêt en actions, et il est tenu d’offrir une autre ligne de crédit à hauteur de 4 milliards d’euros.

Entreprise d’importance systémique

Pour l’Allemagne, Uniper est considérée comme ayant une importance systémique car elle est un intermédiaire crucial entre les marchés du gaz, les services publics locaux et les consommateurs industriels.

« Uniper est une entreprise qui revêt une importance centrale ; de nombreux services publics municipaux et entreprises industrielles dépendent des approvisionnements en gaz d’Uniper », a déclaré le ministre des Finances, Christian Lindner.

En outre, Uniper dispose vraisemblablement de précieux contrats à long terme avec la société russe Gazprom, qui lui permettent d’acheter du gaz à bas prix.

« Nous ne laisserons pas une entreprise d’importance systémique comme Uniper tomber et mettre ainsi en danger la sécurité de l’approvisionnement en Allemagne », a expliqué Robert Habeck, ministre de l’Économie et du Climat.

Pour Uniper, qui perd des dizaines de millions d’euros par jour car elle est obligée d’acheter du gaz à un prix élevé sur les marchés au comptant afin de remplacer les quantités manquantes qu’elle est contractuellement tenue de recevoir de la Russie, l’ajout de liquidités supplémentaires n’est qu’une solution temporaire.

La société bénéficiera toutefois d’un soutien supplémentaire grâce à une modification récemment apportée à la loi sur la sécurité énergétique datant des années 1970, qui permet aux compagnies gazières de mutualiser leurs coûts supplémentaires entre tous les clients du secteur du gaz.

« Afin d’assurer la sécurité de l’approvisionnement en énergie, nous voulons donc utiliser le mécanisme de réaffectation prévu par la loi sur la sécurité énergétique et nous en parlerons au Parlement », a ajouté M. Habeck.

Les observateurs reconnaissent la nécessité de renflouer le géant gazier en difficulté. « Sauver Uniper est le prochain mal nécessaire », a déclaré l’experte en économie énergétique Claudia Kemfert sur Twitter.

Toutefois, à l’instar du sauvetage des banques lors de la crise financière de 2008, sauver les entreprises du secteur de l’énergie de la catastrophe dans laquelle elles se sont engagées semble laisser un goût amer.

« Une fois de plus, les contribuables doivent payer pour les décisions énergétiques malavisées des entreprises », a-t-elle ajouté.