Covid-19 : en Afrique l’heure n’est plus aux dons mais à la vaccination, selon l'exécutif français
Trop de doses de vaccins livrées en Afrique sont gâchées, selon Jean-Yves Le Drian, Olivier Véran et Stella Kyriakides, qui souhaitent désormais renforcer les systèmes de santé sur place pour s’assurer que ces doses soient administrées aux populations.
Trop de doses de vaccins livrées en Afrique sont gâchées, selon Jean-Yves Le Drian, Olivier Véran et Stella Kyriakides, qui souhaitent désormais renforcer les systèmes de santé sur place pour s’assurer que ces doses soient administrées aux populations.
En Afrique, « le problème n’est plus le niveau de don ni la production, mais l’absorption des doses », résume le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, à Lyon mercredi (9 février), entouré du ministre de la Santé Olivier Véran et de la commissaire à la Santé Stella Kyriakides.
« Des pays en Afrique ont utilisé moins d’un tiers des vaccins qui ont été livrés », confirme cette dernière.
Les trois leaders européens se sont rencontrés lors d’un sommet organisé par la PFUE afin de discuter d’une approche commune des 27 pour lutter contre la pandémie, particulièrement dans les pays en voie de développement.
Pour Jean-Yves Le Drian, la présence du ministère des Affaires étrangères s’explique par le fait que « la santé mondiale soit devenue un espace géopolitique marqué par des visions divergentes. L’Europe doit défendre sa propre approche ».
Au même moment, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a annoncé lors d’un déplacement au Sénégal un don de l’UE de 125 millions d’euros supplémentaires au projet Team Europe qui vise à développer et encourager la vaccination en Afrique.
Car, si en Europe 70% des citoyens ont un schéma vaccinal complet, en Afrique ce chiffre s’élève à peine à 10%.
Seulement, pour venir à bout de la pandémie de Covid-19, le taux de vaccination au niveau de la population mondiale, actuellement de 54%, doit encore augmenter. « L’UE n’aura pas vaincu cette pandémie tant que le monde ne l’aura pas vaincu », résume Stella Kyriakides.
Alors pour faciliter l’accès aux vaccins aux pays en voie de développement, des initiatives ont été mises en place à l’image du dispositif COVAX, créé par l’OMS et l’Alliance GAVI, qui a pour but de partager des doses de vaccins.
Depuis la création du dispositif, l’UE a déjà partagé 407 millions de vaccins, exportant ainsi la moitié de ses vaccins produits. Mais, si envoyer des doses est une chose, « vacciner les populations est autre chose », reconnaît Mme Kyriakides.
Sur le milliard de doses envoyées par COVAX, des millions ont été jetées. En cause, les difficultés d’acheminement des vaccins, qui doivent voyager dans des conditions très strictes, notamment à des températures très basses, ou la faiblesse des systèmes de santé sur place.
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Renforcer le travail des ONG, fournir les équipements médicaux nécessaires
Pour cela, les leaders européens s’accordent à dire qu’il faut tout d’abord « renforcer l’OMS » et le travail des ONG sur place.
Récemment, la France a apporté son soutien à un projet pilote de l’UNICEF qui permet aux pays qui reçoivent les vaccins de les utiliser. « C’est notamment le cas pour le Bénin et la Sierra Leone. Pour 20 millions d’euros, nous finançons des infirmiers, du matériel médical, des hôpitaux », explique Olivier Véran.
Ensuite, il est nécessaire de répondre à des problèmes d’ordre techniques. « Il faut aider les hôpitaux, les médecins, les infirmières à avoir accès aux équipements et aux technologies nécessaires », souligne Stella Kyriakides, avant d’ajouter que certains ministres africains avaient déjà mis en place des infrastructures « impressionnantes ».
Pour Jean-Yves Le Drian, le vaccin doit arriver « techniquement » et « culturellement ».
« Il faut un traitement particulier en fonction des cultures des différents Etats concernés, avec un soutien indispensable de l’Union africaine et de l’OMS pour gagner cette campagne », explique le ministre des Affaires étrangères.
Les problèmes d’acheminement et de connectivité interne sont des obstacles qu’il faut contourner. Pour cela des projets de production de vaccins sont en cours en Afrique du Sud, au Rwanda, au Sénégal, et en Egypte, souligne encore Jean-Yves Le Drian.
Les ministres et la commissaire se sont également accordés à dire qu’il fallait voir plus loin que l’épidémie de Covid et aider les systèmes de santé des pays africains sur le long terme pour répondre à d’autres maladies comme le VIH ou la tuberculose.
« Il faut renforcer la résilience à long terme et donner un accès universel aux médicaments », appuie Mme Kyriakides, qui conclut : « l’UE doit continuer à jouer son rôle de leader ».
Le renforcement des systèmes de santé en Afrique sera au menu des discussions du sommet Union Européenne-Union Africaine qui se tiendra la semaine prochaine à Bruxelles.