Clash entre Sarkozy et Barroso sur la question des Roms

Le sommet, qui s'est réuni hier (16 septembre), restera dans les annales pour la prise de bec spectaculaire entre Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso au sujet de l’expulsion des Roms par la France. Dans le contexte d’une crise institutionnelle en cours, le président français a parlé d’une « insulte » à sa nation, tandis que la Commission européenne a tenté de montrer un nouveau visage, plus courageux.  

Sarkozy Barroso picnik.jpg
Sarkozy Barroso picnik.jpg

Le sommet, qui s'est réuni hier (16 septembre), restera dans les annales pour la prise de bec spectaculaire entre Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso au sujet de l’expulsion des Roms par la France. Dans le contexte d’une crise institutionnelle en cours, le président français a parlé d’une « insulte » à sa nation, tandis que la Commission européenne a tenté de montrer un nouveau visage, plus courageux.

 

D'après les témoins, seul le premier ministre italien Silvio Berlusconi a soutenu M. Sarkozy "en substance" sur la légalité des expulsions des Roms durant la discussion animée qui a eu lieu pendant le déjeuner à l'initiative du président français.

Les dirigeants de l'UE présents autour de la table ont décrit l'échange de différentes manières.

Le premier ministre britannique David Cameron a dit qu'il y avait eu un échange musclé entre M. Sarkozy et le président de la Commission José Manuel Barroso pendant le déjeuner.

M. Sarkozy a fermement défendu la position de la France, selon un envoyé, cité par Reuters.

José Manuel Barroso s'est levé et a dit qu'il était mécontent de la situation actuelle en France. M. Sarkozy a répondu avec vivacité.

Reding dans la ligne de tir

Ce conflit amer couvait depuis quelques jours.

Mardi (14 septembre), la commissaire de l'UE à la justice Viviane Reding a menacé de lancer une procédure d'infraction contre la France pour avoir expulsé les Roms qui vivent dans des camps illégalement. Une phrase de sa déclaration a été interprétée par Paris comme une comparaison de la discrimination contre les Roms avec la déportation des Juifs et des tziganes durant la Seconde guerre mondiale (EURACTIV 14/09/10).

Elle s'est ensuite excusée pour ce propos déplacé. Le reste de sa déclaration a été soutenu par M. Barroso qui a affirmé qu'il "soutenait personnellement" la commissaire.

Lors d'une conférence de presse après le sommet, M. Sarkozy a dit que l'ensemble des chefs d'Etats et de gouvernements avait été choqué par les propos outrageux de la vice-présidente Reding.

Il a ajouté que le président Barroso s'était entièrement dissocié des propos de Mme Reding.

"Je ne souhaite pas polémiquer", a dit le président français, "VivianeReding s’est excusée pour ses propos gravement injurieux, restons-en là".

En effet, Mme Reding s'est excusée pour sa référence déplacée à la Seconde guerre mondiale dans sa déclaration, mais la commissaire et M. Barroso ont maintenu leur position sur le reste des critiques vis-à-vis de la conformité des expulsions françaises avec les lois anti-discrimination de l'UE.

D'autres dirigeants de l'UE ont à l'unanimité réprimandé Mme Reding pour son propos déplacé.

La Commission devrait mieux surveiller son langage et s'exprimer de manière respectueuse. Je note que la commissaire Reding a retiré sa remarque, a dit le premier ministre britannique David Cameron.

M. Cameron a répété que le conversation de midi était plutôt vive mais a rappelé les prérogatives de l'exécutif de l'UE, affirmant que la Commission avait le droit de commenter sur la mise en œuvre du droit européen, à condition que le ton soit approprié.

Il a également dit que les pays avaient le droit d'expulser les immigrants qui enfreignent les lois.

Les paroles de la chancelière allemande Angela Merkel à propos des références de Mme Reding sur la Seconde guerre mondiale étaient tout aussi fortes. Le ton et le choix des mots de Mme Reding étaient inappropriés, a-t-elle dit, montrant son soutien à son partenaire français et insistant pour que les responsables politiques aient plus de respect les uns à l'égard des autres.

M. Sarkozy a dit lui-même à Mme Reding qu'elle pouvait vérifier si la position française sur les Roms était conforme ou non au droit communautaire, a ajouté la chancelière.

