Conflit entre le gouvernement italien et l’opposition sur les commentaires de Bruxelles sur les droits LGBTQI+

Les partis italiens sont divisés sur la récente condamnation par le Parlement européen de la rhétorique anti-LGBTQI+ en Italie, qui soulève des inquiétudes quant aux similitudes avec la situation en Hongrie et en Pologne.

EURACTIV Italie
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Jeudi (20 avril), le Parlement européen a approuvé un amendement condamnant la diffusion d’une « rhétorique anti-droits, anti-genre et anti-LGBTQI+ » par certains dirigeants politiques et gouvernements influents de l’Union européenne, dont l’Italie, ainsi que la Hongrie et la Pologne. [SHUTTERSTOCK/stu.dio]

Les partis italiens sont divisés sur la récente condamnation par le Parlement européen de la rhétorique anti-LGBTQI+ en Italie, qui soulève des inquiétudes quant aux similitudes avec la situation en Hongrie et en Pologne.

Jeudi (20 avril), le Parlement européen a approuvé un amendement condamnant la diffusion d’une « rhétorique anti-droits […] et anti-LGBTQI+ » par certains dirigeants politiques et gouvernements influents de l’Union européenne, dont l’Italie, la Hongrie et la Pologne.

« Le Parlement se dit préoccupé par la rhétorique actuelle anti-droits […] et anti-LGBTQI+ à l’échelle mondiale, alimentés par certains dirigeants politiques et religieux dans le monde, y compris dans l’UE », peut-on lire dans le texte de l’amendement.

En outre, l’Assemblée de l’UE estime que « ces mouvements entravent considérablement les efforts visant à parvenir à la dépénalisation universelle de l’homosexualité et de l’identité transgenre, car ils légitiment la rhétorique selon laquelle les personnes LGBTQI+ sont une idéologie plutôt que des êtres humains ».

« Banaliser et instrumentaliser les évènements récents en Ouganda et les lois discriminatoires sur les droits LGBT qui prévoient même la peine de mort, en mettant l’Italie au milieu et en la comparant à un pays autocratique, est une grave offense pour un pays démocratique et civilisé comme le nôtre », a confié à EURACTIV Italie la députée Patrizia Marrocco, membre du parti Forza Italia, un parti de droite faisant partie de la coalition au pouvoir.

« Le gouvernement de centre droit ne reculera pas d’un iota sur les droits acquis des LGBT, et ne discriminera jamais personne en fonction de ses inclinations sexuelles. Assez de cette rhétorique stérile : on ne joue pas et on ne fait pas de propagande sur des questions aussi sensibles », a déclaré la députée, qui est également membre de la commission des Affaires sociales à la Chambre des députés italienne.

Toutefois, certains observateurs affirment que les droits des personnes LGBTQI+ ont reculé depuis l’entrée en fonction du nouveau gouvernement.

En effet, en mars, le gouvernement a notamment demandé à Milan de cesser d’enregistrer les enfants issus de couples de même sexe, ce qui a relancé le débat sur le programme conservateur de la Première ministre Giorgia Meloni (Frères d’Italie).

Du côté de l’opposition, le Parti démocrate (PD, groupe des Socialistes & Démocrates au Parlement européen) souligne depuis longtemps la « dangereuse dérive » de la droite italienne vers des modèles de gouvernement tels que ceux du Premier ministre hongrois Viktor Orbán et de son homologue polonais Mateusz Morawiecki.

« Le Parlement européen certifie ce que nous savons déjà très bien en Italie : en raison des mauvais choix du gouvernement en matière de droits, et pas seulement, nous sommes de plus en plus alignés sur les positions du groupe de Visegrad [composé de la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie] », a indiqué la sénatrice Cecilia D’Elia (PD) à EURACTIV Italie.

« Un État fondateur de l’Union européenne ne peut pas se permettre cette dérive, à laquelle nous continuerons de nous opposer de toutes nos forces », a-t-elle ajouté.

La délégation des Verts a inclus l’amendement approuvé par le Parlement européen dans le rapport sur la dépénalisation universelle de l’homosexualité, qui a également été approuvé après que l’Ouganda a adopté une loi punissant l’homosexualité d’une peine pouvant aller jusqu’à dix ans de prison ou à la peine de mort dans certains cas.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]