Crise du gaz : la France et l'UE au chevet de l'Allemagne

Les 27 ministres de l'Énergie européens réunis en Conseil extraordinaire viennent de négocier et d’adopter le plan européen de baisse volontaire de la consommation de gaz. La ministre de la Transition énergétique, salue « un cap supplémentaire pour la solidarité européenne ».

Euractiv France
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« Adopter en cinq jours un texte, c’est quasiment du jamais vu », se félicite la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, réunie ce mardi (26 juillet) avec ses homologues européens en conseil extraordinaire. [Stéphanie Lecocq / EPA-EFE]

Les 27 ministres européens de l’Énergie réunis en Conseil extraordinaire viennent de négocier et d’adopter mardi (26 juillet) le plan européen de baisse volontaire de la consommation de gaz. La ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, salue « un cap supplémentaire pour la solidarité européenne ».

Face à la baisse des approvisionnements en gaz russe comptant pour 45% des approvisionnements de l’Union européenne (UE), les États membres ont décidé de se serrer les coudes.

« Adopter un texte en cinq jours, c’est quasiment du jamais vu », se félicite la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, réunie ce mardi (26 juillet) avec ses homologues européens en conseil extraordinaire.

Le texte prévoit ainsi des mesures pour réduire de 15% la consommation de gaz de l’UE par rapport à la moyenne des cinq derniers hivers.

« 15%, ce n’est pas une sinécure » prévient Thierry Bros, professeur en énergie, climat et économie à Science-Po contacté par EURACTIV.

Dès lors, les ministres européens de l’Énergie ont négocié que l’objectif ne soit pas contraignant, contrairement à ce que souhaitait la Commission européenne. Une condition qu’appelait de ses vœux la France, au même titre qu’une absence d’obligation d’uniformité.

Victoire du pragmatisme français

En conférence de presse lundi (25 juillet), le cabinet du ministère de la Transition énergétique défendait en ce sens une « solidarité réaliste », dans un esprit « constructif ».

Le pragmatisme français semble donc avoir été écouté, puisque le Conseil vient d’adopter un texte avec un certain nombre d’exemptions aux réductions de consommation. 

Pour les États membres qui ne sont pas interconnectés au réseau de gaz d’autres États membres par exemple ; pour ceux non synchronisés avec le système électrique européen ; pour ceux qui ont dépassé leurs objectifs de stockage de gaz, s’ils en sont fortement tributaires, ou si leur consommation de gaz a fortement augmenté.

En outre, Agnès Pannier-Runacher notait, en amont du Conseil, qu’il était important de « maximiser nos interconnexions avec des incitations pour tous ceux [États membres] qui ont déjà fait des efforts de réduction de leur consommation de gaz ».

Solidarité en demi-teinte

En votant ce plan avec exemptions et dérogations, la France et le reste de l’UE envoient donc un message de soutien en demi-teinte aux grands consommateurs de gaz russe.

Constat partagé par Christian Ehler, rapporteur du Parti populaire européen (PPE) au sein de la commission parlementaire de l’industrie : « les exemptions négociées par les États membres pourraient nuire à la cohérence des efforts de l’UE et affaiblir le message d’unité, dont nous avons besoin face à l’agression russe ».

« Si tout le monde se drape dans la solidarité européenne, mais que finalement, la plupart des États membres demandent une dérogation, le plan ne sert plus a rien », déplore de son côté Thierry Bros.

Le professeur note d’ailleurs qu’ « il n’est pas certain que la France ne demande pas une exemption aussi ».

Agnès Pannier-Runacher déclarait pourtant, avant le Conseil, qu’il était indispensable « d’assurer que nos chaînes de productions soient protégées, car elles sont complètement interdépendantes. Si la chimie tousse en Allemagne, toute l’industrie européenne peut s’arrêter » assenait-elle.

L’Allemagne est en effet la principale bénéficiaire de cette politique de solidarité, dans la mesure où sa dépendance au gaz russe est très importante et que l’opérateur Gazprom vient de diviser par deux ses exportations via le gazoduc Nord Stream 1, principal convoyeur de gaz vers l’Allemagne, qui ne fonctionne plus qu’à 20% de ses capacités. 

« L’Allemagne est dorénavant le ’maillon faible’ européen, puisqu’elle n’a fait aucun effort » de baisse de consommation, déclarait Thierry Bros, ce matin sur LCI.

Pour EURACTIV, le professeur salue tout de même un texte, certes « politique », mais qui « prend en compte des notions scientifiques ».

Changement de modèle économique en Allemagne

En revanche, cela ne remet pas en question la nécessité que l’Allemagne s’interroge sur son modèle économique importateur d’énergie. Ce « modèle […] est terminé », assure Thierry Bros, ajoutant que « lorsque cela s’arrête, il n’y a jamais de retour en arrière ».

Dans ce moment charnière de test pour l’unité européenne, le professeur pense que Vladimir Poutine « met au défi » notre résolution à transitionner écologiquement et socialement. Sommes-nous prêts à « souffrir » pour éviter la récession en Allemagne, interroge-t-il sur le plateau de LCI.

Prochaine étape : tester l’acceptabilité sociale de mesures de sobriété et de réduction de la consommation. D’autant qu’Agnès Pannier-Runacher assurait, en amont du Conseil, que ce plan était « parfaitement cohérent » avec le plan de sobriété annoncé par le gouvernement français de réduction de 10% de la consommation énergétique d’ici à 2024.

« Ce sera coûteux et ce sera long » juge Thierry Bros, rappelant que même en période de confinement, la consommation d’énergie primaire n’avait baissé en moyenne que de 8% en Europe.