COP27 : les États membres s’accordent finalement sur un mandat de négociation après un désaccord sur leurs ambitions
Les ministres de l’Environnement ont adopté lundi (24 octobre) leur position de négociation en vue de la conférence sur le climat COP27 après une série de désaccords entre les capitales concernant le niveau d’ambition que le bloc doit afficher.
Les ministres de l’Environnement de l’Union européenne ont adopté lundi (24 octobre) leur position de négociation en vue de la conférence sur le climat COP27 à Sharm el Sheikh après une série de désaccords entre les capitales concernant le niveau d’ambition que le bloc doit afficher.
Lors de leur réunion à Luxembourg, les ministres de l’UE ont convenu de mettre à jour l’objectif climatique européen « dès que possible », mais ils ont ajouté que cela ne pourrait se faire qu’après avoir finalisé la législation clé avec le Parlement européen.
L’Union européenne s’est engagée à réduire ses émissions nettes de 55% par rapport aux niveaux de 1990 d’ici à 2030 et négocie actuellement un ensemble de mesures législatives sur l’énergie et le climat dans le cadre du paquet Fit for 55 afin d’atteindre cet objectif.
En raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ces objectifs sont en train d’être revus à la hausse. En mai, la Commission européenne a proposé de relever les objectifs de l’UE en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique dans le cadre des efforts visant à mettre fin à la dépendance du bloc vis-à-vis des combustibles fossiles russes.
Ces nouveaux chiffres seront finalement pris en compte dans l’objectif climatique de l’UE pour 2030, qui devrait être supérieur de quelques points de pourcentage à la réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre (GES) initialement prévue.
« L’UE a toujours été à l’avant-garde de l’action climatique et nous continuerons à montrer l’exemple. La protection de notre planète pour les générations futures nécessite une action commune forte au niveau mondial », a déclaré la ministre tchèque de l’Environnement, Anna Hubáčková, qui présidait la réunion.
Dans le texte final, qui devait être adopté à l’unanimité, les États membres déclarent également que les contributions déterminées au niveau national (CDN) déposées collectivement jusqu’à présent par les signataires de l’accord de Paris sont « insuffisantes » et appellent les « grandes économies en particulier » à « revoir et renforcer leurs CDN à temps pour la COP27 ».
Ces engagements en faveur du climat devraient être accompagnés de promesses et d’une législation solide, ajoute le texte.
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Faire avancer la législation européenne sur le climat
Les discussions de lundi (24 octobre) ont porté sur deux points controversés : la manière de mettre à jour l’ambition de l’Europe à la lumière du paquet Fit for 55 actuellement en discussion, et la définition des efforts au niveau mondial pour éliminer progressivement le charbon.
Concernant le charbon, les pays les plus ambitieux étaient résolus à faire écho aux conclusions de la COP26 sur la « réduction progressive » de son utilisation. Le texte final de l’UE appelle tous les signataires de l’accord de Paris à « clore le chapitre du charbon sans dispositif d’atténuation en le réduisant progressivement et en mettant fin aux subventions inefficaces en faveur des combustibles fossiles afin d’accélérer leur transition énergétique ».
En ce qui concerne l’engagement de l’UE en faveur du climat, le texte souligne « l’objectif de conclure les négociations sur ces éléments essentiels » du paquet Fit for 55 « d’ici la fin de 2022 ».
Cet engagement « démontre l’ambition [de l’UE] de faire preuve de leadership, de crédibilité et de solidarité au niveau mondial », a déclaré Shirley Matheson, coordinatrice Monde pour le renforcement des CDN du WWF.
Elle a toutefois ajouté que l’UE devait envisager des réductions d’émissions de 65%, plutôt que de 55%, afin de s’aligner sur l’objectif de l’accord de Paris de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 °C.
Pour sa part, Mme Hubáčková a qualifié cet accord de satisfaisant.
« L’Union européenne veut montrer l’exemple et je pense que les négociations sur le [paquet Fit for 55] montrent que nous sommes sérieux », a-t-elle expliqué. « Je pense que nous parviendrons encore, au cours de la présidence tchèque, à trouver un accord sur toutes ces questions clés », a-t-elle poursuivi.
L’UE envisage désormais de donner une impulsion significative aux négociations du paquet Fit for 55 avant la COP27, a indiqué un fonctionnaire européen à EURACTIV. Cela inclut une réunion des négociateurs sur les normes de CO2 pour les voitures jeudi (27 octobre), au terme de laquelle les législateurs espèrent parvenir à un accord final.
