Covid-19 : la Chine dénonce les restrictions imposées par d’autres pays aux Chinois

En Chine, les médias d’État jugent « discriminatoires » les obligations de dépistage de la Covid-19 imposées par plusieurs pays aux voyageurs chinois.

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US suspends Chinese flights in response to China’s flight cancellations
Après avoir maintenu ses frontières pratiquement fermées pendant trois ans et imposé un système strict de confinement et de dépistage, la Chine a brusquement mis fin, le 7 décembre dernier, à sa politique du « zéro Covid » et a plutôt décidé qu’il était temps de « vivre avec le virus ». Depuis, une vague de contaminations déferle sur le pays. [EPA-EFE/MARK R. CRISTINO]

En Chine, les médias d’État jugent « discriminatoires » les obligations de dépistage de la Covid-19 imposées par plusieurs pays aux voyageurs chinois en réponse à la vague de contaminations qui touche actuellement la population chinoise.

Après avoir maintenu ses frontières pratiquement fermées pendant trois ans et imposé un système strict de confinement et de dépistage, la Chine a brusquement mis fin, le 7 décembre dernier, à sa politique du « zéro Covid » et a plutôt décidé qu’il était temps de « vivre avec le virus ». Depuis, une vague de contaminations déferle sur le pays.

Certains ont été surpris par l’ampleur de l’épidémie en Chine et ont exprimé leur scepticisme concernant les statistiques fournies par Pékin sur la pandémie de Covid-19. Les États-Unis, la Corée du Sud, l’Inde, l’Italie, le Japon et Taïwan demandent à présent aux voyageurs en provenance de Chine de présenter un test négatif.

« La véritable intention est de faire échouer les trois années d’efforts de la Chine en matière de contrôle de la Covid-19 et d’attaquer le système du pays », peut-on lire dans un article du média chinois Global Times publié jeudi dernier (29 décembre). Dans cet article, on peut également lire que les restrictions imposées aux ressortissants chinois sont « non fondées » et de « discriminatoires ».

Le retour des touristes chinois

À partir du 8 janvier, la Chine ne demandera plus aux voyageurs entrants sur son territoire de se mettre en quarantaine. Cependant, elle exigera toujours que ces derniers soient en possession d’un résultat négatif au test PCR réalisé moins de 48 heures avant le départ.

Jeudi dernier, l’Italie a vivement conseillé au reste de l’Union européenne de suivre son exemple, mais la France, l’Allemagne et le Portugal ont déclaré que de nouvelles restrictions n’étaient pas nécessaires, tandis que l’Autriche a souligné que le retour des touristes chinois en Europe présentait des avantages économiques.

Avant la pandémie, les dépenses des visiteurs chinois dans le monde représentaient plus de 250 milliards de dollars par an.

Les États-Unis ont pour leur part exprimé leurs préoccupations quant à d’éventuelles mutations du virus alors que ce dernier se propage rapidement dans le pays le plus peuplé du monde. Washington alerte également sur le manque de transparence des données fournies par la Chine.

Le Centre américain de prévention et de contrôle des maladies (Center for Disease Control and Prevention) a confié à l’agence de presse Reuters qu’il envisageait de recueillir des échantillons d’eaux usées provenant d’avions internationaux afin de détecter les nouveaux variants éventuels du virus.

Pour la journée de jeudi dernier, la Chine, dont la population s’élève à 1,4 milliard de personnes, a annoncé un seul nouveau décès causé par la Covid-19, comme ce fut le cas pour le jour précédent. Ce bilan ne correspond pas à celui enregistré dans d’autres pays après leur réouverture.

Le bilan officiel des décès en Chine depuis le début de la pandémie est de 5 247, alors que les États-Unis ont enregistré plus d’un million de décès. Hong Kong, région administrative spéciale chinoise qui compte 7,4 millions d’habitants, a annoncé plus de 11 000 décès.

Airfinity, une entreprise britannique spécialisée dans les données de santé, a déclaré jeudi qu’environ 9 000 personnes sont probablement mortes quotidiennement à cause de la Covid-19 en Chine. Le nombre de décès cumulés depuis le 1er décembre dans le pays a probablement atteint 100 000, vu que le nombre de contaminations est de 18,6 millions, selon Airfinity.

L’entreprise britannique estime que les contaminations atteindront leur pic le 13 janvier, avec 3,7 millions de cas par jour.

Les décès excédentaires

L’épidémiologiste chinois Wu Zunyou a déclaré jeudi qu’une équipe du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies prévoyait d’évaluer les décès d’une autre manière. L’équipe va calculer la différence entre le nombre de décès liés à la vague de contaminations et le nombre de décès qui auraient dû se produire si l’épidémie n’était jamais survenue, c’est-à-dire la « mortalité excédentaire ».

Par ailleurs, la Chine a déclaré qu’elle considérait uniquement les décès de patients atteints de la Covid-19 causés par une pneumonie ou une insuffisance respiratoire comme étant effectivement liés à la Covid-19.

Le nombre relativement faible de décès pris en compte est également en contradiction avec l’augmentation de la demande de services de pompes funèbres dans plusieurs villes chinoises.

La levée des restrictions Covid, qui a été motivée par les nombreuses manifestations qui ont eu lieu en novembre, a conduit à l’engorgement des hôpitaux et à une importante demande de services de pompes funèbres. Les images de personnes sous perfusion au bord de la route et les files de corbillards devant les crématoriums ont suscité l’inquiétude de la population.

Les experts du domaine de la santé ont déclaré que la Chine a été mal préparée au changement brusque de politique du président chinois Xi Jinping. En décembre, les demandes d’achat d’équipements médicaux clés soumises par les hôpitaux étaient deux à trois fois plus nombreuses qu’au cours des mois précédents, selon Reuters. Cela indique que les hôpitaux du pays s’efforçaient de faire face à la pénurie.

Une économie qui va mal

La deuxième plus grande économie du monde devrait encore ralentir davantage car les ouvriers d’usine et les consommateurs tombent malades. Certains économistes prévoient un important rebondissement de l’économie en 2023, mais les dommages causés par trois ans de restrictions pourraient avoir des effets sur le long terme.

Il se peut que les consommateurs aient besoin de temps pour retrouver leur confiance et leur désir de dépenser après avoir perdu des revenus durant les confinements. Quant au secteur privé, il a pu recourir à ses fonds d’expansion pour combler les pertes.

La Chine, lourdement endettée, sera également confrontée à un ralentissement de la demande sur ses principaux marchés d’exportation, alors que son secteur immobilier est en train de se relever après une série de difficultés.

Vendredi (30 décembre), Reuters indiquait que l’activité des usines chinoises avait probablement ralenti en décembre en raison de la hausse du nombre de cas de Covid qui a commencé à avoir des répercussions sur les chaînes de production.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]