Construire l’Union méditerranéenne sur le modèle de la CECA

Lors de ses deux jours de visite au Maroc, Nicolas Sarkozy a promu auprès des dirigeants marocains son projet d’Union méditerranéenne. Le président français a proposé de créer une coopération sur des projets concrets entre les États du pourtour méditerranéen, à l’image de ce qu’avaient fait les Européens avec la charbon et l’acier dans les années 1950.

Lors de ses deux jours de visite au Maroc, Nicolas Sarkozy a promu auprès des dirigeants marocains son projet d’Union méditerranéenne. Le président français a proposé de créer une coopération sur des projets concrets entre les États du pourtour méditerranéen, à l’image de ce qu’avaient fait les Européens avec la charbon et l’acier dans les années 1950.

Contexte  :

Le dernier jour de sa visite officielle au Maroc, le président de la République français a prononcé à Tanger un discours dans lequel il appelle de ses vœux à « bâtir l’union de la Méditerranée ».

Au cours d’une allocution truffée de références historiques, Nicolas Sarkozy a déclaré, mardi 23 octobre  : « ce qui se joue là est décisif pour l’avenir de l’humanité. C’est un grand rêve capable de soulever le monde. C’est ici que se décidera si les religions se feront la plus terrible des guerres ».  

D’abord sceptiques, les pays du Maghreb se disent aujourd’hui intéressés.

Enjeux  :

Des projets concrets

La mise en oeuvre ne sera cependant pas évidente. Comment faire travailler ensemble des pays qui, comme le Maroc et l’Algérie à cause du Sahara occidental, par exemple, entretiennent parfois des relations compliquées ?

Le président français appelle ces pays à surmonter leurs différends et à prendre exemple sur les pères fondateurs de l’Europe, « qui ont fait travailler ensemble des gens qui se haïssaient pour les habituer à ne plus se haïr ».

Pour y parvenir, il propose de travailler sur des projets concrets, à l’instar de ce que la Communauté européenne a fait avec le charbon et l’acier dans les années 1950 (CECA). Dans le cas de l’Union méditerranéenne, les domaines concernés seraient le développement durable, l’énergie et l’eau.

Statut avancé

Nicolas Sarkozy a invité les chefs d’États des pays méditerranéens à participer à un sommet, en juin 2008, en France, c’est-à-dire moins d’un mois avant le début de la Présidence française de l’UE. Le nom de la ville de Marseille a été évoqué.

Aucune précision n’a pour le moment été donnée sur les objectifs précis de cette rencontre ni sur le nom de ses participants. Ces derniers seront consultés afin d’établir l’ordre du jour du Sommet, a simplement indiqué le chef de l’État. Le roi du Maroc a déjà donné son accord de principe pour y assister.

Nicolas Sarkozy a également invité tous les pays qui ne font pas partie du pourtour méditerranéen « à assister à la réunion en tant qu’observateurs ».

Le souverain marocain a aussi rappelé « l’intention légitime » du Maroc d’obtenir prochainement un « statut avancé » dans ses relations avec l’Union européenne.

Euro-Afrique

La présidence française de l’Union européenne devrait être l’occasion d’un nouveau sommet euro-africain, à l’image de celui qui s’est déroulé en 2006 à Rabat.

Positions  :

Lors du diner officiel, le roi du Maroc, Mohammed VI, a commenté le projet du président français : « Vous avez pris l’initiative d’un projet visionnaire et audacieux, celui de l’Union de la Méditerranée. Nous sommes déterminés à explorer avec vous toutes les opportunités visant à promouvoir une approche inédite. L’initiative posera sans doute les jalons d’un pacte nouveau entre l’Europe et l’Afrique dont la Méditerranée sera le pivot ».

Chercheur à l’Institut Français des Relations Internationales, Dorothée Schmid, contactée par EURACTIV France, voit dans cette initiative, « un moyen pour la France de faire du leadership. Paris considère que le processus de Barcelone n’est plus gérable en l’état et qu’il faut le revoir ». Sur le contenu du projet d’Union méditerranéenne, Dorothée Schmid considère que le discours du président de la République « n’a pas apporté grand chose. Cela reste vague, sans précision ».

Certains États membres ne voient pas cet élan diplomatique français d’un très bon œil. Ils y voient « une tentative de la France d’orienter le cadre de l’Union européenne dans son intérêt. Il y a un manque de concertation, en particulier avec l’Allemagne et l’Espagne. Cette dernière est pourtant très investie en Méditerranée », a-t-elle ajouté.