Communauté politique européenne : le vrai message est la rencontre des dirigeants
Alors que les dirigeants de plus de 40 États européens se sont réunis jeudi (6 septembre) dans le cadre d’un nouveau forum continental destiné à renforcer la cohésion de l’Europe, certains se demandent si ce format ne risque pas de devenir un lieu de discussion.
Alors que les dirigeants de plus de 40 États européens se sont réunis jeudi (6 septembre) dans le cadre d’un nouveau forum continental destiné à renforcer la cohésion de l’Europe dans le contexte de la guerre menée par la Russie en Ukraine et de la crise énergétique, certains se demandent si ce format ne risque pas de devenir un simple lieu de discussion.
L’objectif de la Communauté politique européenne (CPE), une idée avancée par le président français Emmanuel Macron, est d’améliorer la coopération entre les États membres de l’UE et les non-membres tels que le Royaume-Uni, la Turquie, les Balkans occidentaux et la région du Caucase.
La Russie n’a pas été invitée à la rencontre au Château de Prague, tout comme la Biélorussie, son voisin et allié dans la guerre contre l’Ukraine.
Bien que les dirigeants aient eu du mal à maintenir un front totalement uni tout au long de la réunion, pour les diplomates, la présence d’un si grand nombre d’États européens était le principal message à retenir.
« Nous avons très clairement affiché l’unité de 44 dirigeants européens pour condamner l’agression russe et exprimer leur soutien à l’Ukraine », a confié M. Macron aux journalistes après le sommet.
Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a déclaré que le forum « confirme que la Russie est complètement isolée ».
La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, était retenue par un débat parlementaire important dans son pays, ce qui a ramené le nombre de dirigeants présents à la rencontre 43, contre 44 initialement prévus.
Emmanuel Macron a expliqué que l’objectif était de définir une stratégie commune pour relever les défis de l’Europe. « Jusqu’à présent, cela n’existait pas vraiment et pouvait entraîner des divisions », a-t-il déclaré.
Le chancelier allemand Olaf Scholz a qualifié ce nouveau forum de « grande innovation », car les dirigeants pourraient y parler de leurs préoccupations communes « sans être soumis à un agenda quotidien et à la nécessité de conclure des accords ».
Cela contribuerait à améliorer les liens avec les voisins de l’UE, « qui sont nombreux à vouloir devenir membres [de cette communauté politique européenne] », a-t-il ajouté.
Selon lui, le but de ce nouveau rassemblement d’États européens n’est pas de créer « une nouvelle institution avec une administration, une bureaucratie », mais plutôt un lieu où les chefs d’État et de gouvernement pourront se rencontrer régulièrement.
Un autre forum de discussion ?
Toutefois, des doutes subsistent quant à la viabilité du concept d’une Europe élargie, certains craignant que la création d’un nouveau modèle ne fasse de cette institution un forum de discussion dépourvu de tout pouvoir décisionnel ou contenu réel.
Sa taille risque d’être un obstacle majeur à la mise en œuvre d’actions politiques concrètes, tout comme sa diversité politique et culturelle et les rivalités historiques entre nombre de ses membres, comme l’Arménie et l’Azerbaïdjan ou encore la Grèce et la Turquie.
Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a déclaré sur son blog avant la réunion qu’il fallait encore clarifier la raison d’être de la CPE, la composition finale de la communauté, ses relations avec l’UE, la manière dont elle devrait prendre des décisions et même la question de savoir si elle devrait avoir un budget propre.
Le principal organisme de surveillance des droits de l’homme en Europe, le Conseil de l’Europe, un organe paneuropéen, est resté prudent, son porte-parole, Daniel Holtgen, ayant tweeté que le format « reste encore à définir ».
« Dans le domaine des droits de l’homme, de la démocratie et de l’État de droit, une telle communauté paneuropéenne existe déjà : c’est le Conseil de l’Europe », a-t-il déclaré.
Il n’y a pas eu de déclaration officielle à l’issue de la première réunion de la CPE.
Un fonctionnaire européen a déclaré que cela aurait nécessité des semaines de négociations et qu’un échange direct et ouvert était plus important qu’une déclaration.