M. Sarkozy a en effet dit qu'il accepterait les objections de la Commission si la politique sévère de la France sur les campements illégaux de Roms s'avérait contraire au droit européen. S'il est prouvé que nous avons commis une erreur, nous la rectifierons, a-t-il affirmé.

La Commission reste dans son rôle en posant des questions et en vérifiant si la lettre et l'esprit du Traité ont été respectés, a poursuivi M. Sarkozy. Il a toutefois ajouté : je ne pense pas qu'un commissaire européen soit dans son rôle lorsqu'il s'exprime d'une manière qui embarrasse ses propres collègues.

Toutefois, des sources allemandes ont indiqué que Mme Merkel n'avait pas soutenu M. Sarkozy "en substance" et avait démenti les rumeurs selon lesquelles la chancelière allemande aurait fait part de son intention de suivre l'exemple de la France et de démanteler des camps de Roms.

La Commission doit proposer une stratégie sur la question des Roms

Le sommet s'est conclu sur une invitation pour que la Commission européenne propose une stratégie pour les Roms.

Traian B?sescu, président de la Roumanie, le pays de l'UE qui accueille la plus grande minorité Rom, a dit que deux plans avaient été convenus pour les Roms : nous souhaitons qu'ils gagnent leurs vies en trouvant un emploi et qu'ils aient accès à l'enseignement pour qu'ils puissent s'intégrer ainsi que les générations futures.

Il n'y a pas encore de solution, mais détruire les campements n'est pas une réponse, a fulminé le président.

M. B?sescu a également appelé les Roms les "nomades", sous-entendant que la stratégie pour les intégrer devrait différer des mesures sociales traditionnelles pour les groupes vulnérables.

Le premier ministre bulgare Boyko Borissov a également qualifié les Roms de "tribu nomade" et a dit que son pays ne voulait en aucun cas se trouver impliqué dans la controverse.

Barroso contre Sarkozy : description d'un clash

Plusieurs sources présentes lors du sommet ont témoigné de la manière dont la dispute entre MM Sarkozy et Barroso avait surgi durant la discussion du déjeuner sur la politique française vis-à-vis des Roms.

Le débat sur les Roms, qui a duré environ une heure au total d'après diverses sources, a déclenché un clash entre un Sarkozy agressif et un Barroso vigoureux, qui a dit au président français que la Commission allait remplir son devoir et aller de l'avant en lançant une procédure d'infraction contre Paris.

Le premier ministre bulgare Boyko Borissov a été le premier à rapporter l'incident dans l'atrium du Conseil où étaient assis les journalistes, qualifiant le vif échange de "scandale". Le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a ensuite qualifié l'échange verbal entre MM Sarkozy et Barroso de "viril".

La conversation est tombée au plus bas lorsque M. Barroso a refusé de s'excuser pour les déclarations de Mme Reding qui a comparé les expulsions de Roms par la France à la déportation des Juifs durant la Seconde guerre mondiale (EURACTIV 14/09/10). Il a selon certaines informations décrit la tentative de M. Sarkozy de semer le trouble autour des commentaires de Mme Reding de "rhétorique inutile".

Les hurlements du président français en réponse à l'attaque de M. Barroso pouvaient s'entendre depuis le couloir, ont confié des témoins à EURACTIV.

D'après les personnes présentes dans la salle, personne à part le premier ministre italien Silvio Berlusconi n'a défendu M. Sarkozy sur la substance du conflit – la question de savoir si les expulsions de Roms étaient conformes au droit communautaire. La chancelière allemande Angela Merkel a tout particulièrement donné son soutien absolu à la Commission, selon certaines sources.

Des représentants présents à la rencontre ont également transmis le message selon lequel la stratégie du camp de M. Sarkozy de détourner l'attention des réels problèmes avait été fortement déplorée par de nombreuses personnes.

Un fonctionnaire de l'UE a donné à M. Sarkozy sa version des faits sur la dispute. M. Sarkozy s'est fait prendre la main dans le sac sur les campements de Roms, et il essaie maintenant de blâmer quelqu'un d'autre. Il a accepté d'être cité, mais a souhaité conserver l'anonymat.