Climat : l’Autriche met en péril l’objectif de l’UE pour 2040

L’Autriche a annoncé qu’elle ne pouvait pas soutenir le projet de loi européen fixant l’objectif climatique pour 2040 dans sa forme actuelle, jetant le doute sur la possibilité d’obtenir une majorité en faveur d’une réduction des émissions de 90 % par rapport aux niveaux de 1990, malgré plusieurs mois de négociations.

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GettyImages-2216528156 [Dursun Aydemir/Anadolu via Getty Images]

En 2024, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est engagée à défendre pour 2040 une réduction de 90 % des émissions par rapport aux niveaux de 1990, en vue d’atteindre la neutralité carbone dix ans plus tard.

Selon les conseillers de l’UE en matière de climat, une telle réduction des émissions de CO2 est le minimum nécessaire pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels.

Cependant, en 2025, il est apparu clairement qu’un nombre important d’États de l’UE n’étaient pas prêts à accepter un objectif aussi ambitieux, ce qui a contraint l’exécutif européen à reporter la proposition, puis à l’édulcorer.

Après des mois de négociations, ce qui n’était au départ qu’une proposition concise de deux pages visant à modifier la loi climat a vu son volume multiplié par six, avec l’ajout de compromis visant à apaiser les inquiétudes concernant l’impact de la mesure sur l’industrie et les ménages.

Et alors que les ministres de l’Environnement se réunissent ce mardi 4 novembre, le nombre de pages pourrait encore augmenter.

Un vote complexe

Lors du Conseil « Environnement », les ministres voteront sur l’objectif climatique proposé par l’UE pour 2040. La majorité étant fragile, chaque État membre compte pour atteindre le seuil requis.

En effet, au moins 15 États représentant 65 % de la population de l’UE sont nécessaires pour faire approuver le texte, ce qui rend des pays de petite taille comme l’Autriche particulièrement stratégiques.

Bien que Vienne vise la neutralité climatique d’ici 2040, elle refuse de soutenir l’objectif de réduction de 90 %. « Nous voyons une marge de correction », a affirmé son ministre de l’Environnement, Norbert Totschnig.

L’Autriche avance six exigences pour protéger son industrie nationale. Selon la députée européenne écologiste Lena Schilling, ces points « ont déjà été satisfaits depuis longtemps ».

Les Danois, qui président actuellement le Conseil de l’UE, ont construit leur majorité provisoire sur l’Allemagne, la France et l’Espagne. Mais pour atteindre le seuil de 65 %, trois voies sont possibles : obtenir le soutien de la Pologne, de l’Italie ou d’une coalition de petits pays.

L’opposition de Vienne pourrait réduire les options, ce qui signifie qu’il y aurait peu de chances de faire passer la législation sans le soutien de Varsovie ou de Rome, mettant ainsi les négociations en péril.

De plus, la Pologne, qui a envoyé le ministre adjoint Krzysztof Bolesta pour les négociations à Bruxelles, a déjà déclaré qu’elle ne pouvait pas soutenir la proposition.

Le ministre italien de l’Énergie, Gilberto Pichetto Fratin, a lui aussi indiqué qu’il ne pouvait pas soutenir le texte, invoquant l’absence d’éléments « indispensables ». Il souhaite notamment revenir sur l’interdiction par l’UE de la vente de voitures neuves diesel et essence à partir de 2035.

« Il est essentiel pour nous d’inclure une référence aux biocarburants durables pour le secteur du transport routier », a expliqué Gilberto Pichetto Fratin à ses homologues mardi.