Catherine Ashton redouble d'efforts pour résoudre la crise en Égypte

L’Égypte a autorisé la représentante de l’Union pour les affaires étrangères à rencontrer le président déchu, enfermé dans un lieu secret. Il ne jouera toutefois aucun rôle dans la résolution du conflit.

EURACTIV.com / Reuters
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L’Égypte a autorisé la représentante de l’Union pour les affaires étrangères à rencontrer le président déchu, enfermé dans un lieu secret. Il ne jouera toutefois aucun rôle dans la résolution du conflit.

 

 

 

Catherine Ashton est la première étrangère à avoir rendu visite à Mohamed Morsi depuis sa destitution par l'armée le 3 juillet. Il est incarcéré et accusé, entre autres, de meurtre.

 

Le sort du président égyptien et la répression mortelle des forces de sécurité contre ses partisans ont soulevé un vent d'inquiétude dans le monde : beaucoup craignent que l'armée tente d'anéantir les Frères musulmans. Ce mouvement, créé dans l’ombre il y a des dizaines d'années, a remporté les élections à la suite des révoltes contre Hosni Moubarak en 2011.

 

La discussion de deux heures entre la haute représentante de l’UE et le président destitué était « amicale, ouverte et directe ». Un assistant a précisé que les négociations étaient allées « en profondeur ».

 

« J'ai tenté de m'assurer que sa famille sache qu'il va bien », a déclaré Mme Ashton, l'une des seules représentantes acceptées comme médiatrices. Les États-Unis pouvant être accusés d'ingérence.

 

Arrivée à la réunion par hélicoptère militaire, elle a expliqué que Mohamed Morsi avait accès à la télévision ainsi qu'aux journaux et qu'il était au courant de la situation dans le pays. « J'ai vu où il se trouvait. […] Je ne sais pas où il est, mais j'ai vu les installations dont il dispose », a-t-elle ajouté.

 

Elle s'est entretenue le 29 juillet avec les dirigeants égyptiens et les Frères musulmans afin d'essayer de mettre un terme à l'effusion de sang.

 

Signe d'avancée éventuelle, un porte-parole de Catherine Ashton a affirmé que le représentant spécial Bernadino León allait se rendre au Caire le 31 juillet pour « poursuivre le travail ».

 

Feuille de route de l'armée

 

Près de 300 personnes ont perdu la vie lors des affrontements depuis la chute du Mohamed Morsi. Quatre-vingts d’entre elles ont été exécutées le 27 juillet lors d'une manifestation pacifique devant une mosquée au nord du Caire.

 

La haute représentante de l'UE a souligné l'importance d'un processus ouvert, qui comprenne nécessairement les Frères musulmans, en vue de mettre un terme à la confrontation.  Le gouvernement militaire par intérim a fait savoir par la voix de son vice-président, Mohamed El Baradei, que M. Morsi ne participerait pas aux prochaines discussions.

 

« Je pense qu'il existe une nouvelle feuille de route », a-t-il déclaré. « M. Morsi a échoué, mais les Frères musulmans font toujours partie du processus politique et nous aimerions qu'ils le restent. »

 

Selon lui, la fin des violences permettrait d'arrêter les sit-in des Frères et de laisser place au dialogue. Les Frères musulmans accusent les forces de sécurité d'attiser les violences pour justifier la répression contre les islamistes.

 

Les médias ont spéculé sur les raisons pour lesquelles les militaires ont autorisé Catherine Ashton à rendre visite au dirigeant déchu, placé dans un endroit secret depuis un mois.

 

La haute représentante a nié avoir proposé à M. Morsi une « libération en toute sécurité » s'il renonçait au poste de président.

 

Selon de nombreux observateurs, un tel arrangement pourrait faire partie d'un accord qui permettrait aux Frères de quitter la rue et de participer à une « feuille de route » vers un pouvoir civil, soutenue par l'armée. Mohamed Morsi devrait toutefois abandonner son poste de premier dirigeant égyptien élu démocratiquement.

 

Ce document prévoit la tenue d'élections législatives dans six mois avant un scrutin présidentiel. Les Frères musulmans accusent l'armée de fomenter un coup d'État tout en rejetant toute implication. Les militaires affirment, quant à eux, avoir répondu aux manifestations en masse de juin contre Mohamed Morsi.

 

La rencontre avec le président déchu constituait une condition au déplacement de Catherine Ashton. Elle a également rencontré le général qui a destitué Mohamed Morsi et d'autres dirigeants au cours de sa seconde visite en 12 jours.

 

L'OTAN s'inquiète pour la région méditerranéenne

 

L'instabilité en Afrique du Nord inquiète l'OTAN, qui surveille de près la situation en Égypte et dans cette région, a déclaré un haut commandant de l'organisation transatlantique.

 

Après l'Égypte, c'est au tour de la population tunisienne d’appeler à la démission du gouvernement islamiste modéré. Les violences s'intensifient également en Libye.

 

Selon Philip Breedlove, commandant suprême de l'OTAN depuis mai, bon nombre de membres européens de l'organisation transatlantique proches de la Méditerranée subissent les conséquences des évènements en Afrique du Nord.

 

« La situation en Afrique du Nord a des répercussions sur l'afflux de réfugiés, le commerce, la drogue, etc. en Europe. L'instabilité dans cette région préoccupe évidemment les membres de l'OTAN », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

 

« L'OTAN ne prévoit pas pour l'instant d’intervenir en Égypte. Tout comme en Syrie, nous surveillons [ce pays] de près. Nous analysons les répercussions sur nos membres et, le cas échéant, nous prendrons les mesures nécessaires pour leur venir en aide », a-t-il poursuivi.

 

L'organisation transatlantique a toutefois revu ses projets de défense de l'un de ses membres, la Turquie. L'alliance y a déployé des systèmes antimissiles Patriot afin de protéger le pays contre les attaques éventuelles de son voisin syrien.