Conditions de travail « déplorables » : le scandale germano-néerlandais des travailleurs migrants
Des descentes de police ont révélé que des migrants travaillant aux Pays-Bas étaient obligés de vivre dans des conditions inacceptables en Allemagne, juste à côté de la frontière. Une meilleure coopération transfrontalière et une action européenne commune s'imposent pour éviter les abus.
Des descentes de police ont révélé que des migrants travaillant aux Pays-Bas étaient obligés de vivre dans des conditions inacceptables en Allemagne, juste à côté de la frontière néerlandaise. Une meilleure coopération transfrontalière et une action européenne commune s’imposent pour éviter les abus.
Au cours d’une série de perquisitions le long de la frontière germano-néerlandaise mercredi (14 décembre), les forces de police des deux pays ont fait état de conditions de vies tout à fait dégradées de travailleurs migrants.
« Les conditions étaient si déplorables qu’il existait un danger pour la vie et la santé des locataires », a déclaré le ministère de la Construction de la région allemande de Rhénanie-du-Nord-Westphalie à la presse. Absence de sortie de secours ou de chauffage, placards aménagés en chambre… les abus sont nombreux.
Dans le même temps, les autorités néerlandaises ont constaté des « violations flagrantes de la législation sur la protection du travail », notamment en ce qui concerne le salaire minimum, les heures de travail et la protection contre le licenciement abusif, ajoute la ministère.
De nombreux travailleurs migrants viennent d’autres États membres de l’UE, comme la Roumanie ou la Pologne, et sont embauchés par des agences d’intérim pour venir travailler dans des usines de viande ou sur des chantiers aux Pays-Bas.
« [Ces agences] achètent ou louent des logements bon marché du côté allemand, tentant de faire venir des travailleurs temporaires d’Europe de l’Est et du Sud-Est avec des promesses souvent fausses puis les hébergeant dans des conditions contestables », a conclu le ministère.
Si la directrice de l’industrie alimentaire au sein de la Fédération des syndicats néerlandais, Ilja Philippen-Nijssen, préfère ne pas commenter l’affaire en cours, elle précise que dans la convention collective de travail du secteur de la viande, « nous avons inclus un accord selon lequel les clients garantissent qu’ils ne travaillent qu’avec des entrepreneurs qui utilisent des logements certifiés », afin d’éviter les abus.
Dans le même temps, les agences profitent d’une législation du travail néerlandaise peu contraignante, a déclaré à EURACTIV Pagonis Pagonakis, qui était présent lors de certaines descentes de police et qui dirige un projet sur les droits du travail des travailleurs migrants au sein de l’UE, financé par la Confédération allemande des syndicats.
« Ils exploitent le positionnement de la frontière à leurs fins et tentent de maximiser les profits des deux côtés », s’est-il exclamé.
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Une coopération transfrontalière est nécessaire
Pour M. Pagonakis, une partie du problème réside dans le fait que la libre circulation des travailleurs dans le marché commun de l’UE rend difficile pour les autorités de surveiller où et dans quelles conditions les travailleurs sont logés. Cette situation peut être exploitée par des « structures très organisées », a-t-il ajouté.
Le secrétaire général adjoint de la Fédération européenne des syndicats de l’alimentation, de l’agriculture et du tourisme (EFFAT), Enrico Somaglia, partage ces sentiments. Il a déclaré à EURACTIV qu’il existe des lacunes dans la directive néerlandaise sur le travail temporaire. Il appelle une réforme de ses vœux, de toute urgence.
Fait notable, la nature internationale de l’intervention de police a obligé plusieurs pays, dont l’Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne et la Roumanie, de travailler main dans la main. Ces pays bénéficiaient aussi de l’assistance de l’Autorité européenne du travail (ELA), une agence européenne chargée de coordonner la mise en œuvre de la législation européenne sur les travailleurs détachés.
« Un certain nombre d’entreprises tentent d’échapper aux contrôles des autorités d’un État membre de l’UE en hébergeant des travailleurs derrière la frontière dans un autre pays de l’UE, mais dans des conditions inacceptables », a déclaré le directeur exécutif de l’ELA, Cosmin Boiangiu, dans un communiqué.
Des contrôles transfrontaliers conjoints peuvent contribuer à « poursuivre en justice ces violations transfrontalières des droits des travailleurs et à rendre la mobilité des travailleurs dans l’UE plus équitable », a-t-il ajouté.
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L’UE doit mettre la main à la pâte
Pour M. Pagonakis, il faut redoubler d’efforts. Même s’il a déclaré que les récentes descentes de police sont la preuve que la coopération entre les agences de contrôle des différents pays s’améliore, il a ajouté que le partage des données entre les pays doit être amélioré.
Il a ajouté que même si les opérations conjointes telles que les récentes descentes de police permettent de mettre en lumière des cas spécifiques, « elles ne pourront pas éliminer le problème » dans son ensemble. Pour se faire, une meilleure prise de conscience politique des éléments facilitant les systèmes d’exploitation est nécessaire dans l’UE, a-t-il conclu.
Quant à M. Somaglia, il a déclaré à EURACTIV que son syndicat a rédigé une liste de demandes dont l’UE devrait tenir compte pour éviter toute exploitation de travailleurs migrants. Ces demandes incluent également une augmentation des inspections du travail au niveau européen.