Budget de l’UE, Mercosur : les agriculteurs à Bruxelles pour protester en marge du sommet européen
Des agriculteurs de toute l’Europe sont venus à Bruxelles ce jeudi 18 décembre pour protester contre la réforme du budget de l’UE proposée par la Commission, dénonçant les réductions de subventions et le projet de « fonds unique » qui, selon eux, menace la Politique agricole commune (PAC).
« Le plan de von der Leyen affame l’Europe », pouvait-on lire sur certaines banderoles brandies dans les rues de la capitale européenne ce jeudi.
Les tracteurs sont arrivés dans la ville aux premières heures de la matinée et les agriculteurs se sont rassemblés pour une marche jusqu’au quartier européen, alors que les dirigeants de l’UE se réunissaient au Conseil. Le Copa et la Cogeca, deux groupes de pression agricoles de l’Union européenne, à l’origine de la manifestation, ont fait état de 10 000 manifestants venus des 27 pays de l’UE.
Selon l’endroit où l’on se trouve à Bruxelles, le centre névralgique de l’Union européenne, la scène est très différente.
Dans le nord de Bruxelles, où les agriculteurs ont donné le coup d’envoi de la marche, le rassemblement était largement pacifique : les tracteurs klaxonnaient, quelques fusées éclairantes étaient allumées et des agriculteurs italiens ont même lancé en l’air des mini-paquets de fromage Parmigiano.
Pendant ce temps, devant le Parlement européen, une scène beaucoup plus violente s’est déroulée : de jeunes manifestants ont jeté des objets — y compris des pommes de terre — sur la police, qui a répondu par des gaz lacrymogènes et des canons à eau.
Un siège à la table d’Ursula
En marge du sommet européen, des représentants du Copa et de la Cogeca ont rencontré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen, António Costa, et le commissaire à l’Agriculture, Christophe Hansen.
Sans faire de nouvelles annonces, Ursula von der Leyen a promis aux agriculteurs « un soutien fort et durable dans le budget de l’UE » dans un message publié sur les médias sociaux après la réunion.
Le président de la Cogeca, Lennart Nilsson, a confirmé à Euractiv que les discussions n’avaient pas abouti à une percée, mais il a dit qu’il avait fait entendre la voix des agriculteurs.
« Nous avons délivré un message fort », a-t-il déclaré, citant un appel à une PAC ambitieuse, à des accords commerciaux équitables et à une plus grande simplification des règles agricoles. Bien que sa délégation n’ait pas reçu de réponse immédiate de la Commission sur ces demandes, il a déclaré que « ce n’était pas l’objectif de la réunion » et que les échanges se poursuivraient.
Plus tard dans la journée de jeudi, un groupe plus important de représentants d’agriculteurs devait rencontrer Christophe Hansen, ainsi que ses collègues commissaires Piotr Serafin — en charge du budget — Maroš Šefčovič — responsable du commerce — et Jessika Roswall — qui supervise l’environnement.
Ursula von der Leyen a déjà fait un clin d’œil aux agriculteurs le mois dernier, en affectant des fonds supplémentaires aux dépenses rurales et en réintégrant certaines dispositions relatives au « fonds unique » dans la PAC. Toutefois, les syndicats agricoles voient cette initiative comme de la « poudre aux yeux ».
Le Mercosur en arrière-plan
Un autre thème central de la manifestation était la politique commerciale de Bruxelles, la ratification imminente de l’accord UE-Mercosur cristallisant les inquiétudes des agriculteurs.
« Avec les accords commerciaux actuels, les agriculteurs européens et ceux des pays tiers sont en concurrence sur le même marché européen avec des normes différentes, et ce n’est pas acceptable », expliquait Massimiliano Giansanti, président du COPA, lors d’un entretien avec Euractiv en début de semaine.
En fin de journée mercredi, les co-législateurs de l’UE se sont mis d’accord sur une série de mesures de sauvegarde pour protéger le secteur agricole des perturbations du marché, mais cette décision n’a guère rassuré les agriculteurs. Les manifestants comptent sur la France et l’Italie, qui font pression pour retarder l’approbation de l’accord par le Conseil, toujours prévue pour vendredi 19 décembre.