Comment le rapport Draghi pourrait influencer les relations entre l'UE et les États-Unis
Alors que Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne, présente lundi 9 septembre son rapport sur l’avenir de la compétitivité de l’UE, certaines de ses conclusions pourraient fortement influer sur les relations économiques du continent avec les États-Unis.
Alors que Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), présente lundi 9 septembre son rapport sur l’avenir de la compétitivité de l’Union européenne (UE), certaines de ses conclusions pourraient fortement influer sur les relations économiques du continent avec les États-Unis.
La publication du rapport intervient à la veille du débat entre Donald Trump et Kamala Harris, prévu mardi 10 septembre dans le cadre de la présidentielle américaine. Ce qui pourrait avoir une importance, car Mario Draghi ne s’est pas privé lors de ses discours des derniers mois de critiquer les politiques économiques et commerciales américaines. Reste à voir comment ces piques se refléteront dans le rapport final.
Lors de la présentation des premières conclusions du rapport en avril, Mario Draghi avait ouvertement accusé les États-Unis et la Chine de « ne plus respecter les règles » du commerce international.
Il avait averti que Pékin « menaçait d’affaiblir les industries [européennes] » en raison de sa « surcapacité significative » dans le domaine des technologies vertes, comme les véhicules électriques et les panneaux solaires.
Mais le technocrate italien avait également souligné que la loi sur la réduction de l’inflation 2022 (Inflation Reduction Act, IRA) — le programme phare de subventions vertes du président américain Joe Biden, d’une valeur de mille milliards de dollars — représentait aussi un danger pour la base manufacturière européenne.
« Les États-Unis mettent en place une politique industrielle à grande échelle pour attirer des capacités productives à l’intérieur de leurs frontières, y compris celles des entreprises européennes, tout en utilisant le protectionnisme pour exclure leurs concurrents et leur pouvoir politique pour réorienter et sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement », avait-il déclaré.
Mario Draghi avait réitéré ses critiques à l’égard des pratiques commerciales des États-Unis dans un autre discours prononcé en juin, où il avait noté que la décision de Washington d’imposer des droits de douane élevés sur une série de produits chinois pourrait avoir des répercussions néfastes pour l’Europe.
« Nous ne voulons pas devenir protectionnistes en Europe, mais nous ne pouvons pas rester passifs si les actions des autres menacent notre prospérité », a-t-il déclaré. « Les récentes décisions des États-Unis d’imposer des droits de douane à la Chine ont des répercussions sur notre économie en raison de la réorientation des exportations. »
L’ancien président de la BCE a également déclaré que l’Europe pourrait être contraint d’imposer des droits de douane pour « compenser l’avantage injuste créé par les politiques industrielles et les dévaluations des taux de change réels à l’étranger ».
Une affirmation qui, compte tenu des précédentes menaces de Donald Trump de dévaluer le dollar pour stimuler les exportations américaines, pourrait être interprétée comme un avertissement lancé à Washington et à Pékin.
L’accent mis par Mario Draghi sur les dangers du protectionnisme américain était également visible le 4 septembre, lorsqu’il a présenté son rapport aux représentants des États membres et aux eurodéputés.
Selon un résumé du briefing, consulté par Euractiv, l’italien a souligné que « les États-Unis étaient devenus un concurrent de l’UE » sur le plan économique.
« Dans l’économie mondiale, tout le monde se concentre sur son propre intérêt », a déclaré une source ayant assisté à la réunion, ajoutant que « Bruxelles et Washington en sont conscients ».
Plusieurs diplomates européens ont noté que la présentation de Mario Draghi aux ambassadeurs des États membres mentionnait la Chine et les États-Unis comme des concurrents économiques de l’Europe.
La rhétorique employée vis-à-vis des États-Unis est bien sûr plus ferme que celle qui était auparavant utilisée, mais des différences existent avec les qualificatifs employés en ce qui concerne la Chine. Lorsque les relations entre Bruxelles et Pékin s’étaient détériorées en 2023, l’UE avait qualifié la Chine de « partenaire de coopération », de « concurrent économique » et de « rival systémique ».
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Se préparer à différents scénarios
Mardi 10 septembre, Donald Trump et la candidate démocrate Kamala Harris participeront à leur premier débat depuis que le président sortant, Joe Biden, a annoncé qu’il se retirait de la course à la présidentielle.
Bien qu’ils aient eu beaucoup de temps pour se préparer et se prémunir d’un éventuel retour de Donald Trump, les Européens ont encore du mal à évaluer correctement l’impact sur les relations transatlantiques d’une deuxième présidence du candidat républicain.
Donald Trump a lancé l’idée de tripler les droits de douane contre la Chine, de les porter à 60 % et d’imposer des droits universels de 10 à 20 % sur les importations en provenance de tous les autres pays. Ces msures ne nuiraient pas seulement aux exportations chinoises vers les États-Unis, mais aussi à beaucoup d’autres, y compris aux exportations européennes.
En comparaison, Kamala Harris a jusqu’à présent suggéré que sa présidence serait en continuité avec les politiques étrangère et économique de l’administration Biden, tout en se concentrant sur des initiatives pour contribuer à améliorer les normes environnementales et de travail.
L’administration de Joe Biden et Kamala Harris a imposé des droits de douane sur des biens en provenance de Chine qu’elle considère comme stratégiques. La candidate démocrate et son adversaire républicain ont tous deux indiqué qu’ils adopteraient une ligne dure à l’égard de Pékin, ce qui pourrait inciter les Européens à s’aligner sur la politique de Washington.
Pendant le mandat de Joe Biden, Bruxelles a tenté de régler les différends commerciaux existants, notamment ceux concernant les droits de douane sur l’acier et l’aluminium remontant à l’époque de Donald Trump en 2018. Elle a également relancé la capacité de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à régler les différends commerciaux.
« Nous avons eu quelques années pour essayer d’arranger les choses, mais il est clair que même avec un démocrate à la Maison Blanche, nous n’étions pas du même avis sur les véhicules électriques ou les matières premières », souligne un fonctionnaire de l’UE.
« Peu importe qui est à la Maison-Blanche, nous, les Européens, devons commencer à nous occuper de nous-mêmes », ajoute-t-il.
Un test important aura lieu en mars 2025, deux mois après la prise de fonction du prochain président américain. C’est à cette date qu’expire le délai dans lequel l’UE s’est engagée à reporter ses mesures de rétorsion tarifaire sur les produits américains dans le cadre du différend sur l’acier et l’aluminium.
Changement de mentalité
Le discours d’Ursula von der Leyen, prononcée avant qu’elle ne soit élue pour un second mandat à la tête de la Commission européenne, souligne un changement de mentalité par rapport au mandat précédent. La sécurité économique devrait ces prochaines années prendre le pas sur l’intensification du commerce et des accords.
L’« agenda commercial fort, ouvert et équitable » dont l’UE se félicitait a été remplacé par une vision du commerce comme d’un outil permettant de contrer la « militarisation des dépendances économiques ».
Ces deux dernières années, les fonctionnaires européens se sont concentrés sur le renforcement de la compétitivité et de la production industrielle de l’Union, ce qui, selon eux, devrait permettre d’améliorer l’autonomie stratégique du continent.
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[Édité par Laurent Geslin]