Chauffage à l'hydrogène : le gouvernement britannique en désaccord avec la communauté scientifique

Le nouveau ministre britannique de l’Énergie, Jacob Rees-Mogg, envisage d’utiliser l’hydrogène pour chauffer les habitations, ce que les experts en énergie et les scientifiques déconseillent fortement.

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Les experts espèrent faire changer d’avis le nouveau secrétaire d’État à l’énergie suite à ses déclarations en faveur du chauffage à l’hydrogène. [Shutterstock/Algirdas Gelazius]

Le nouveau ministre britannique de l’Énergie, Jacob Rees-Mogg, envisage d’utiliser l’hydrogène pour chauffer les habitations, ce que les experts en énergie et les scientifiques déconseillent fortement.

L’hydrogène devrait jouer un rôle essentiel dans les futurs systèmes énergétiques. La production d’engrais, la chaleur industrielle à haute température et les poids lourds sont considérés comme des exemples d’utilisation incontestés, tandis que les utilisations telles que les voitures à hydrogène ou la chaleur industrielle à basse température sont généralement considérées comme non viables.

Le nouveau gouvernement britannique a toutefois d’autres projets.

« Je pense que l’hydrogène est en fin de compte la solution miracle », a expliqué M. Rees-Mogg alors qu’il s’adressait à la chambre basse du parlement britannique.

Le ministre de l’Énergie a ensuite exposé ses plans visant à la production d’hydrogène « à partir de sources renouvelables » pour l’utiliser « comme une batterie efficace » qui serait « acheminée jusqu’aux maisons des gens pour les chauffer pendant l’hiver ».

Les habitations constituent un consommateur d’énergie important, dans la mesure où les bâtiments de l’UE représentent environ 40% de la consommation finale d’énergie et 36% des émissions de gaz à effet de serre.

Les partisans du chauffage à l’hydrogène font valoir que l’infrastructure gazière existante peut être adaptée au transport de l’hydrogène, tandis que les chaudières à combustible fossile pourraient être adaptées pour fonctionner efficacement à l’hydrogène. Au cours de la transition, le gaz fossile et l’hydrogène pourraient être mélangés, sans que l’infrastructure ne soit modifiée.

L’hydrogène est-il efficace ?

Les experts en énergie ne sont pas de cet avis. Jan Rosenow, directeur pour l’Europe du think tank Regulatory Assistance Project (RAP), a publié un examen systématique de 32 études indépendantes afin de déterminer si le chauffage à l’hydrogène présente un intérêt.

« Toutes les études indépendantes sur le sujet aboutissent à la même conclusion : le chauffage à l’hydrogène est beaucoup moins efficace et plus coûteux que d’autres solutions telles que les pompes à chaleur, le chauffage urbain et le solaire thermique », a-t-il déclaré.

Si « l’utilisation de l’hydrogène pour le chauffage peut sembler attrayante à première vue », M. Rosenow met en garde contre la tentation de parier sur l’hydrogène pour le chauffage.

Au lieu de cela, les responsables politiques « devraient se concentrer sur l’accélération du déploiement de l’efficacité énergétique et des pompes à chaleur, des technologies constamment considérées comme essentielles à la réduction des émissions de carbone des bâtiments », a-t-il ajouté.

L’avis de M. Rosenow est partagé par d’autres experts en énergie de premier plan. « Aucune analyse sérieuse ne considère que l’hydrogène joue un rôle plus que marginal dans l’avenir du chauffage des locaux », fait remarquer Michael Liebreich, fondateur de BloombergNEF et désormais de Liebreich Associates.

« Il est temps de mettre fin à la dispute : les juges sont unanimes, et les vainqueurs sont le chauffage urbain, les pompes à chaleur et l’électrification », ajoute-t-il.

David Cebon, professeur à l’université de Cambridge et cofondateur de la Hydrogen Science Coalition, a fait remarquer que « l’hydrogène n’est pas une solution pour décarboner le chauffage domestique. »

Pourtant, le gouvernement britannique fonde de grands espoirs dans l’utilisation de l’hydrogène pour le chauffage. « L’hydrogène à faible teneur en carbone pourrait jouer un rôle important pour aider à décarboner la chaleur dans les bâtiments », a déclaré un porte-parole du ministère de M. Rees-Mogg à BBC News.

« Mais le gouvernement a été clair sur le fait qu’une décision à ce sujet ne sera pas prise avant 2026, permettant un examen complet des preuves pertinentes », a ajouté le porte-parole.

Parallèlement, en Allemagne, le vice-chancelier et ministre du Climat Robert Habeck a déclaré que « l’utilisation de l’hydrogène comme substitut du gaz sera beaucoup trop coûteuse à long terme. »

« L’avenir sera assuré par la chaleur renouvelable directe ou les pompes à chaleur », a indiqué M. Habeck en juillet 2022.