Comme ses voisins, la France s’enfonce dans l’austérité

Comme de nombreux pays d’Europe, la France a annoncé de nouvelles économies : 18,6 milliards d’euros supplémentaires d’ici 2013. En Allemagne, les impôts pourraient baisser.

EURACTIV.fr
34d17604c51c8cdc2dacb5686975a654.jpg
34d17604c51c8cdc2dacb5686975a654.jpg

Comme de nombreux pays d’Europe, la France a annoncé de nouvelles économies : 18,6 milliards d’euros supplémentaires d’ici 2013. En Allemagne, les impôts pourraient baisser.

Le Premier ministre n’a pas prononcé le mot rigueur. Pourtant la France s’enfonce un peu plus dans la voie de l’orthodoxie budgétaire.

Equilibre en 2016

Les annonces faites par François Fillon lundi 7 novembre visent à tenir les engagements français de réduction du déficit malgré le ralentissement économique, avec l’espoir de conforter la note « triple A » du pays.  

Les mesures supplémentaires s’élèveront à 7 milliards d’euros en 2012 et 11,6 milliards en 2013, a annoncé le chef du gouvernement lors d’une conférence de presse.  

Les principales mesures comprennent :

  • le report de l’âge légal de la retraite à 62 ans en 2017 au lieu de 2018. Sept cent millions d’euros d’économies seront réalisées sur les dépenses de santé et les « niches » fiscales seront réduites de 2,6 milliards.  
  • l’augmentation du taux réduit de la TVA de 5,5% à 7%, sauf pour les produits de première nécessité, dont l’alimentation.  
  • la limitation de la revalorisation de certaines prestations sociales à 1% l’an prochain, soit le niveau de la croissance prévu.  
  • le gel du barème de l’impôt sur le revenu et de celui de solidarité sur la fortune pour les deux prochaines années. L’impôt sur les sociétés sera quant à lui majoré de 5% pour les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 250 millions d’euros.  

Ces mesures doivent permettre d’atteindre l’équilibre budgétaire d’ici 2016, ce qui représente une effort global de 100 milliards d’euros. C’est la deuxième fois en trois mois que le gouvernement français opère des coupes dans ses finances après les 12 milliards d’euros d’économie du mois d’aout.  

Exemples européens 

La France ne fait que suivre un mouvement quasi-général en Europe. Après avoir reçu l’aide de la zone euro, la Grèce, le Portugal et l’Irlande ont du réduire drastiquement leurs dépenses publiques.

Menacée par les marchés, l’Espagne a fait de même en adoptant toute une série de mesures entre l’hiver et l’été 2011. En janvier 2010, elle avait déjà voté un plan d’économies de 50 milliards.

La Belgique est aussi face à ces choix cornéliens. Les partis francophones et néerlandophones, qui cherchent à former un gouvernement depuis plus de 500 jours, discutent actuellement des coupes à faire. L’effort se situerait entre 5 et 10 milliards d’euros pour le budget 2012. 

Enfin, l’Italie s’est engagée à opérer de profondes réformes structurelles pour remettre ses comptes publics dans le vert et réduire sa dette, qui atteint aujourd’hui plus de 120% du PIB du pays. Le départ du président du Conseil, Silvio Berlusconi, en qui les marchés n’ont pas confiance, pourrait aussi être décidé dans les jours à venir. 

« Comme la Grèce »

Ce deuxième tour de vis budgétaire du gouvernement a été accueilli de façon mitigée par la classe politique. 

Pour le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, le Premier ministre fait preuve de « courage politique ».

L’eurodéputée verte et candidate à la présidentielle Eva Joly considère pour sa part que ce plan est un « mea-culpa honteux et partiel des mesures adoptées » au début du quinquennat du président de la République. « Ce sont les services publics, la santé, l’éducation, l’environnement, la sécurité et le logement social qui vont payer. »

Le Parti socialiste, à travers sa première secrétaire, Martine Aubry y voit une politique « injuste socialement » et une « rigueur brutale ». L’ancienne candidate à la primaire estime que « le pays a besoin de doper sa compétitivité, et rien n’est fait pour soutenir l’investissement et la recherche (…). Le courage aurait été de s’attaquer vraiment aux 70 milliards de niches fiscales qui bénéficient aux plus plus privilégiés ». 

Selon le candidat à la présidentielle, Nicolas Dupont Aignan (Debout la République) François Fillon « engage le pays dans un scénario à la grecque ». 

Pour la présidente du Front national, Marine Le Pen, ces mesures sont la preuve que Nicolas Sarkozy a « perdu face à la crise de l’euro » et ne fait que répondre « aux injonctions des marchés financiers ». 

Contre courant 

La situation est très différente en Allemagne où le gouvernement Merkel a annoncé vouloir baisser les impôts à hauteur de 6 milliards d’euros d’ici 2014.

Cette année, les recettes fiscales allemandes devraient s’élever à plus de 571 milliards d’euros, soit 40 milliards de plus qu’en 2010. Les allègements prévus représentent 1% de cette somme.

L’opposition dénonce pourtant une manoeuvre électoraliste, dans la perspective des scrutins législatifs de 2013. Le chef du parti social-démocrate (SPD), Sigmar Gabriel, a évoqué la possibilité d’une plainte auprès de la Cour constitutionnelle, jugeant ces baisses d’impôts incompatibles avec le plafond d’endettement dorénavant inscrit dans la Constitution allemande.

Tout allègement fiscal doit être avalisé par le Bundestag, chambre basse du parlement, puis par le Bundesrat qui représente les États régionaux (Länder) et où le gouvernement n’a plus la majorité depuis l’an dernier.