Covid-19 : la liberté de la presse fragilisée en Europe
Lors d’une audition de la commission spéciale Covid au Parlement européen, les eurodéputés ont discuté de l’impact de la pandémie sur la liberté de la presse, les droits des citoyens et les démocraties européennes.
Julie Majerczak, de Reporters sans frontières (RSF), est claire : la pandémie a été un prétexte à de multiples atteintes à la liberté de la presse en Europe et dans le monde.
Retraits de carte de presse, entrave à la liberté de circulation, coupure de fréquences radio… Plusieurs journalistes ont été empêchés de faire leur travail correctement, « surtout dans les pays ou c’était déjà le cas », a-t-elle précisé aux eurodéputés de la commission COVI mardi (31 janvier).
Certains pays ont criminalisé la diffusion de fausses informations – les fameuses fake news – et/ou restreint, voire interdit, l’accès aux hôpitaux pour les journalistes.
C’est notamment le cas de la Hongrie et de la Grèce. Le parlement grec a voté un amendement en novembre 2021 qui rend passible d’une peine de prison allant de trois mois à cinq ans la diffusion de fake news.
Le texte punit toute diffusion d’information qui « cause de l’inquiétude ou de la peur parmi les citoyens » ou « trouble la confiance publique envers l’économie nationale, les capacités de défense ou la santé publique ».
L’ajout de la notion de santé publique est nouveau et selon RSF, l’amendement a dissuadé les journalistes de travailler correctement et de chercher la vérité, car ces derniers risquaient d’être condamnés à de la prison.
La Grèce a également été épinglée pour son opacité par Spyridon Vlachopoulos, professeur à l’université d’Athènes, qui a rappelé aux eurodéputés que le gouvernement n’avait jamais rendu publics les avis des experts scientifiques consultés pendant la crise sanitaire.
Or, cela n’est « pas compatible » avec le principe de transparence, a-t-il assuré.
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Quand la censure tue
Au-delà de la liberté de la presse, l’accès à l’information pour les citoyens, particulièrement lors de crises mondiales, qu’elles soient sanitaires ou non, est essentiel, voire vital.
Grâce à une information fiable, les citoyens peuvent notamment apprendre comment se protéger du virus, comment protéger leurs proches et quel est l’état de la situation sanitaire du pays.
« La censure facilite la propagation du virus et coûte des vies », a alerté Mme Majerczak.
D’après une étude menée par des chercheurs américains pendant la pandémie, en Chine, sans le contrôle et la censure des autorités, les médias chinois auraient pu informer les citoyens plus tôt des risques du coronavirus, sauvant ainsi des milliers de vies.
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Droits sociaux bafoués
Pour le professeur Vlachopoulos, l’atteinte aux droits sociaux pendant la pandémie de Covid a été le « préjudice principal » subi par les citoyens.
Les mesures de restrictions successives ont mis en lumière les inégalités sociales entre les citoyens : confinement dans un petit appartement contre confinement dans une résidence secondaire, accès ou non à un ordinateur pour les cours à distance… Les exemples ne manquent pas.
Pour le professeur Vlachopoulos c’est une « problématique très sérieuse » dont les responsables politiques devraient discuter « davantage » au cas où une nouvelle crise sanitaire frapperait le monde.
En somme, les auditions menées par les députés européens de la Commission Covid ont permis de montrer que la pandémie avait eu un impact sur le travail des journalistes et a accentué un peu plus les inégalités sociales au sein de l’UE.
A contrario, les mesures de restrictions Covid ont eu un impact limité sur les démocraties européennes, bien que la confiance dans les élites politiques ait faibli au début de la crise sanitaire, avant de revenir à des niveaux normaux « quelques mois après », selon Sophia Russack, chercheuse au Centre d’études européenne
Cependant, au niveau des institutions européennes, la démocratie semble avoir parfois été mise à mal, notamment à cause de débats et de discussions moins approfondis.
« Les réunions en ligne sont plus courtes. Il n’y a pas autant de temps consacré au débat qu’en présentiel », a-t-elle expliqué, en référence à la multiplication des visioconférence pendant les confinements.
En conclusion, les trois spécialistes auditionnés en commission Covid ont invité les parlementaires à réfléchir à mieux protéger les droits des citoyens et ceux de la presse si une nouvelle crise sanitaire mondiale devait se produire.