Colère des agriculteurs : la France entame le volet européen des négociations
Lors de son discours de déclaration de politique générale mardi devant l’Assemblée nationale, Gabriel Attal a annoncé des mesures européennes qui seront défendues cette semaine à Bruxelles par le ministre de l’Agriculture et le Président de la République.
Lors de son discours de déclaration de politique générale mardi (30 janvier) devant l’Assemblée nationale, Gabriel Attal a annoncé des mesures européennes qui seront défendues cette semaine à Bruxelles par le ministre de l’Agriculture et le Président de la République.
Alors que ses propositions ont été considérées par le monde agricole comme insuffisantes la semaine dernière, le Premier ministre Gabriel Attal a tenu à s’adresser aux agriculteurs lors de sa déclaration de politique générale mardi à l’Assemblée nationale.
« Je suis lucide face à l’empilement des normes, sur ces décisions qui tombent d’en haut et qui tombent parfois d’on ne sait où », a-t-il souligné en visant implicitement les réglementations européennes, lesquelles sont particulièrement décriées par les manifestants français et européens depuis le début des mouvements.
« Nous serons au rendez-vous sans aucune ambiguïté », a-t-il insisté, alors que son ministre de l’Agriculture Marc Fesneau se rend à Bruxelles ce mercredi (31 janvier) pour rencontrer les acteurs européens, avant d’être rejoint par Emmanuel Macron, jeudi, pour Conseil européen extraordinaire.
Mesures européennes
Devant un hémicycle en ébullition, le nouveau Premier ministre a réitéré une série de mesures esquissées vendredi dernier lors d’un déplacement en Haute-Garonne. Il a également annoncé un « fonds d’urgence pour la viticulture », dès la fin de semaine, pour rassurer les vignerons d’Occitanie en particulier, et a assuré que le paiement de toutes les aides PAC serait assuré avant le 15 mars, alors que des retards sont déplorés cette année.
Gabriel Attal a particulièrement insisté sur « la souveraineté alimentaire », qu’il souhaite inscrire dans la loi, et sur la protection des agriculteurs. Une protection face à la concurrence déloyale, en poursuivant notamment le « combat » européen des clauses miroirs et la réciprocité des normes.
Une autre mesure très attendue par les manifestants a été évoquée : l’arrêt des surtranspositions européennes, autrement dit toutes les lois nationales plus dures que ce qu’impose l’UE.
Le chef du gouvernement a enfin insisté sur trois sujets qui seront au cœur des échanges bruxellois ces prochains jours : la fin de l’obligation européenne sur les jachères, la lutte contre les importations de poulets ukrainiens ou encore l’opposition à l’accord entre l’UE et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay).
Sur ces sujets européens, le Premier ministre « assume » toutefois de ne pas pouvoir « régler en quelques semaines » ce « chantier complexe ».
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Emmanuel Macron et Marc Fesneau à Bruxelles
Un chantier que le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau entamera dès mercredi (31 janvier) à Bruxelles. Au menu : une série de rencontres « en lien avec les annonces du Premier ministre et les attentes exprimées par les agriculteurs », précise le cabinet du ministère.
M. Fesneau doit rencontrer entre autres les parlementaires européens du groupe centriste Renew Europe ainsi que le Commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski.
Le lendemain, c’est Emmanuel Macron qui ira porter les revendications françaises auprès de la Présidente de la Commision européenne Ursula Von der Leyen, lors d’un échange prévu sur le sujet.
Si la Commission a déjà annoncé mardi qu’elle envisageait une dérogation temporaire à l’obligation de maintenir 4 % de jachères, Emmanuel Macron et Marc Fesneau devraient appuyer cette option, que la France porte déjà depuis plusieurs mois au Conseil de l’UE. Cela reviendrait à prolonger une dérogation liée au contexte ukrainien, censée s’arrêter en 2024.
Emmanuel Macron a également annoncé mardi, depuis Stockholm en Suède, que l’UE devra proposer « des mesures claires sur les importations venant d’Ukraine », alors que les importations explosent depuis 2022 et la levée des quotas et des droits de douane pour l’Ukraine.
« Le vrai sujet européen est celui de la politique commerciale », a souligné le Président de la République, qui souhaite rappeler son opposition à l’accord avec le Mercosur, alors que le projet n’est pas encore enterré du côté de l’UE.
La France semble donc décidée à attaquer le volet européen cette semaine, une nouvelle étape sur laquelle le Emmanuel Macron et son gouvernement sont très attendus. Selon le chef de l’État, l’UE ne doit pas non plus endosser toutes les responsabilités : « Ce serait de la facilité de tout mettre sur le dos de l’Europe », a-t-il rappelé depuis la Suède.