Cameron se paie l’UE
Le Royaume-Uni ne pourra plus être forcé de soutenir financièrement un État en difficulté. Le premier ministre britannique a également lancé une offensive pour plafonner l’augmentation du budget de l’UE à l’inflation.
Le Royaume-Uni ne pourra plus être forcé de soutenir financièrement un État en difficulté. Le premier ministre britannique a également lancé une offensive pour plafonner l’augmentation du budget de l’UE à l’inflation.
Depuis quelques mois, le premier ministre britannique conservateur a obtenu ce qu’il voulait des Européens. Le sommet, qui vient de se dérouler à Bruxelles les 16 et 17 décembre, ne fait pas exception à la règle.
Lors de la précédente rencontre des chefs d’États et de gouvernements de l’UE en octobre, David Cameron avait réussi à rallier les Européens à l’idée que le budget de l’UE ne devait pas augmenter, ni en 2011, ni dans les années à venir. Selon les diplomates britanniques, les réductions drastiques des États dans leurs dépenses publiques, en particulier au Royaume-Uni, rendent impossible toute augmentation du budget de l’UE. « Comment expliquer aux opinions publiques qu’on supprime des emplois tout en donnant plus d’argent à Bruxelles ?», s’interrogent-ils.
La question budgétaire n’était pas officiellement au programme du sommet de décembre. Les conclusions du sommet ne font que répéter, comme au mois d’octobre, que des propositions de la Commission sur le budget à long terme de l’UE sont attendues.
Plusieurs États, dont la Pologne, ainsi que le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, ne voulaient pas que ce sujet vienne polluer les décisions concernant la sécurisation de la zone euro. Les discussions sur les finances de l’UE ne doivent officiellement commencer qu’en 2011.
Les orientations budgétaires à venir sont pourtant l’une des nouvelles importantes de cette réunion des dirigeants européens. David Cameron a réussi à rallier la France et l’Allemagne à l’idée que les finances de l’UE pour 2012, 2013 mais aussi pour la période 2014-2020 n’augmentent pas plus que l’inflation.
« Un signal »
Un courrier allant dans ce sens a été rédigé par les trois pays. « J’espère que cette lettre sera signée par le plus grand nombre. C’est un signal que nous voulons envoyer selon lequel le budget européen ne devrait pas augmenter plus vite que l’inflation. Ce sont des orientations que nous souhaitons donner », a déclaré le président français Nicolas Sarkozy lors de la conférence de presse finale.
Ces initiatives inquiètent certains États de l’Est de l’Europe comme la Pologne ou la République tchèque. Varsovie mène actuellement une fronde, avec d’autres pays, pour conserver le budget à son niveau et ainsi éviter une baisse des fonds de la politique régionale européenne. Les Polonais auraient d’ailleurs fait savoir avant le sommet que cette question ne devait pas être discutée à ce moment-là.
Mais cet argument est battu en brèche par les défenseurs d’une stagnation budgétaire. « Ce n’est pas parce qu’on multiplierait par trois les fonds structurels qu’on résoudrait le problème irlandais », a déclaré Nicolas Sarkozy.
Front désuni à l’Est
Reste que les pays l’Est de l’Europe ne sont pas unis sur ce sujet. Certains sont du côté du Royaume-Uni. Le ministre des affaires étrangères lituanien, Audronius Azubalis, a récemment affirmé à EURACTIV que certaines réductions dans le budget de l’UE à long terme pourraient se révéler nécessaires au vu des réalités financières d’aujourd’hui. La Slovénie, qui bénéficie du niveau de vie le plus élevé parmi les 10 nouveaux États membres, ainsi que la Bulgarie, auraient affirmé à Londres qu’elles soutiendront le plafonnement du budget européen à long terme.
Quant à la France, le plus fervent défenseur de la PAC, elle aurait conclu un accord avec Londres pour que ses dépenses agricoles restent au même niveau. Les réductions devraient par conséquent principalement concerner les pays d’Europe centrale et orientale.
Interrogé par EURACTIV sur ce thème, le président du Conseil européen a botté en touche. « Je ne vois absolument aucune trace de cela dans nos conclusions, nous n’en avons pas parlé du tout. (…) Cela (la référence au budget) a été accepté avant la réunion. » Avant d’ajouter : « Si des lettres arrivent, nous sommes très polis, nous lisons les lettres ».
« L’histoire se répète, mais jamais de la même façon », a aussi souligné Herman Van Rompuy. Pourtant, cette situation n’est pas sans rappeler la stratégie de Margaret Thatcher dans les années 1980.
Mais le budget n’est pas l’unique victoire du premier ministre britannique lors de ce sommet. Selon les conclusions de la rencontre, les Britanniques seront désormais totalement maîtres de leur destin pour venir en aide à un pays de la zone euro.
La fin de la solidarité obligatoire
Le texte indique en effet que l’article 122 du traité de Lisbonne, prétexte juridique utilisé lors des crises grecque et irlandaise pour venir en aide à ces deux États, ne sera « plus nécessaire » pour déclencher l’utilisation du fonds de sauvetage de la zone euro. Une manière de sécuriser l’avenir pour le Royaume-Uni, désormais dispensé, quoi qu’il arrive, de participer obligatoirement à l’effort collectif.
Cette mention explicite ne figurait pas dans le projet de conclusions qu’EURACTIV avait révélé à la veille du sommet. Un manque qui avait suscité des commentaires âpres de la presse eurosceptique britannique. Au début de la réunion de Bruxelles, des diplomates anglais avaient demandé aux médias d’attendre avant de répercuter cet échec.