Coup de chaud pour le maïs en Europe
D’après les dernières prévisions du service de surveillance des récoltes de l'Union européenne (MARS), les cultures d’été comme le maïs ont sérieusement pâti de la sécheresse ces derniers mois.
D’après les dernières prévisions du service de surveillance des récoltes de l’Union européenne (MARS), les cultures d’été comme le maïs ont sérieusement pâti de la sécheresse ces derniers mois.
« Les conditions météorologiques exceptionnellement chaudes et sèches dans une grande partie de l’Europe ont continué de réduire considérablement les perspectives de rendement pour les cultures d’été de l’UE » précise le rapport publié mardi 22 août.
Au mois d’août, des températures supérieures de 2 à 4 degrés au-dessus des moyennes (entre 1991 et 2021) ont été enregistrées dans une grande partie de l’Europe, en particulier dans la péninsule ibérique, le sud-ouest de la France, l’Italie et l’ouest des Balkans. Des régions déjà affectées par des déficits pluviométriques de long terme.
De son côté, la France a connu, depuis le début du mois de juillet, son plus bas niveau de précipitations cumulées depuis 30 ans.
« Dommages irréversibles » pour les cultures d’été
Selon les prévisions européennes, les rendements du maïs grain (principalement destiné à l’alimentation animale) pourraient baisser de 16 % cette année par rapport à la moyenne quinquennale (2017-2021). Pour le tournesol, les pertes atteindraient 12 %.
Pour ces cultures plantées au printemps, la sécheresse a frappé au moment de la floraison et du remplissage des grains, engendrant des dommages « irréversibles » pour les experts.
En France, la situation est tout aussi alarmante pour la filière. La production de maïs a chuté de 11 % par rapport à la moyenne quinquennale, et de 19 % par rapport 2022 – année particulièrement fructueuse en raison des fortes précipitations.
« Nous ne sommes pas encore au bout de la campagne, les résultats ne sont pas figés. Mais on ne s’attend pas à mieux, ce sera probablement pire. En particulier dans le sud-ouest du pays où la situation est dramatique », explique à EURACTIV Anne Kettaneh, de l’AGPM (Association Générale des Producteurs de Maïs).
Et cela ne concerne pas que le maïs : « toutes les cultures de printemps ont autant souffert de la sécheresse que le maïs, ajoute-t-elle. Pour le tournesol, c’est une catastrophe. » La production de tournesol chuterait en effet de 7,9 % par rapport à la moyenne quinquennale ; de 20 % par rapport à 2021.
Parmi les causes de ces pertes, les experts européens pointent également les mesures de restrictions d’eau, dont le maïs à particulièrement besoin, et l’impossibilité pour certaines exploitations d’irriguer.
Les régions concernées sont le nord-ouest de l’Italie, le sud et le centre de l’Espagne et le centre-ouest de la France dont le niveau des eaux souterraines est exceptionnellement bas. Dans l’hexagone, les restrictions d’irrigation imposées depuis la mi-juillet on touché jusqu’à 70% des terres agricoles.
Conséquences : certains champs de maïs grain sont convertis en fourrage (plante entière hachée et ensilée) pour alimenter les animaux. « C’est ce qui se passe lors des mauvaises années comme en ce moment, le maïs grain est valorisé pour faire du fourrage. Lors des bonnes années, c’est l’inverse, on pousse les cultures vers le grain ce qui représente un complément de revenu pour les exploitants », précise Anne Kettaneh.
Cultures d’hiver plutôt stables
En revanche, les conditions chaudes et sèches ont plutôt profité aux cultures d’hiver, comme le blé, l’orge et le colza. Le bulletin note « une légère amélioration des prévisions de rendement » à l’échelle européenne par rapport aux dernières prévisions de juillet.
Au regard de la moyenne quinquennale pour l’ensemble des céréales, les chiffres sont plutôt stables (-1,1 %).
En France, concernant le blé tendre, « les rendements ne sont pas aussi négatifs qu’on le craignait, bien que la situation soit très hétérogène. De mémoire la situation n’a même jamais été aussi hétérogène », constate Philippe Heusele, céréalier et président du comité relations internationales d’intercéréales.
« Tout ce qui est produit au sud de la Seine en gros, a été très impacté par la sécheresse, les rendements ont été mauvais. Alors qu’au nord de la France, ils sont bons, voire très bons. Les rendements à l’hectare peuvent donc varier d’un facteur 1 à 4 », poursuit le céréalier.
« Au global, c’est une année proche de la moyenne » conclut-il, à l’image de ce qu’on observe à l’échelle de l’Europe.
Le service de surveillance précise néanmoins qu’en Lettonie et en Lituanie « un net excédent de précipitations […] a eu des effets négatifs sur les cultures d’hiver au cours des dernières étapes du remplissage et de la maturation des grains, et a peut-être retardé le début de la récolte ».
Selon l’Association Générale des Producteurs de Maïs, un bilan de l’été pour les cultures de maïs ne pourra se faire qu’à l’automne, après les récoltes. D’ici là, les choses peuvent évoluer. Et probablement empirer, aussi bien en France que dans les pays de l’UE. Selon les prévisions météorologiques à long terme pour septembre, octobre et novembre, « il est fort probable que des conditions plus chaudes que la normale persistent sur une grande partie de l’Europe » annonce le rapport.