Les législateurs européens feront également avancer la réforme du marché du carbone de l’UE — le système d’échange des quotas d’émission (SEQE) — et une loi visant à réduire les émissions provenant de l’utilisation des terres et de la foresterie (UTCATF) au cours de la première semaine de la COP27, a expliqué le fonctionnaire.
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De lents progrès en matière de financement climatique
Pendant ce temps, le financement de la lutte contre le changement climatique pour les pays pauvres reste une question délicate dans les négociations de la COP27.
Les pays les plus riches risquent, une fois de plus, de ne pas tenir leur promesse de fournir 100 milliards de dollars d’aide climatique aux pays en développement cette année.
Les États membres de l’UE « espèrent » quant à eux atteindre cet objectif en 2023, si l’on en croit les ministres de l’Environnement.
Ce chiffre est plus pessimiste que les précédentes communications de l’UE sur le sujet, qui visaient à atteindre l’objectif en 2022 et « quoi qu’il en soit en 2023 au plus tard ».
Alors que l’Union européenne est le principal bailleur de fonds pour le financement de la lutte contre le changement climatique, le Danemark est le seul pays à s’être engagé à financer spécifiquement les « pertes et dommages » causés par les catastrophes climatiques.
Le Parlement européen appelle lui aussi à faire preuve de plus d’ambition et a exhorté les pays riches réunis à la COP27 à « convenir de sources de financement public nouvelles, adéquates et supplémentaires, en donnant clairement la priorité aux subventions, afin de remédier aux pertes et dommages liés aux effets néfastes du changement climatique ».
Toutefois, les États membres de l’UE se montrent plus hésitants et affirment que « l’action et le soutien en faveur des pays vulnérables doivent être renforcés » et soulignent le rôle des sources de financement privées et publiques dans la lutte contre les pertes et les dommages.
Interrogé sur la question, le vice-président exécutif de l’exécutif européen et commissaire européen à l’Action pour le climat, Frans Timmermans, a déclaré que l’UE pourrait jeter des ponts sur cette question et qu’elle avait déjà quelques idées à proposer.
L’une des initiatives envisagées serait de promouvoir le partage des données et les systèmes d’alerte précoce. L’Allemagne a également proposé un « bouclier mondial » qui comprendrait la mise en œuvre rapide de solutions pour les dommages liés au changement climatique et la mobilisation de fonds supplémentaires.
Si l’on en croit le ministre français de l’Environnement, Christophe Béchu, la France pourrait soutenir cette idée : « Nous avons besoin d’un consensus aussi large que possible sur ces questions financières ».
Les Pays-Bas sont également « très favorables » à cette idée, affirme le ministre néerlandais Rob Jetten, qui a par ailleurs ajouté que les ministres de l’UE ont convenu lors de la réunion d’avoir un « esprit ouvert » sur les pertes et les dommages, bien qu’il n’y ait pas encore d’engagement financier.
Toutefois, il est probable que les pays tiers aient des demandes financières et l’UE est « prête à en discuter », a ajouté Mme Hubáčková.
Le Réseau Action Climat Europe, un groupe de défense de l’environnement, a mis en garde contre tout retard. « Nous devons voir des progrès à la COP27 sur la création d’une structure de financement. Les communautés qui se trouvent en première ligne attendent déjà depuis trop d’années et les impacts du changement climatique ne font qu’empirer », a déclaré Chiara Martinelli, directrice de l’ONG.
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Protéger la biodiversité et les écosystèmes
Lors de leur réunion, les ministres de l’Environnement ont également convenu de leur approche concernant les négociations de la Convention sur la diversité biologique, qui se tiendra au Canada en décembre.
Cette réunion devrait changer considérablement la donne en matière de protection de la biodiversité en proposant de nouveaux objectifs de protection et de restauration de la nature.
« Nous assistons déjà à un grave déclin de différentes espèces et il est temps d’agir. Je suis heureuse que l’UE se soit mise d’accord sur une position forte pour le sommet sur la biodiversité », a expliqué Mme Hubáčková.
Le texte de l’UE appelle à l’adoption d’un cadre post-2020 ambitieux et complet en matière de biodiversité, comprenant des objectifs pour 2030 et 2050, ainsi que la prise en compte des facteurs directs et indirects de la perte de biodiversité.
« Si les écosystèmes ne sont pas intacts, nous ne pourrons pas survivre dans cette lutte contre la crise climatique », a déclaré la ministre allemande de l’Environnement, Steffi Lemke, avant la réunion. « Nous nous efforçons de désigner 30 % des terres et des océans comme zones protégées d’ici 2030. »