Chypre plaide pour des accords de retour des migrants négociés au niveau européen
Le vice-ministre chypriote chargé des migrations, Nicholas Ioannides, appelle l’UE à coordonner ses efforts avec les pays tiers pour le retour des personnes n’ayant pas droit au séjour dans l’UE. Il souligne toutefois que les États membres restent libres de conclure leurs propres accords bilatéraux.
S’adressant à Euractiv en marge de la réunion des ministres de l’Intérieur mardi 14 octobre à Luxembourg, Nicholas Ioannides a déclaré que Chypre était « optimiste » quant à la possibilité de combler les divisions entre les capitales européennes sur la solidarité et la relocalisation dans le cadre du nouveau plan phare de l’UE en matière de migration.
Il a également confirmé la convergence croissante entre les capitales de l’UE sur les retours volontaires, et potentiellement forcés, vers la Syrie pour certaines catégories spécifiques, telles que les criminels condamnés.
Ce qui suit est une transcription éditée de l’entretien.
Le nouveau mécanisme de partage des charges de l’UE, le mécanisme de solidarité, semble de plus en plus fragilisé, plusieurs États membres rechignant à accueillir des relocalisations. Quelle est votre position ?
Bien sûr, nous comprenons les préoccupations de plusieurs États de l’UE. C’est l’une de nos priorités pour notre présidence du Conseil de l’UE, qui débutera en janvier, et même avant cela.
J’ai déjà tenu des réunions bilatérales avec mes collègues afin d’écouter leurs préoccupations et d’identifier les moyens de combler les écarts ou de réduire les craintes. Il est essentiel de mettre pleinement en œuvre [le pacte de l’UE sur la migration et l’asile] d’ici juin 2026.
Il existe des désaccords sur la solidarité et la mise en œuvre du règlement de Dublin — qui exige que les demandeurs d’asile soient renvoyés vers le pays de l’UE dans lequel ils sont entrés —, mais de nombreuses capitales font preuve de bonne volonté pour trouver des solutions. Nous sommes assez optimistes quant à la possibilité de combler ces écarts.
Vous êtes donc convaincu que les capitales de l’UE trouveront une solution. Mais que se passera-t-il si ce n’est pas le cas ?
La majorité des États membres et la Commission sont sur la même longueur d’onde en ce qui concerne l’essence même du pacte migratoire phare de l’UE et d’une politique migratoire commune.
Les désaccords sur certains points sont légitimes. Nous avons le temps de travailler sur ces désaccords avec nos partenaires et la Commission. Nous devons simplement régler quelques détails pour garantir la mise en œuvre complète.
Vous avez mentionné que Chypre facilite les retours volontaires et a déjà mis en place un programme de vols. Lors de la réunion de mardi, vous avez également discuté de la possibilité de renvoyer de force des personnes en Syrie. Pensez-vous que la Syrie est suffisamment sûre pour cela ?
La situation en Syrie n’est pas tout à fait stable, mais elle a considérablement changé. Près d’un million de ressortissants syriens sont rentrés au pays ces derniers mois, ce qui montre qu’il est possible de procéder à des retours volontaires.
En ce qui concerne les retours forcés, il y a lieu d’en discuter pour certaines catégories spécifiques, à savoir les criminels et les personnes qui constituent une menace pour la sécurité nationale ou l’ordre public. Même les pays traditionnellement plus réticents reconnaissent désormais que nous devons trouver des solutions dans de tels cas, toujours dans le respect du droit européen et international et en coopération avec les organisations internationales.
Le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a déclaré qu’il semblait y avoir un large soutien en faveur des retours en Syrie parmi les États membres de l’UE. Êtes-vous d’accord ?
Oui, il existe un consensus sur la nécessité de faciliter les retours volontaires et de discuter de la possibilité de retours forcés pour les criminels condamnés.
L’Autriche en a déjà renvoyé certains, et d’autres pays envisagent des mesures similaires. Je m’attends à de nouveaux développements dans les mois à venir.
Diriez-vous que votre approche diffère de celle de l’Autriche ou de l’Allemagne ?
Pas vraiment. Nous essayons d’établir une communication avec le gouvernement syrien par l’intermédiaire de notre ministère des Affaires étrangères. L’objectif est d’améliorer les conditions sur le terrain afin de permettre davantage de retours volontaires et forcés.
Nous partageons tous le point de vue selon lequel nous devons contribuer à améliorer la situation en Syrie. Une aide plus importante et mieux structurée, ainsi qu’une implication plus forte de Frontex dans les programmes de réintégration, en collaboration avec les organisations internationales.
En ce qui concerne le règlement sur les retours, la reconnaissance mutuelle des décisions de retour, qui obligerait un État de l’UE à exécuter la décision d’expulsion d’un autre État du bloc, suscite des inquiétudes.
Je ne pense pas qu’il y ait de désaccords majeurs au-delà de cette question. La plupart des dispositions du règlement sont acceptables pour les Vingt-Sept. La présidence danoise du Conseil de l’UE est optimiste quant à la possibilité de mener à bien les négociations avant que nous prenions le relais. C’est difficile, mais réalisable.
Y a-t-il déjà des pays tiers intéressés par une coopération avec l’UE sur les centres de retour, qui ont également été brièvement mentionnés ?
Je n’ai pas de pays spécifiques à l’esprit, mais plusieurs pourraient être intéressés, compte tenu de leurs relations existantes avec l’UE.
Nous estimons que les accords doivent être conclus au niveau de l’UE, et non de manière bilatérale, afin de garantir une approche coordonnée.
Enfin, quelles seront vos principales priorités pendant la présidence chypriote du Conseil ?
Notre priorité absolue est de contribuer à la mise en œuvre complète du pacte de l’UE sur la migration. Nous avons déjà commencé à écouter les préoccupations de nos partenaires afin de jouer le rôle de médiateurs et d’aider à aplanir les divergences. Le règlement sur le retour sera un autre axe prioritaire.