Climat : Les 17 pays les plus fortement émetteurs de CO2 se réunissent à Paris
Alors que s’ouvre à Paris la deuxième réunion préparatoire du Forum des économies majeures sur l’énergie et le climat, les ministres de l’Ecologie et des Affaires étrangères français ont fait le point sur les enjeux de l’année 2009 dans le domaine de la lutte contre le changement climatique.
Alors que s’ouvre à Paris la deuxième réunion préparatoire du Forum des économies majeures sur l’énergie et le climat, les ministres de l’Ecologie et des Affaires étrangères français ont fait le point sur les enjeux de l’année 2009 dans le domaine de la lutte contre le changement climatique.
Alors que les États-Unis viennent d’examiner leur projet de loi sur l’énergie, les Européens tentent de rallier les Américains aux objectifs de leur paquet énergie-climat adopté en décembre 2008 (Lire le dossier d’EURACTIV.fr). Une nouvelle réunion de travail appelée le Forum des économies majeures (FEM), qui a pris le relais des anciennes « rencontres entre les grandes économies sur la sécurité énergétique et le changement climatique », doit se dérouler les 25 et 26 mai à Paris. 17 États, qui représentent 80% de la consommation énergétique mondiale et 80% des émissions de gaz à effet de serre de la planète, seront présents. Elle se déroule en marge des négociations officielles sous l’égide de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CNUCCC).
Valider des objectifs chiffrés
Cinq sujets majeurs seront débattus lors de cette réunion du FEM. Tout d’abord la question de la validation d’objectifs chiffrés. Dans ses conclusions, le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) insiste sur la nécessité de diminuer les gaz à effet de serre d’au moins 20% d’ici 2020 et 50% d’ici 2050 pour ne pas dépasser 2°C de réchauffement climatique d’ici 2100. Les Européens se sont engagés à atteindre cet objectif de 20% d’ici 2020 et 30% en cas d’accord international. Des chiffres dont semblent encore loin les États-Unis. La loi sur l’énergie prévoit une réduction des émissions de CO2 du pays de 17% d’ici à 2020. Mais en prenant comme année de référence 2005.
Une précision de taille, qui constitue le deuxième élément clé de la négociation internationale sur le climat. Dans le paquet énergie-climat, l’année 1990 est la référence. Le choix de 2005 permet aux États-Unis de diminuer en réalité leurs émissions de 7% d’ici 2020 contre 20% pour les Européens. « La communauté internationale ne peut pas changer en permanence d’année de référence », a indiqué Jean-Louis Borloo en guise de commentaire, lors d’une conférence de presse le 20 mai.
Des mécanismes contraignants par secteur
La question de la contrainte est également au cœur des débats. En cas de non-respect de leurs objectifs, les États membres de l’UE pourront être sanctionnés par la Cour de justice des Communautés européennes. L’Europe a en effet mis en place un dispositif chiffrable. Mais il est peu probable que « la Chine acceptera de se voir imposer des contraintes de nature à mettre en cause son indépendance nationale », concède Jean-Louis Borloo. « Le processus européen ne sera pas forcément applicable partout. Mais il est possible de mettre en place des mécanismes contraignants par secteur d’activité », a rappelé M. Borloo évoquant la possibilité de jouer sur les prix du carbone, ou de mettre en place un mécanisme de quotas d’émissions déjà en vigueur en Europe. Un système pour l’instant rejeté par les industriels américains.
La question de la détermination du « pic d’émissions » dans les pays émergents et du financement de l’adaptation à la lutte contre le changement climatique dans les pays en voie de développement (PVD) sera également au cœur des discussions du FEM. Or ce sujet est loin d’être le moins important. Selon le GIEC, l’investissement total destiné à la lutte contre le changement climatique devra atteindre 175 milliards d’euros avant 2020, afin de mettre un terme au réchauffement climatique avant qu’il ne devienne irréversible. La proposition de la Commission européenne indique que plus de la moitié de cette somme devrait aller aux PVD. Mais les Européens n’ont toujours pas pris d’engagements chiffrés. Ils devraient se prononcer sur la question lors du Conseil européen des 18 et 19 juin prochain. (EURACTIV.fr 5/03/2009)
Le ministre de l’Ecologie a d’ailleurs indiqué lors de la conférence de presse que la France allait proposer un plan stratégique énergétique pour l’Afrique. Une réunion avec les États concernés doit avoir lieu à Nairobi le 28 mai prochain.
« Il va bien falloir que les États-Unis fassent plus »
Quid alors d’un accord à Copenhague si les Américains décident de ne s’engager à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre que de 7% d’ici 2020 ? Rappelant que les États-Unis produisent entre 23 et 24 tonnes de CO2 par an et par habitant, contre 12 pour l’UE, 4 pour la Chine et moins de 1 pour l’Afrique, Jean-Louis Borloo a tenté une réponse : « On se demande qui va devoir réduire ses émissions entre 25 et 40% si ce ne sont pas l’Europe, les USA, ou l’Australie. Il va bien falloir que l’Europe se situe dans la fourchette haute de ses réductions et que les États-Unis fassent évidemment plus. Parce que sinon d’autres vont devoir compenser ».
Pour y parvenir, le ministre a plaidé pour la méthode française de négociation du Grenelle de l’environnement, également appliquée pour le paquet énergie-climat, consistant à mettre autour de la table l’ensemble des parties prenantes concernées. « Il faut que les syndicalistes européens parlent aux syndicalistes américains. C’est par ce type d’action que nous pourrons débloquer la situation. Car les arguments aux États-Unis sont exactement les mêmes que ceux entendus en France pour le Grenelle et en Europe pour le paquet énergie-climat ».