Chine, Russie : les Vingt-Sept veulent des éclaircissements sur la navette diplomatique de la Hongrie

Les États membres devraient chercher à obtenir plus de clarté sur les résultats obtenus par la Hongrie lors de visites diplomatiques en Russie et en Chine, certains souhaitant explorer des options sur la façon d’endiguer ce qu’ils considèrent comme un « comportement destructeur ».

Euractiv.com
Le premier ministre hongrois Viktor Orban en visite à Moscou
Le président russe Vladimir Poutine (à droite) serre la main du premier ministre hongrois Viktor Orban (à gauche) lors de leur rencontre au Kremlin à Moscou, Russie, le 15 juillet 12018. EPA-EFE/YURI KADOBNOV / POOL [EPA-EFE/YURI KADOBNOV / POOL]

Les États membres de l’UE devraient chercher cette semaine à obtenir plus de clarté sur les résultats obtenus par la Hongrie lors de visites diplomatiques en Russie et en Chine, certains souhaitant explorer des options sur la façon d’endiguer ce qu’ils considèrent comme un « comportement destructeur » de la part de Budapest.

Selon des sources au fait des discussions, les ambassadeurs de l’UE devraient discuter du rôle de la présidence hongroise du Conseil de l’UE lorsqu’ils se rencontreront mercredi (10 juillet), suite à une demande de la Pologne.

La Hongrie y présentera les résultats de ses récentes visites diplomatiques en Ukraine et en Russie, la semaine dernière, et en Chine cette semaine, que Budapest a qualifiées de «mission de paix».

Ces visites ont eu lieu quelques jours seulement après que la Hongrie a pris la présidence tournante de l’UE.

Les dirigeants et les fonctionnaires de l’UE ont rapidement condamné la visite surprise hongroise à Moscou, insistant sur le fait que Budapest n’agissait pas au nom de l’Union européenne.

« Les capitales s’inquiètent de plus en plus du rôle que s’attribue [Viktor] Orbán dans cette soi-disant “mission de paix”, alors qu’il devrait être clair qu’il ne représente que son propre pays », a déclaré un diplomate de l’UE.

Selon plusieurs fonctionnaires européens, la Hongrie a intentionnellement laissé planer une ambiguïté sur le but de cette visite, d’autant plus qu’elle affiche le logo de la présidence dans ses communications.

Un deuxième diplomate de l’UE a déclaré que « le scepticisme des États membres de l’UE était malheureusement justifié — il s’agit avant tout de promouvoir les intérêts de Budapest ».

« Les États membres étaient déjà irrités [par la Hongrie] de toute façon, étant donné la devise [de la présidence] « MEGA » [Make Europe Great Again, inspiré de la campagne de Donald Trump] — et une rencontre avec [le président russe Vladimir] Poutine » ce qui « assombrit de manière permanente la présidence hongroise », ont-ils ajouté.

La visite de M. Orbán à Moscou visait simplement à « recueillir des informations » sur la possibilité d’un cessez-le-feu en Ukraine, a pour sa part expliqué à Euractiv son principal conseiller en politique étrangère.

« Nous n’avons pas de mandat européen à ce sujet, mais nous ne demandons rien ni aux Ukrainiens ni aux Russes », a-t-il souligné, ajoutant que Budapest ferait « évidemment » un rapport aux autres États membres.

 

Le débat de cette semaine entre les ambassadeurs de l’UE sera leur première occasion d’aborder la question, et d’autres débats suivront probablement, notamment lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne qui se tiendra dans le courant du mois.

Une attitude qui commence à énerver

En mai dernier, les Vingt-Sept avaient pour la première fois exprimé ouvertement leur colère face à l’attitude de la Hongrie, qui bloque de plus en plus souvent les décisions de l’UE en matière de politique étrangère et empêche toute avancée sur l’aide militaire à l’Ukraine.

Depuis près d’un an, la Hongrie bloque les remboursements aux pays membres pour les achats d’armes pour l’Ukraine dans le cadre de la Facilité européenne pour la paix (FEP), un instrument hors budget de l’UE, dont le montant est estimé à 6,5 milliards d’euros — trois tranches de remboursement et un nouveau Fonds d’assistance à l’Ukraine (FAU) d’un montant de 5 milliards d’euros.

« Les tensions [avec la Hongrie] sont fortes après seulement sept jours de présidence, et devraient être encore plus fortes à l’approche du Conseil “Affaires étrangères” [qui discutera] de la Facilité européenne pour la paix, toujours bloquée par la Hongrie, avec l’accord des 26 autres États membres », a déclaré un troisième diplomate de l’UE.

Certains diplomates de l’UE ont déclaré précédemment qu’ils considéraient les blocages de Budapest comme un schéma qui pourrait exiger une discussion sur les changements pratiques à apporter aux processus de prise de décision de l’Union.

Aujourd’hui, surtout après la visite à Moscou, certains vont plus loin en affirmant qu’il est nécessaire de « contrôler » ce qu’ils appellent le « comportement destructeur » de la Hongrie.

Parallèlement à cela, la Commission européenne a déclaré vendredi dernier (5 juillet) que la visite de Viktor Orbán à Moscou « remettrait sérieusement en question » le voyage de la présidence de l’exécutif en Hongrie. Deux fois par an, l’ensemble du collège des commissaires se rend dans le pays qui assure la présidence tournante du Conseil. Le voyage en Hongrie devait avoir lieu juste après les vacances d’été.

En outre, plusieurs diplomates européens ont également déclaré qu’il ne serait « pas impensable » que certaines réunions de haut niveau prévues à Budapest au cours des six prochains mois voient leur participation réduite ou soient boycottées.

« La communication de l’UE et des États membres n’a laissé aucun doute quant à la position de chacun sur cette question », a déclaré un quatrième diplomate, ajoutant qu’ils ne s’attendaient cependant pas à un changement de position de la Hongrie, peu importe les mesures qui seraient prises.

En ce qui concerne le mandat de la Hongrie à la tête de l’UE, les fonctionnaires et les diplomates de l’Union soulignent qu’avec la transition vers la prochaine législature (2024-2029), il ne reste pratiquement aucun dossier sur lequel Budapest pourrait « laisser une empreinte négative ».

« Pour le reste, nous devons nous assurer que rien de ce qu’il [le Premier ministre hongrois] fait à Moscou [ou ailleurs] ne représente ce que nous représentons », a déclaré un cinquième diplomate de l’UE.

« La seule chose dont nous disposons, ce sont les instruments que nous utilisons déjà : l’Article 7 [du Traité sur l’UE] qui est sur la table et qui fonctionne, mais qui n’aura pas d’impact rapidement, le mécanisme de conditionnalité [du budget] de l’UE et les fonds de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR) », a-t-il ajouté.

Les experts juridiques et les observateurs vont encore plus loin, affirmant que les actions de la Hongrie pourraient être considérées comme allant à l’encontre des traités de l’Union.

Plus précisément contre l’article 4, qui prévoit que les États membres de l’UE « facilitent l’accomplissement par l’Union de sa mission et s’abstiennent de toute mesure susceptible de mettre en péril la réalisation des objectifs de l’Union ».

« La Commission européenne pourrait saisir la [Cour de justice de l’Union européenne] », a suggéré Pierre Haroche, chercheur à l’Institut Delors.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]