Climat : pessimisme de rigueur à Cancun

Alors que les ministres arrivent à Cancun pour négocier, la délégation européenne et les ONG s’inquiètent des difficultés à surmonter pour faire avancer le dossier.

EURACTIV.fr

Alors que les ministres arrivent à Cancun pour négocier, la délégation européenne et les ONG s’inquiètent des difficultés à surmonter pour faire avancer le dossier.

Après une semaine de discussions, les négociateurs européens étudient toujours les documents à signer. La commissaire européenne au Climat, Connie Hedegaard a précisé qu’ils comprenaient des progrès, par exemple dans la capture de CO2, l’adaptation eau changement climatique et la technologie. Elle a cependant ajouté que les principales divergences entre les pays étaient toujours présentes.

« Notre ultime objectif de négociation reste de parvenir à un cadre global ambitieux, complet et contraignant. Nous savons que cela n’arrivera pas à Cancun mais cette conférence peut nous aider à ouvrir la voie en se mettant d’accord sur quelques éléments clés. Cela doit être fait dans les trois prochains jours », a expliqué la commissaire lors d’une conférence de presse, mercredi 8 décembre. 

Mme Hedegaard espère avancer sur le prolongement du protocole de Kyoto. « Nous voulons le garder en place, non parce que nous ne voyons pas ses faiblesses mais parce que cela n’aurait aucun sens de jeter ce que nous avons avant de mettre quelque chose de mieux en place », a-elle souligné.

Elle veut aussi une plus grande réflexion sur la transparence du système avec les normes MRV et ICA (consultation et analyse internationales). Mme Hedegaard a rappelé qu’il n’était pas seulement important d’être ouvert à la notion mais aussi de savoir ce que cela signifiait. « Savoir de quoi l’on parle quand on parle de ICA est une des choses que nous devons accomplir pendant cette conférence », a-t-elle expliqué.

Peu d’ambitions

Mais le président de la délégation du Parlement européen au sommet de Cancun, l’Allemand Jo Leinen (S&D) a précisé que les avancées allaient être difficiles. « Les participants ne sont pas assez ambitieux. Les objectifs sont votés à la baisse dans leur formulation et avec des compromis. Ils ne reflètent pas le challenge auquel nous faisons face », a-t-il regretté.

« Quand il reste trois jours de négociations dans une négociation internationale vous pouvez encore espérer…on a aujourd’hui les États-Unis qui se cachent (…), on a la Chine qui avance, (…) mais qui ne souhaite pas rentrer dans une logique contraignante d’un accord international, on a des Saoudiens qui bloquent les négociations », a résumé l’eurodéputé (Verts/ALE – Europe Ecologie) Yannick Jadot, sur France Culture. 

« On a l’Europe qui joue un rôle important aujourd’hui, qui parle mieux de manière plus cohérente qu’à Copenhague mais qui n’a pas encore élevé son niveau d’ambition suffisamment pour entraîner le reste du monde ; se trouver crédible et légitime vis à vis des résultats des pays en développement pour arriver à des résultats », a-t-il ajouté.

Les peuples oubliés

Ce pessimisme est partagé par les ONG qui dénoncent des discussions trop fermées. Elles ont manifesté, mardi 7 décembre, pour que les populations soient mieux prises en compte dans les négociations. Elles s’inquiètent que, contrairement au texte de Copenhague qui prévoyait des « garde-fous sociaux et environnementaux » pour protéger les droits des populations forestières et autochtones, le texte présenté aux ministres à Cancun soit moins ambitieux.

Pour la coordination nationale des ONG françaises de solidarité internationale, les populations du Sud, pourtant premières concernées par le changement climatique, « sont reléguées au second plan, tant dans la participation aux débats que sur le contenu des textes soumis aux ministres ».

« Les pays du Sud devront attendre que passe le spectacle des désaccords entre les grandes puissances pour faire valoir les attentes de leurs populations », souligne un communiqué des associations.

Les ONG dénoncent, entre autres, les faibles avancées sur l’adaptation au changement climatique, qui devait pourtant être l’un des points phares de Cancun. « La création d’un comité sur l’adaptation fait l’unanimité, mais les parties peinent, malgré l’urgence, à définir les fonctions opérationnelles de ce comité en lien avec les attentes et les réalités des populations les plus vulnérables », ont-elles souligné.

Les négociateurs ont jusqu’au samedi 11 décembre pour trouver un accord qui satisfassent les 192 pays engagés.