COP27 : l’Afrique menacera de recourir aux combustibles fossiles pour obtenir des financements climatiques de l'Europe
À l’approche du sommet de la COP27, on craint que les gouvernements africains n’utilisent la menace de l’exploitation fossile pour pousser les États européens à tenir leurs promesses en matière de climat, d’investissements et d’infrastructures.
À l’approche du sommet de la COP27 de novembre, certains craignent que les gouvernements africains n’utilisent la menace de l’exploitation des réserves de combustibles fossiles pour pousser les États européens à tenir leurs promesses en matière de climat, d’investissements et d’infrastructures.
Les documents exposant la « position commune de l’Union africaine sur l’accès et la transition énergétique pour adoption lors de la COP27 », qu’EURACTIV a pu consulter, mentionnent à peine les énergies renouvelables.
Au lieu de cela, le document recommande une « augmentation de la production pétrolière africaine […], le raffinage du pétrole africain dans des raffineries africaines, ainsi que des infrastructures panafricaines de stockage et de distribution » et « l’accélération des projets régionaux de gaz et d’électricité ».
Le document de l’Union africaine (UA), qui estime que le continent a été « désavantagé » par le sommet de la COP26 qui a eu lieu l’année dernière à Glasgow, indique que « la voie à suivre ne consiste pas à choisir entre les ressources et les systèmes énergétiques » et que « les combustibles fossiles, en particulier le gaz naturel, devront jouer un rôle crucial » à court et moyen terme.
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Toutefois, cette position a suscité des inquiétudes chez les militants pour le climat et les groupes de la société civile, qui craignent qu’elle ne s’inscrive dans une démarche visant à faire marche arrière par rapport à l’engagement pris par le continent lors de la COP21 de Paris en 2015. Les États s’étaient engagés à limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 degré °C, à réduire leurs émissions de 50 % d’ici à 2030, ou à utiliser cet objectif comme monnaie d’échange.
Les représentants africains inciteront probablement l’Union européenne (UE) et d’autres organisations à proposer des programmes de financement généreux pour les technologies vertes et des systèmes de crédits carbone. Cette stratégie sera également évoquée lors de la Semaine africaine du climat qui se tiendra au Gabon à partir de lundi (29 août).
Bien que le continent ne contribue qu’à hauteur de 4 % aux émissions mondiales, avant que les conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie sur l’approvisionnement énergétique ne se fassent sentir, il avait été encouragé par l’UE à ne pas chercher à exploiter les réserves de pétrole et de gaz, une demande qui a longtemps frustré les dirigeants africains.
L’Afrique en position de force
Cependant, alors que les États européens, en particulier, tentent de trouver des alternatives au gaz russe, ce qui implique une augmentation des approvisionnements en provenance d’Algérie et du Mozambique, et potentiellement du Nigeria et de l’Angola, les États africains se trouveront en position de force lors du sommet organisé par l’Égypte.
La semaine dernière, un document de la Commission européenne indiquait que l’UE était prête à quintupler son aide financière pour la porter à 15 millions d’euros. Cette somme pourrait permettre de financer une mission militaire africaine au Mozambique afin de protéger un projet gazier mené par le français Total contre les attaques de groupes terroristes islamiques.
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la plupart des contributions déterminées au niveau national (CDN) de l’Afrique visant à réduire les émissions et les hausses de température contiennent des objectifs d’atténuation et d’adaptation conditionnés par l’obtention d’un soutien financier, technique et de renforcement des capacités au niveau international.
L’AIE indique que 48 pays africains ont demandé un soutien financier international de plus de 1 200 milliards de dollars d’ici à 2030 pour mettre en œuvre leurs CDN. Cependant, seule une partie de cette somme a été mise à disposition jusqu’à présent. Les pays riches n’ayant pas respecté leur engagement de verser 100 milliards de dollars par an aux pays en développement.
Néanmoins, la perspective de voir les États africains adopter une position agressive pourrait mettre l’Égypte, pays hôte du sommet, dans une position délicate.
Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, a confié à Bloomberg News le mois dernier que la COP27 serait axée sur « le renforcement des ambitions » en matière d’émissions de carbone et de projets d’atténuation du changement climatique.