Cohn-Bendit : le programme des écologistes est « radical » et « pragmatique »
Europe Ecologie propose « un programme politique lucide » contrairement aux autres formations politiques, selon le député européen.
Europe Ecologie propose « un programme politique lucide » contrairement aux autres formations politiques, selon le député européen.
Invité du Centre d’Accueil de la Presse étrangère (CAPE), jeudi 16 avril, la tête de liste Île-de-France aux élections européennes pour le rassemblement Europe Ecologie, Daniel Cohn-Bendit, est revenu sur le blocage des ports par les pécheurs de la Manche qui espèrent une augmentation des quotas de capture de cabillaud.
Il ne faut pas « mentir aux pécheurs », a-t-il martelé en dénonçant « l’opportunisme des extrêmes de gauche et droite » qui insistent sur « une augmentation des quotas ». Selon lui, les quotas négociés en décembre 2008 « sont déjà beaucoup trop élevés ; on ne négocie pas avec la nature », a-t-il lancé.
Un exemple qui illustre, selon Daniel Cohn-Bendit, la nécessité d’une « transformation de l’économie vers l’écologie», comme celle proposée par Europe Ecologie. En clair : mettre fin aux modes de production non écologiques en créant de nouveaux emplois grâce à un soutien étatique à l’échelle de l’Europe.
Interrogé sur la lucidité des Verts européens à gouverner, il a estimé « qu’aujourd’hui face aux crises (économique, écologiques et sociales), il faut être visionnaire ». « Le projet de réforme de la société » proposé par le manifeste commun est basé sur « une vision radicale » mais les Verts ont « une capacité à être pragmatique », a-t-il expliqué. Et de citer en exemple le paquet énergie-climat, adopté par les députés en décembre 2008. Si le groupe a estimé que le texte « n’allait pas assez loin », les Verts l’ont soutenu « pour avancer », a expliqué Daniel Cohn-Bendit.
Et quid d’une alliance des Verts avec un parti de centre droit ? « Cela ne me gênerait pas si cela va dans la bonne direction », précise-t-il en soulignant la nécessité d’avoir « des pare-chocs » sur la question des droits de l’homme, de l’immigration, etc. « Les Verts doivent prendre leurs responsabilités, faire avancer le débat », a indiqué le député européen. Tout en « jurant » qu’il « a le cœur à gauche » et qu’aujourd’hui « les écologistes se retrouvent plus facilement dans des coalitions de gauche ».
Barroso un homme « sans colonne vertébrale »
A la question de savoir qui les Verts européens soutiendront à la Commission européenne, Daniel Cohn-Bendit a encore une fois fustigé son actuel président, José Manuel Barroso. « Barroso est un homme sans colonne vertébrale », a-t-il lancé, invitant les journalistes présents à lire le livre de l’ancien secrétaire d’État aux Affaires européennes, Jean Pierre Jouyet, pour s’en convaincre. « M. Barroso ne défend pas l’intérêt général » et laisse ses commissaires prendre position selon l’intérêt de leur État, a-t-il analysé.
Selon Daniel Cohn-Bendit, l’actuel président de la Commission souhaite être renommé dès le mois de juillet, puis « mettre en standby » la désignation des commissaires jusqu’au mois de décembre, après une potentielle ratification du Traité de Lisbonne. Si le traité de Nice est toujours en vigueur pour le mandat de la prochaine Commission (2009-2014), le collège des commissaires comptera 26 membres et non pas 27, c’est-à-dire un de moins que le nombre d’État membre.
Attendre la ratification du traité de Lisbonne permettrait au président de la Commission de ne pas avoir à choisir le pays dénué de siège à Bruxelles, estime Cohn-Bendit, qualifiant cet idée de « magouille incroyable ». Selon lui, « si on arrive à bloquer Barroso, d’autres propositions émergeront». Et de rappeler qu’en 2004 le premier candidat pressenti au poste était l’ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt. C’est seulement à la suite du refus du premier ministre britannique de l’époque, Tony Blair, de voir le Belge à la tête de l’exécutif européen que « Barroso avait émergé ».