Après le Covid, la nécessité de construire des systèmes de santé publique durables en Afrique

En 2022, la vaccination contre le Covid en Afrique a significativement augmenté et le nombre de cas a chuté. Mais selon des experts africains en santé publique, il est désormais  nécessaire d’investir sur le long terme. 

Euractiv.com
This article is part of our special report "Covid-19 : résultats et défis de la vaccination en Afrique"
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D’après les résultats d’une étude publiés en 2020, par l’institut de sondage Afrobarometer, 53 % des Africains ont déclaré avoir fait face à un manque de soins nécessaires au moins une fois au cours de l'année précédente. [Avatar_023/Shutterstock]

En 2022, la vaccination contre le Covid en Afrique a significativement augmenté et le nombre de cas a chuté. Mais selon des experts africains en santé publique, il est désormais  nécessaire d’investir sur le long terme. 

Fin janvier 2023, environ 20 000 nouveaux cas de Covid-19 ont été enregistrés sur l’ensemble du continent africain, soit une chute de 97 % par rapport au mois de janvier 2022, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Cela s’explique notamment par une accélération de la vaccination ces douze derniers mois, rendu possible en partie via les fonds du projet ECHO, programme humanitaire de la Commission européenne. 

Les fonds ont été distribués à 16 pays et ont été notamment investis dans des campagnes de communication, la formation de soignants ou la distribution de vaccins.

Mais sur place, les différents responsables des bureaux régionaux de l’OMS veulent aller plus loin. Car si les fonds européens ont permis d’accélérer la vaccination, le projet ECHO prend fin en juin prochain et ne permettra donc pas forcément une pérennisation à long terme. 

Pour les 16 pays bénéficiaires régulièrement confrontés à des urgences humanitaires et avec des faibles systèmes de santé, « ce projet s’apparente plus à un pansement », a déclaré Arsène Enyegue, chargé de projet à l’OMS AFRO, lors d’un colloque organisé par l’OMS à Dar Es Salam en Tanzanie les 16 et 17 maI. 

L’OMS AFRO demande d’une part à intégrer la vaccination Covid dans les soins de santé primaire, et d’autre part à renforcer les systèmes de santé publique pour les années à venir. 

« La clé de la pérennisation, c’est l’intégration de la vaccination contre le Covid avec les autres soins de santé primaire », a déclaré Ian Van Engelgem, conseiller en santé du projet ECHO, lors du colloque. 

Pour preuve, à Madagascar l’intégration de la vaccination Covid dans les soins de proximité depuis un an a fait augmenter la demande, a confirmé la docteure Patricia Martin Rasoamihanta, responsable du bureau de l’OMS à Madagascar.

Plus de la moitié des Africains souffrent d’un manque de soin

La faiblesse des systèmes de santé publique en Afrique ne date pas de la pandémie. 

D’après les résultats d’une étude publiés en 2020, soit avant le Covid, par l’institut de sondage Afrobarometer, 53 % des Africains ont déclaré avoir fait face à un manque de soins nécessaires au moins une fois au cours de l’année précédente. 

Depuis, la pandémie de Covid a fragilisé encore un peu plus les systèmes de santé sur le continent. En cause notamment un manque d’infrastructures, de soignants, de budget, des problèmes d’accessibilité aux hôpitaux faute de transports ou encore des soins à des prix parfois exorbitants. 

« A Madagascar, le système de santé est précaire et les ressources humaines limitées », a déclaré la docteure Rasoamihanta.

Les gouvernements ont aussi leur part de responsabilité. Le sondage d’Afrobarometer révèle que 46% des personnes interrogées estiment que leur gouvernement répond mal en matière d’amélioration des services de santé de base. 

Dans certains pays, le peu d’argent alloué à la santé publique est parfois utilisé à mauvais escient. 

Cela a notamment été le cas au Cameroun, où 180 milliards de francs CFA (environ 275 millions d’euros) destinés à la lutte contre le Covid-19 ont été détournés par le ministère de la Santé, selon un rapport publié en 2021 par la chambre des comptes de la Cour suprême. 

« Il y a une mauvaise gouvernance du budget de la santé. Certains gouvernements s’en accaparent sans faire le boulot », a déclaré M. Enyegue. 

Au-delà des scandales de corruption, les mauvaises conditions de travail des soignants sont régulièrement pointées du doigt. 

En République démocratique du Congo (RDC), les soignants ont reçu une prime pour la vaccination contre le Covid, mais celle promise par le gouvernement lors de la dernière épidémie du virus Ebola en août dernier n’a toujours pas été distribuée. 

« Il est essentiel d’augmenter les salaires des soignants », a déclaré M. Enyegue.

Rôle politique de l’UE

La Commission européenne participe aussi au Fonds mondial contre le sida, le paludisme et la tuberculose, qui investit chaque année quatre milliards de dollars pour lutter contre ces maladies. Elle représente le sixième donateur du Fonds mondial. 

Pour la période 2023-2025, sa promesse de don s’élève à 715 millions d’euros, ce qui représente une augmentation de 30 % par rapport à la période 2020-2022.

La plupart des pays de l’UE financent également le Fonds. Ensemble, avec la Commission européenne, ils sont appelés « Team Europe » et représentent un tiers du financement total du Fonds. 

La France et l’Allemagne sont les deux plus gros donateurs européens avec à ce jour, des montants respectifs de 6,05 milliards et 4,6 milliards d’euros depuis la création du Fonds en 2002. 

Au-delà des aides financières, l’UE pourrait avoir un rôle plus politique, selon M. Enyegue qui a conclu que « l’UE pourrait faire pression pour que les États [africains] augmentent le budget santé ». 

[Edité par Giedrė Peseckytė/Zoran Radosavljevic]