Commission européenne : Teresa Ribera obtient finalement la bénédiction du PPE et blâme le Partido Popular

La ministre espagnole de la Transition écologique et du Défi démographique, Teresa Ribera (PSOE, S&D), a finalement reçu le feu vert des eurodéputés mercredi 20 novembre, après l'annulation du veto du Parti populaire européen (PPE).

EFE avec EURACTIV.com
Hearing Of The Commissioners-Designate Teresa Ribera Rodríguez
Teresa Ribera Rodriguez, vice-présidente exécutive chargée de la Transition propre, Juste et Compétitive, assiste à une audition au Parlement européen le 12 novembre 2024 à Bruxelles, en Belgique. [Thierry Monasse/Getty Images]

La ministre espagnole de la Transition écologique et du Défi démographique, Teresa Ribera (PSOE, S&D), a finalement reçu le feu vert des eurodéputés mercredi 20 novembre, après l’annulation du veto du Parti populaire européen (PPE). Elle a blâmé à son tour le Parti populaire espagnol (Partido Popular, PPE) pour la mauvaise gestion des inondations à Valence.

Après avoir été vivement critiquée par le Partido Popular (PP/PPE) de centre droit au sujet de la mauvaise gestion des services d’urgence de l’État dans les premières heures de la catastrophe des inondations de Valence, et des défaillances présumées des systèmes d’alerte de l’Agence météorologique espagnole (AEMET), Teresa Ribera (PSOE/S&D) a soutenu mercredi 20 novembre que tous les systèmes d’urgence publics avaient fonctionné de manière adéquate.

Dans un discours prononcé devant le Parlement, la commissaire espagnole désignée a attribué la responsabilité finale de la gestion de la catastrophe au gouvernement régional, qui, a-t-elle rappelé, a été chargé de toutes les opérations d’évacuation et de l’assistance à la population pendant la situation d’urgence.

« Il ne sert à rien de disposer de toutes les informations nécessaires (de l’AEMET) si celui qui doit réagir (le gouvernement de Valence) ne sait pas comment le faire », a déclaré la ministre espagnole.

Teresa Ribera a été choisie par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, comme future commissaire à la Concurrence et vice-présidente chargée d’une Transition propre, Juste et Compétitive.

Alors que la ministre s’exprimait, la nouvelle est venue de Bruxelles que le groupe du PPE avait pris ses distances avec le Partido Popular et avait finalement voté en faveur de l’Espagnole mercredi après-midi, passant outre le veto de leurs collègues espagnols. Ces derniers avaient réitéré dimanche 17 novembre leur ferme opposition à la responsable politique socialiste.

Dans un geste inhabituel, Manfred Weber, président du PPE, a annoncé mercredi après-midi que le groupe voterait en faveur de Teresa Ribera, ainsi que des autres nouveaux commissaires qui n’ont pas encore été approuvés, s’ils étaient satisfaits des explications données par la socialiste au Parlement le matin même.

La position de Manfred Weber a rompu l’alliance ad hoc qui s’était formée la semaine dernière entre lui et le président du PP, Alberto Núñez Feijóo, qui avait demandé à l’Allemand d’empêcher la confirmation de Teresa Ribera à tout prix.

Le Partido Popular accuse cette dernière d’être responsable de la tragédie de Valence en sa qualité de ministre chargée de la prévention des catastrophes naturelles.

Quid pro quo difficile

Le parti de droite espagnol a mené une bataille acharnée à Madrid et à Bruxelles pour torpiller la candidature de l’Espagnole. Le Partido popular, principale force d’opposition au parlement espagnol, a accusé le PSOE et le S&D d’avoir abandonné certains de leurs principes politiques — jusqu’à présent — non négociables, notamment celui de ne pas négocier avec les forces d’extrême droite.

S’exprimant au parlement mercredi, l’eurodéputée PP Sofía Acedo a déclaré que le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et le groupe S&D étaient prêts à détourner le regard et à voter en faveur du commissaire italien désigné Raffaele Fitto du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia (CRE) si cette opération de contrepartie ouvrait les portes de Bruxelles à Teresa Ribera.

Le gouvernement espagnol a franchi ses limites idéologiques, selon Sofía Acedo.

« Ils ont franchi toutes les lignes rouges, bientôt celle de l’extrême droite », a déclaré l’eurodéputée du PP en faisant référence aux négociations complexes pour que le PPE lève son veto sur Teresa Ribera et au lourd « prix à payer » par le PSOE et le S&D en acceptant Raffaele Fitto.

Le geste inhabituel de Manfred Weber a désarmé l’offensive du Partido Popular, qui se concentrait sur deux demandes concernant la commissaire désignée espagnole : non seulement qu’elle s’explique devant le Parlement, mais aussi qu’elle s’engage à démissionner si elle est poursuivie pour sa gestion de la catastrophe de Valence.

Cependant, des sources du PPE citées par EFE ont commenté mercredi que « tout avis positif (du groupe) sur la candidate socialiste inclura solennellement la demande de démission (de la future commissaire) si sa nomination implique l’exportation d’un problème judiciaire espagnol à la Commission européenne ».

L’une des solutions envisagées pour débloquer les vetos croisés était un accord selon lequel, en échange de la levée du blocage de Teresa Ribera par le PPE, les groupes progressistes (et libéraux) du Parlement européen accepteraient également Raffaele Fitto.

Dans un geste de souplesse, Pedro Sánchez a rappelé au G20 au Brésil mardi 19 novembre que les commissaires européens sont choisis par les gouvernements nationaux, et a donné l’exemple que tous les États européens doivent également voter pour le candidat présenté par le Premier ministre hongrois Viktor Orbán : Olivér Várhelyi.

« Le commissaire (Olivér Várhelyi) n’est pas choisi par moi. Il ou elle est choisi(e) par le gouvernement de chaque pays », a souligné Pedro Sánchez, qui est également le leader du PSOE.

Une stratégie politique pour détourner l’attention ?

Le gouvernement espagnol a accusé le Partido Popular d’essayer de détourner l’attention de la responsabilité directe présumée du gouvernement valencien dans les heures qui ont précédé et suivi les graves inondations.

L’exécutif progressiste a affirmé que le parti essayait de faire en sorte que la responsabilité finale de la tragédie ne retombe pas uniquement sur le président de la région de Valence, Carlos Mazón (PP), pour sa négligence présumée pendant la phase principale des inondations, le 29 octobre.

Depuis les inondations catastrophiques dans les communautés de Valence et de Castille-La Manche, qui ont coûté la vie à 220 personnes au moins, le gouvernement et le PP, ainsi que le parti d’extrême droite Vox, troisième force au Parlement, se sont livrés à une bataille politique acharnée, chaque camp essayant de rejeter la responsabilité sur l’autre.

Le point culminant de la colère de la population locale face à la mauvaise gestion de la catastrophe a été atteint le 3 novembre, lorsque le roi Felipe VI et la reine Letizia se sont rendus au « point zéro » de la tragédie, dans la commune valencienne de Paiporta, et ont été « accueillis » avec des insultes et de la boue.