COP28 : lancement officiel du « club climat » d’Olaf Scholz

Le projet de longue date du chancelier allemand de créer un « club climat » — auquel 33 membres devraient initialement adhérer, dont tous les pays du G7, le Chili et le Mozambique — verra enfin le jour lors du sommet de la COP28 à Dubaï.

Euractiv.com
Scholz German dream
Dans un premier temps, l’Allemagne et le Chili dirigeront conjointement et depuis le siège de l’OCDE à Paris le groupe informel auquel tous les pays du G7 (y compris les États-Unis) ont adhéré. [<a href="https://epaimages.com/" target="_blank" rel="noopener">EPA-EFE/CLEMENS BILAN</a>]

Le projet de longue date du chancelier allemand Olaf Scholz de créer un « club climat » — auquel 33 membres devraient initialement adhérer, dont tous les pays du G7, le Chili et le Mozambique — verra enfin le jour lors du sommet COP28 à Dubaï.

Ce vendredi (1er décembre), Olaf Scholz se rendra à Dubaï pour le « lancement  officiel » de l’un de ses projets fétiches de longue date : la création d’un « club climat » réunissant des pays dotés de politiques climatiques ambitieuses.

« Le club climat, qui est né d’une idée du chancelier lors de notre présidence du G7, s’est maintenant répandu dans le monde entier », a déclaré un haut responsable allemand qui s’est entretenu avec des journalistes à Berlin avant le lancement de l’initiative.

Ses membres devront s’engager à respecter l’objectif de 1,5 °C de l’Accord de Paris et adopter des plans concrets pour décarboner rapidement leur industrie afin d’atteindre des émissions nettes nulles aux alentours de 2050.

En théorie, les clubs pour le climat partagent des objectifs communs de réduction des émissions et pénalisent les pays extérieurs au club qui n’adoptent pas des politiques suffisamment ambitieuses, explique l’économiste américain William Nordhaus, inventeur du concept.

Le club climat de M. Scholz, qui devrait réunir 33 pays, n’ira toutefois pas aussi loin. Au lieu de sanctionner les pays moins ambitieux, il s’appuiera sur trois piliers incitatifs : l’acier vert, la décarbonation industrielle et les partenariats internationaux. Aucun financement spécifique n’a encore été alloué à l’initiative à ce stade.

Ni la Chine ni l’Inde — les plus grands producteurs d’acier au monde — n’ont rejoint le groupe informel, qui espère établir une définition de l’« acier vert » au niveau mondial.

Dans un premier temps, l’Allemagne et le Chili dirigeront conjointement et depuis le siège de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à Paris le club, auquel tous les pays du G7 (y compris les États-Unis) ont adhéré.

Parmi les autres initiatives figurent la création de « marchés pilotes » pour stimuler la demande de production industrielle propre et un dialogue sur les « fuites de carbone », afin d’éviter que les entreprises ne s’installent dans des pays où les politiques climatiques sont moins rigoureuses.

Quels avantages nouveaux ?

Dans la pratique, le club climat du chancelier allemand ne représente pas grand-chose de plus qu’un forum pour les pays qui s’autoproclament « ambitieux » en matière de politique climatique.

Lorsque M. Scholz avait présenté l’idée au G7, des experts l’avaient aussitôt critiquée. Un tel club « n’est pas une option », avait affirmé le groupe de réflexion berlinois Agora Energiewende.

D’autres l’ont décrit comme un projet personnel de M. Scholz, qui a lancé l’idée lorsqu’il était ministre des Finances sous le dernier gouvernement de la chancelière Angela Merkel.

Au moment de son lancement, il ne reste plus grand-chose de cette ambition. « Il était clair que si nous disions que nous faisions un club climatique ouvert et inclusif, nous ne pouvions pas interdire aux gens de donner leur avis sur la manière dont il serait organisé, sinon peu de gens y adhèreraient », a déclaré un haut responsable.

Les projets visant à centrer le groupe sur la définition de l’hydrogène « vert » ont été rapidement abandonnés.

« Il est absolument évident qu’en passant de sept à trente-trois membres, des demandes, des idées et des questions sont apparues », a ajouté le haut responsable. Et c’est ainsi que l’ambition initiale a été abandonnée.

MACF : le « vrai » club climatique  ?

Le tarif européen sur le CO2, le mécanisme d’ajustement aux frontières pour le carbone (MACF), ressemble beaucoup à un club climatique. Le service de recherche du Parlement européen a même affirmé que le tarif sur le carbone était un véritable club climatique.

Lorsque M. Scholz a lancé son idée de club climat, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières n’était pas encore gravé dans le marbre. De hauts responsables berlinois sont même allés jusqu’à présenter le club climatique comme un moyen pour les pays d’échapper au tarif carbone de l’UE, alors qu’il était en passe d’être instauré.

Sans surprise, des pays comme le Mozambique — qui risque de voir son PIB chuter de 1,5 % en raison des droits de douane européens sur le carbone — ont été les premiers à adhérer au club.

Mais le MACF ne prévoit aucune exemption, et la question ne sera pas abordée lors des réunions du club climat.

« La recherche d’exemptions au MACF ne devrait pas devenir le thème principal du Club climat du G7, même si de telles discussions sont en cours au niveau bilatéral », a déclaré le groupe de réflexion allemand EPICO.

Cela risquerait de créer « des occasions manquées de coopération sur d’autres aspects de la chaîne de valeur de l’acier avec l’UE et également entre les membres non européens », ajoute-t-il.

[Édité par Paul Messad & Anne-Sophie Gayet]