S’adressant à l’assemblée par vidéo, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exhorté les dirigeants européens à faire de cette nouvelle Communauté politique européenne une « communauté européenne de la paix ».
« Qu’aujourd’hui soit le point de départ. Le point à partir duquel l’Europe et l’ensemble du monde libre s’engageront à garantir la paix pour nous tous. C’est possible », a-t-il déclaré avant d’appeler les dirigeants à « canaliser tous les pouvoirs possibles de l’Europe pour mettre fin à la guerre ».
Cependant, aucune nouvelle idée concrète n’a été annoncée sur la façon dont on pourrait mettre fin à la guerre en Russie, tandis que Kiev n’a reçu qu’une vague promesse de la part d’Emmanuel Macron de continuer à aider sur les plans militaire et financier, ajoutant qu’il communiquerait plus de détails vendredi.
Les candidats à l’adhésion à l’UE
À l’issue de la réunion, le Président français, le Premier ministre tchèque Petr Fiala et la Présidente moldave Maia Sandu ont annoncé un programme de sommets suivants. La Moldavie, l’Espagne et le Royaume-Uni ont été choisis pour accueillir ce format tous les six mois à partir de maintenant.
L’idée est d’alterner entre les États membres de l’UE et les pays tiers pour accueillir le forum.
Le fait de déplacer le forum en Moldavie, pays candidat à une adhésion à l’UE, est « un signe de soutien auquel nous attachons une grande importance », a confié Mme Sandu aux journalistes à Prague.
« Rendre l’Europe plus forte et plus résiliente doit être un effort continu », a-t-elle ajouté.
Avant son inauguration jeudi, des critiques avaient affirmé que le nouveau forum était une tentative de freiner l’élargissement de l’UE.
Les candidats à l’adhésion à l’UE, en particulier les Balkans occidentaux et l’Ukraine, ont fait savoir dès le début qu’ils souhaitaient rejoindre l’UE dès que possible et ne se contenteront pas de rester dans un vide entre l’adhésion à l’UE et la CPE.
La présidente du Kosovo, Vjosa Osmani, a confié aux journalistes qu’elle avait « été rassurée » par les organisateurs, M. Macron et M. Fiala, que le forum n’était « pas un remplacement du processus d’adhésion à l’UE pour les Balkans occidentaux ».
Le Premier ministre albanais Edi Rama a affirmé que tant que son pays ne fait pas partie de l’UE, il est crucial d’être aussi proche du bloc que possible.
Entre animosité et convivialité
En l’absence de résultats concrets du forum, les réunions bilatérales ont donné un avant-goût de ce qui pourrait être à venir pour le forum.
Dans ce que certains ont décrit comme une optique remarquable, M. Macron et le président du Conseil européen Charles Michel ont réuni les dirigeants d’Azerbaïdjan et d’Arménie pour parler de paix à deux reprises.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a profité de son intervention lors de la dernière session pour chercher la confrontation avec la Grèce.
Les rumeurs d’un affrontement direct entre lui et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis ont révélé le fossé qui subsiste entre les deux alliés de l’OTAN.
Entre-temps, après une séparation difficile avec l’UE et les années de confrontation politique difficiles qui ont suivi, la nouvelle Première ministre britannique, Liz Truss, a adopté une approche plus modérée que celle de son prédécesseur Boris Johnson.
Sa décision d’assister à la réunion a fait naître l’espoir d’une remise à zéro des relations entre Bruxelles et Londres, dans le prolongement du ton plus chaleureux adopté ces dernières semaines lors de l’impasse entre les deux parties concernant les accords commerciaux post-Brexit pour l’Irlande du Nord.
Mme Truss a confirmé que M. Macron était bel et bien un « ami », et non un « ennemi », revenant ainsi sur des commentaires faits précédemment qui avaient laissé beaucoup d’interrogations sur le degré de confrontation du Royaume-Uni et sa nouvelle dirigeante avec les Vingt-Sept.
Mme Truss et M. Macron ont tenu une réunion bilatérale à Prague et ont publié une déclaration conjointe dans laquelle ils ont convenu de continuer à soutenir l’Ukraine et de travailler ensemble sur la stratégie énergétique, l’immigration clandestine et d’autres questions. Ils ont annoncé la tenue du prochain sommet franco-britannique en France en 2023.