Coupures d’électricité : Emmanuel Macron et son gouvernement montent au front pour calmer le débat public
Les inquiétudes face aux risques de coupures d’électricité cet hiver en France ne se tarissent pas, bien au contraire. Emmanuel Macron insiste sur le fait que « nous allons tenir » et exhorte les responsables publics à ne pas « gouverner par la peur ».
Les inquiétudes face aux risques de coupures d’électricité cet hiver en France ne se tarissent pas, bien au contraire. Le président français, insiste sur le fait que « nous allons tenir » et exhorte les responsables publics à ne pas « gouverner par la peur », malgré les doutes des gestionnaires de réseaux européens.
Depuis plusieurs semaines, le gouvernement alerte sur la possibilité que des coupures d’électricité interviennent au cours de l’hiver. Des « délestages tournants » pourraient intervenir en cas de surtensions sur le réseau électrique.
Si ces coupures localisées avaient effectivement lieu, elles ne concerneraient que des zones géographiques restreintes qui dépendent d’une même ligne électrique, pendant une durée maximum de deux heures. Les services de la Première ministre Elisabeth Borne ont été clairs : il n’y aura pas de black-out.
Dans une circulaire envoyée aux préfectures la semaine dernière, consultée par EURACTIV France, la Première ministre demande aux préfets de préparer « dès à présent » un « plan départemental » pour anticiper les éventuelles coupures. La « promotion des mesures de sobriété » est particulièrement mise en avant par la cheffe du gouvernement pour éviter de devoir recourir à ces délestages, qui doivent rester « une mesure exceptionnelle, mise en œuvre en dernier recours par les gestionnaires du réseau électrique ».
Des publics et établissements vulnérables, comme les hôpitaux et les services de secours, devraient être épargnés. Or lundi soir (5 décembre), un porte-parole du gestionnaire de réseau Enedis a évoqué sur BFMTV le fait que « les personnes qui sont à haut risque vital ne font pas partie des clients prioritaires définis par les préfectures ».
Les écoles pourraient aussi être concernées, le ministre de l’Education nationale Pap Ndiaye ayant indiqué devant les députés mardi qu’il était « impossible de les préserver a priori d’une éventuelle coupure d’électricité ».
Sobriété énergétique en France : une université fermera deux semaines de plus cet hiver
Face à l’envolée des prix de l’énergie, l’Université de Strasbourg, dans l’est de la France,…
3 minutes
Gérer les risques sans faire « peur »
En marge d’un déplacement mardi (6 décembre), le président français Emmanuel Macron a donc tenté d’appeler au calme après le vent de panique que ces déclarations ont suscité. « Le rôle des autorités publiques, des entreprises publiques, ce n’est pas de transférer la peur ni de gouverner par la peur », a-t-il déclaré.
Il a invité le gouvernement et les opérateurs à « faire leur travail pour fournir de l’énergie » et les citoyens à tenir un objectif de sobriété énergétique. Le président a aussi invité toutes les parties prenantes à éviter de « faire peur aux gens avec des scénarios absurdes », avant d’ajouter que « nous [la France] sommes un grand pays, on a un grand modèle énergétique, nous allons tenir cet hiver malgré la guerre ».
L’Assemblée nationale s’est immiscée dans le débat mardi, les parlementaires ayant pris à partie et interrogé le gouvernement sur ces possibilités de délestage. « Nous accusons le Président et son gouvernement d’irresponsabilité énergétique », a lancé le député communiste Sébastien Jumel, qui les accuse « de se résilier à gérer la peur ». « Nous refusons que la vie des gens soit la variable d’ajustement de votre impréparation », a-t-il proféré vers les bancs du gouvernement.
Mme Borne a récusé ces accusations, assurant que les hôpitaux et les personnes malades seraient alimentés en électricité sans interruption, se désolant des « propos maladroits » qui ont pu être tenus – notamment par le porte-parole d’Enedis, sans le citer explicitement.
Elle a aussi rappelé que son gouvernement a tenu à « examiner tous les scénarios, fussent-ils improbables », rectifiant à son tour le tir de la communication gouvernementale, qui était dans un premier temps resté flou sur le degré de probabilité de ces coupures d’électricité.
Hors micro, un député influent de l’opposition, contacté par EURACTIV France, s’est aussi montré rassurant. « L’hiver peut très bien se passer » et « le gouvernement en rajoute peut-être un peu pour montrer qu’il anticipe et s’attribuer [l’éventuel] succès, si nous traversons l’hiver sans coupures ».
En effet, alors que l’objectif de baisse de la consommation du plan de sobriété est de 10 % sur deux ans, la baisse constatée est déjà de 7 %, « corrigés des variables saisonnières », a indiqué la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher à l’Assemblée.
Elle a enfin rappelé aux députés que la France avait « rempli au maximum les stockages de gaz » et prôné une solidarité européenne dès les prémices de la crise – notamment avec l’Allemagne –, ce qui « nous permet d’affronter dans les meilleures conditions l’hiver ».
Les gestionnaires de réseaux européens attentifs à la France
Faire face à des coupures d’électricité cet hiver est le pire scénario pour les décideurs européens qui, depuis le début de la crise énergétique, insistent sur l’obligation de réaliser des économies d’énergie, tant pour l’industrie que pour les ménages.
Selon un rapport publié cette semaine par le REGRT-E, l’association européenne pour la coopération des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité, certains pays de l’UE risquent d’être confrontés à des difficultés d’approvisionnement en électricité cet hiver.
« Le rapport montre un risque d’adéquation plus élevé par rapport aux hivers précédents. Les principales tensions sur les systèmes sont identifiées en Irlande, en France, dans le sud de la Suède, en Finlande, à Malte et à Chypre », peut-on lire dans le rapport.
Selon le REGRT-E, bien que le système électrique reste fortement dépendant du gaz, « des conditions météorologiques favorables pourraient soulager cette dépendance du système électrique ».
« Certains risques supplémentaires identifiés pour l’hiver pourraient se matérialiser et avoir un impact substantiel sur la situation d’adéquation, surtout s’ils coïncident. Il convient de suivre de près les incertitudes concernant la disponibilité du nucléaire en France, en Suède et en Finlande, ainsi que l’approvisionnement en charbon en Allemagne et en Pologne », conclut le rapport.
À ce jour, une vingtaine de réacteurs nucléaires français – sur 56 – sont à l’arrêt, après la réouverture de certains réacteurs dans la semaine passée. EDF a annoncé que quatre autres réacteurs seraient à leur tour relancés d’ici la fin de la semaine.
[Sarantis Michalopoulos a contribué à la rédaction de cet article. Édité par Théo Bourgery-Gonse]
La France doit se préparer à des coupures d’électricité « à peu près » certaines cet hiver
« Il est à peu près sûr que nous aurons des coupures d’électricité cet hiver » confie…
5 minutes