Climat : le manque de précision de l'UE est "mauvais pour les affaires" [FR]
Selon des responsables d'entreprises, le manque de clarté concernant le type de mesures que l'UE prendra pour sauvegarder la compétitivité de ses entreprises si aucun accord mondial sur le climat n'est conclu oblige ces dernières à reporter d'importantes décisions d'investissement.
Selon des responsables d’entreprises, le manque de clarté concernant le type de mesures que l’UE prendra pour sauvegarder la compétitivité de ses entreprises si aucun accord mondial sur le climat n’est conclu oblige ces dernières à reporter d’importantes décisions d’investissement.
Lors de la 8ème édition de l’European Business Summit, les représentants des plus grandes entreprises européennes dans les secteurs de l’acier, des produits chimiques et du pétrole ont demandé à la Commission de clarifier le régime sur le climat auquel ils seront confrontés après 2013.
Les principaux doutes qu’ils souhaitent éclaircir concernent les points suivants :
- une définition concrète de ce que l’UE prévoit de classer comme étant une « industrie à forte consommation d’énergie, et ;
- quels mécanismes de soutien seront mis en place pour aider les secteurs concernés à comporter un risque significatif de « fuite de carbone », par exemple en cas de délocalisation dans des pays tiers ayant une législation moins stricte concernant le climat.
La Commission a déclaré qu’elle ne se prononcerait pas sur ces questions avant 2010 ou 2011, quand l’issue des négociations internationales pour un régime climatique post Kyoto sera plus claire.
- Interruption des investissements
Jean-Pierre Clamadieu, PDG du producteur français de produits chimiques Rhodia, a fait remarqué que le producteur de ciment Lafarge avait récemment été forcé d’interrompre l’investissement dans ses centrales européennes au regard du manque de visibilité concernant les permis de CO2 après 2013. M. Clamadieu a déclaré que d’autres entreprises, dont la sienne, avaient des chances de trouver confrontées aux mêmes questions. Selon lui, il est important d’obtenir de la visibilité le plus rapidement possible. Sans cela, il pourrait y avoir énormément de retard dans les projets d’investissement, ce qui pourrait bien se répercuter dans d’autres régions du monde.
Michel Wurth, un membre du conseil d’administration d’ArcelorMittal, le numéro un mondial de l’acier, a effectivement convenu que les entreprises sont « dans le brouillard ». Il estime que même si son entreprise n’a pas encore reporté des investissements importants, elle a des doutes concernant l’évolution de la situation après 2012. Il a souligné la décision de son entreprise de maintenir ses infrastructures en Belgique, à Liège, ouvertes jusqu’en 2012, sans qu’aucune décision concernant l’avenir de cette installation par la suite n’ait encore été prise. Selon lui, c’est un bon exemple des limites du système actuel.
Le directeur général de la section Commerce de la Commission, David O’Sullivan, a néanmoins défendu la proposition de l’exécutif européen consistant à reporter toute décision sur les traitements spéciaux pour les entreprises à forte consommation d’énergie, affirmant qu’il est très sage de ne pas entamer les négociations internationales par des menaces. Il faut que les pays développés y adhèrent et les menaces ne sont pas une solution.
Il a néanmoins reconnu que les entreprises sont très douées pour réagir aux signes clairs du secteur public et que l’UE devrait s’assurer qu’elle propose un environnement suffisamment stable.
- Taxes carbone – la deuxième option en lice
M. O’Sullivan a souligné que les mesures d’ajustement à la frontière seront toujours la deuxième meilleure option, comme en conviennent les représentants du monde des affaires qui ont insisté sur le fait qu’une solution internationale, même si elle est asymétrique, serait privilégiée.
Selon M. Wurth, si l’Europe avance seule, le problème sera résolu en exportant les emplois. Il a souligné la nécessité soit d’une allocation gratuite, soit d’une taxe transfrontalière – c’est-à-dire aucune des options privilégiées.
M. Clamadieu estime que nous ne pouvons pas résister à des différences considérables en terme de compétitivité, il faut mettre en place un mécanisme simple qui permette, à défaut d’une égalité de traitement pour tous, du moins un système relativement équilibré.
- Les accords sectoriels sont-ils plus favorables aux affaires ?
M. Wurth a souligné que les accords sectoriels pouvaient constituer une solution. Selon lui, la solution n’est pas une approche individuelle mais une approche sectorielle. Il estime que si nous voulons réellement être ambitieux, les contrats sectoriels permettront de travailler en commun pour trouver les meilleures technologies possibles ainsi que des sources de financement.
Il a constaté que dans le secteur de l’acier, il suffirait que l’UE et les neuf autres grands pays producteurs d’acier, notamment les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, la Russie et le Brésil, concluent l’accord – couvrant globalement 90 % de l’ensemble des échanges.
Il estime que de tels pactes devraient se baser sur un référencement de la performance en terme d’émissions, qui récompenserait les plus performants, en particulier avec des permis supplémentaires attribués gratuitement, et qui pénaliserait les moins performants. Selon lui, cette situation créerait un cercle vicieux.
- Nécessité de mettre l’accent sur la recherche
Les entreprises ont également appelé l’UE à accroître le financement de la recherche pour les technologies et les produits innovants et écoénergétiques.
Comme le fait remarqué le vice président de Shell Renewables et membre du Conseil mondial des affaires sur le développement durable (WBCSD) Graeme Sweeney, les technologies comme la capture et le stockage du carbone sont une partie essentielle de la solution, mais aujourd’hui, elles restent très coûteuses. En temps normal, nous attendrions, mais nous n’avons pas le temps, a-t-il déclaré, soulignant que les partenariats public/privé sont nécessaires pour qu’une technologie soit valide dans les cinq prochaines années.
M. Wurth a conclu en déclarant qu’il souhaitait que la Commission fasse une déclaration importante annonçant qu’elle allait davantage dans la recherche pour aider les industries à forte consommation d’énergie à développer des solutions innovantes en termes d’efficacité. Il a un énorme potentiel, a-t-il ajouté.