Climat : les convergences de vues PPE-CRE, point d’entrée d’une future coalition
L’alignement du Parti populaire européen (PPE, centre droit) et des Conservateurs et Réformistes européens (CRE, extrême droite) sur les enjeux climatiques montre qu’un accord postélectoral entre les deux partis est une possibilité réelle.
À l’approche des élections européennes de juin, les Conservateurs et Réformistes européens (CRE) et le groupe de réflexion officiel du Parti populaire européen (PPE) ont défini leurs positions. L’alignement de ces partis du centre et de l’extrême droite sur les enjeux climatiques appuye l’idée selon laquelle un accord postélectoral entre les deux forces politiques est une possibilité réelle.
Lors du débat du 29 avril à Maastricht entre les têtes de liste des différents groupes politiques européen en amont des élections de juin, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, qui brigue un second mandat à la tête de l’exécutif de l’UE, a refusé d’exclure la possibilité d’une coalition postélectorale avec le parti d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens.
La tête de liste des Socialistes et Démocrates européens (S&D), Nicolas Schmit, s’est vigoureusement opposée à ce que le Parti populaire européen (PPE) de Mme von der Leyen conclue un accord avec le CRE, qui, selon lui, « ne respecte pas les droits fondamentaux pour lesquels notre Commission s’est battue ».
Le PPE de centre droit reste lui-même divisé sur cette question. En effet, le vice-président du groupe, Siegfried Mureșan, et l’Union chrétienne-démocrate allemande (CDU), parti auquel appartient la présidente de la Commission, sont pour leur part plutôt favorables à une alliance avec les socialistes et les libéraux.
Bien que l’opposition à un accord postélectoral PPE-CRE persiste, les dernières publications politiques des groupes de centre droit et d’extrême droite montrent une convergence significative sur la question très médiatisée du climat.
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Une nouvelle orientation pour le Green Deal
Le document stratégique « 7Ds for Sustainability », publié par le Centre Wilfried Martens, le groupe de réflexion du PPE, préconise une réorientation du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) vers la croissance économique. Selon le groupe de réflexion, les différentes politiques environnementales mises en place au cours de la législature actuelle risquent d’entraîner un « déficit d’investissement » en Europe et de nuire aux industries et aux entreprises européennes.
« Malheureusement, certaines parties de l’équation de la politique climatique de l’UE sont brisées et conduisent à des résultats indésirables », a commenté Dimitar Lilkov, l’un des auteurs du texte, pour Euractiv.
De son côté, les Conservateurs affirment que le Green Deal n’a pas réussi à se muer en une stratégie de croissance. Dans leur manifeste, ils indiquent une volonté de protéger les citoyens, les agriculteurs et les entreprises des impacts négatifs de « l’actuelle politique climatique environnementale trop idéologique ». Le parti exprime également le souhait de revoir « les objectifs plus problématiques du Green Deal ».
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Défendre les PME, réduire la bureaucratie, assurer l’autonomie énergétique
Pour le PPE et le CRE, le marché unique de l’UE est essentiel pour atteindre les réductions de carbone prévues.
Le document stratégique du PPE indique que « le marché unique est l’atout principal de l’Europe pour faire baisser les coûts de la transition, mais il doit être renforcé pour déployer des technologies stratégiques à zéro émission nette pour l’électrification directe et indirecte ».
Les deux groupes s’accordent également à dire que la prochaine législature européenne (2024-2029) devrait mettre fin à la surrèglementation, se concentrer sur la création d’un marché unique pour l’innovation et soutenir les PME dans le domaine des technologies propres.
Dans son manifeste, le CRE s’engage à « renforcer les petites et moyennes entreprises (PME) en réduisant les formalités administratives inutiles, en appelant à un arrêt temporaire des nouvelles règles de l’UE pour les petites entreprises, et en consacrant plutôt les ressources à la mise en œuvre et à l’application de la législation existante ».
Le document de stratégie du PPE pointe du doigt la dépendance continue de l’UE à l’égard des importations de pétrole et de gaz, qui, selon le parti, rend l’Europe vulnérable sur le plan de la sécurité énergétique.
L’une des solutions proposées par le centre droit est d’utiliser les énergies renouvelables pour parvenir à l’autonomie énergétique. Cela implique de « renforcer la sécurité des matières premières critiques dans l’UE ».
Les Conservateurs se font l’écho de ces points de vue et, plaident pour un renforcement de l’autonomie de l’UE « en accordant une attention particulière aux infrastructures logistiques, aux nouvelles technologies et à l’approvisionnement en énergie et en matières premières ».
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Le dilemme politique d’Ursula von der Leyen
L’ouverture continue de Mme von der Leyen à l’égard d’une coopération avec le CRE va de pair avec la montée de ce dernier dans les sondages, le groupe devant obtiendra 86 sièges lors des élections de juin selon les derniers sondages.
Ces résultats sont en partie dus à la popularité du parti de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia, membre du groupe CRE au Parlement européen. Fratelli d’Italia est en tête des sondages en Italie, avec 27 % des intentions de vote.
Il reste à voir si Mme von der Leyen pourrait courtiser les Conservateurs sans s’aliéner les législateurs de gauche. Le groupe S&D est pour sa part actuellement en bonne voie pour obtenir 140 sièges.
Si Mme von der Leyen reste ouverte à la coopération avec les partis d’extrême droite, il y a tout de même des limites. Le groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) considère que les objectifs européens de réduction des émissions sont « totalement irréalistes » et que « la transition obligatoire vers les sources d’énergie renouvelables est irréalisable dans les délais impartis »— des propos qui ne semblent pour le coup pas résonner avec la ligne du CRE mais également du PPE.
Cela suggère qu’une alliance PPE-ID reste très improbable sur une question aussi centrale des politiques de l’UE.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]