Chute du gouvernement néerlandais : le parti de Mark Rutte accusé de « saborder la coalition » à des fins politiques

Le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) du Premier ministre sortant a sabordé la coalition pour faire des prochaines élections une question de migration, ont déclaré certains députés néerlandais.

Euractiv.com
Autumn congress of the People’s Party for Freedom and Democracy (VVD) in Rotterdam
« Le [VVD] a inventé un problème supplémentaire dans son intérêt politique, pour ensuite faire campagne sur [le dos de] personnes vulnérables et se montrer un peu plus dur », a déclaré Esther Ouwehand, présidente du Parti pour les animaux (PvdD, Verts/ALE), au cours du débat parlementaire. [EPA-EFE/REMKO DE WAAL]

Le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD, Renew Europe) du Premier ministre sortant Mark Rutte a sabordé la coalition pour faire des prochaines élections une question de migration, ont déclaré certains députés néerlandais lors d’un débat parlementaire lundi (10 juillet), tandis que d’autres ont accusé le VVD d’hypocrisie.

Le gouvernement néerlandais est tombé vendredi dernier (7 juillet) à la suite de divergences insurmontables entre les partenaires de la coalition concernant les règles sur le regroupement familial applicables aux réfugiés de guerre. Les partenaires de la coalition Union chrétienne (CU, PPE) et les Démocrates 66 (D66, Renew) ont déclaré que l’entêtement de M. Rutte rendait impossible la recherche d’un compromis.

« Le [VVD] a inventé un problème supplémentaire dans son intérêt politique, pour ensuite faire campagne sur [le dos de] personnes vulnérables et se montrer un peu plus dur », a déclaré Esther Ouwehand, présidente du Parti pour les animaux (PvdD, Verts/ALE), au cours du débat parlementaire.

Le président de la Gauche verte (GL, Verts/ALE), Jesse Klaver, s’est joint à la critique de Mme Ouwehand. S’adressant au VVD en ce qui concerne la question migratoire, il a affirmé : « vous devrez prendre des décisions difficiles, mais nous n’y parviendrons pas en mettant tout dans le même panier, à savoir en amalgamant chaque [type de] migration et en jouant à des jeux politiques sur ce point ».

Sophie Hermans, la présidente du groupe parlementaire du VVD à la Seconde Chambre des États généraux des Pays-Bas, a catégoriquement nié que la position intransigeante du parti sur la limitation du nombre de regroupements familiaux était une « astuce de campagne », qualifiant les remarques de Mme Ouwehand d’« immondes ». Elle a souligné que « le cabinet a tout risqué, mais qu’il n’est pas parvenu à un accord ».

De leur côté, les députés de droite ont salué l’accent mis sur la question de la migration, tout en accusant le VVD de faire preuve d’hypocrisie.

« Il est cynique […] que le VVD, responsable de l’afflux le plus important de demandeurs d’asile, […] ait renversé le cabinet parce que l’afflux était si important », a déclaré Geert Wilders, président du Parti pour la liberté (PVV, Identité et Démocratie). Il a ajouté qu’il fallait « le PVV pour une politique d’asile solide » et a accusé le parti de M. Rutte d’être à l’origine de la crise actuelle.

Wybren van Haga (parti Groupe van Haga) a estimé que « plus personne ne sait ce pour quoi le VVD se bat », se demandant comment le parti vise à réduire les chiffres de l’immigration alors qu’il refuse catégoriquement de collaborer avec des partis tels que le PVV dans le cadre d’une coalition potentielle.

Dans les sondages, le VVD se trouve actuellement en deuxième position derrière le Mouvement agriculteur-citoyen (BBB), un parti d’intérêt agraire prometteur, bien que le nom de la personne qui dirigera le parti de centre droit lors des prochaines élections ne soit pas encore connu, M. Rutte ayant démissionné à la surprise générale lundi (10 juillet).

Mme Hermans, qui figure parmi les candidats les plus probables à ce poste, a déclaré qu’elle déciderait dans le courant de la semaine si elle souhaite se présenter.

De son côté, la présidente du BBB, Caroline Van der Plas, a précisé qu’elle n’envisagerait le poste de « Première ministre des Pays-Bas » que si elle pouvait laisser le dossier des affaires étrangères à un ministre compétent en la matière ainsi qu’expérimenté sur le plan politique et disposant de bonnes relations.

Durant son mandat, Mark Rutte a souvent joué un rôle de premier plan dans les relations avec les pays tiers (guerre en Ukraine, tensions au Kosovo, etc.), un rôle qu’elle ne souhaite pas assumer, préférant se concentrer sur les crises actuelles aux Pays-Bas.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]