Budget de l’UE 2024 : les coupes budgétaires inquiètent les eurodéputés

Les eurodéputés ont soulevé des inquiétudes concernant la proposition de budget 2024, qui vise à réduire le financement de l’administration des institutions de l’UE, tandis que le commissaire au Budget mise sur la révision du budget à long terme de l’UE pour éviter les coupes.

Euractiv.com
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Les eurodéputés ont exprimé leurs inquiétudes en raison des coupes prévues dans le budget de l’UE pour l’année 2024. [<a href="https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/brussels-brusselsbelgium-12-18-european-parliament-1263034915" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK/Tobias Arhelger</a>]

Les eurodéputés ont soulevé des inquiétudes concernant la proposition de budget 2024, qui vise à réduire le financement de l’administration des institutions de l’UE, tandis que le commissaire européen au Budget, Johannes Hahn, mise sur la révision du budget à long terme de l’UE pour éviter les coupes.

La proposition de la Commission européenne pour le budget de l’UE de l’année prochaine, qui s’élève à 189,3 milliards d’euros, a été critiquée par plusieurs eurodéputés lors d’une réunion de la commission des budgets (BUDG) du Parlement mercredi (7 juin).

Bien que la proposition soit plus élevée que le budget initial pour 2023, les taux d’inflation de l’année dernière signifient que le montant proposé est inférieur en termes réels.

En outre, l’augmentation des coûts d’emprunt pour le remboursement de la dette de l’UE met à rude épreuve les limites du budget actuel de l’UE.

Des marges réduites

« Nous ne voyons pas de marge de manœuvre pour la sécurité et la défense, […] notre voisinage et les programmes essentiels », a expliqué Siegfried Mureșan (Parti populaire européen, PPE), rapporteur sur le budget de l’UE, au commissaire Johannes Hahn.

Il a ajouté que les remboursements des taux d’intérêt de la dette européenne constituent une « bombe à retardement » pour le budget de l’UE, si bien qu’ils ne devraient pas être maintenus dans son champ d’application.

« Nous espérons que rien de grave ne se produira et que l’Union n’aura pas besoin de plus, mais l’espoir n’est pas une stratégie », a déclaré M. Mureșan.

M. Hahn s’est dit d’accord avec le rapporteur sur les limites du budget et a reconnu que le budget proposé est « une réduction de facto en raison de l’inflation ».

Il a toutefois ajouté : « Nous avons fait le plus gros effort possible pour répondre aux besoins sur base de contraintes budgétaires très strictes ».

Dans l’attente de la révision du CFP

M. Hahn a laissé entendre que la proposition de budget pourrait être améliorée sur base de la révision du budget à long terme de l’UE (2021-2027) — le cadre financier pluriannuel (CFP) — qui doit être publié par la Commission le 20 juin, et qui devrait aborder la question du remboursement de la dette de l’UE.

« Il est clair que nous atteignons les limites de ce que nous pouvons financer dans le cadre du CFP actuel », a déclaré le commissaire, ajoutant que sa révision est essentielle, car les coûts continueront d’augmenter dans les années à venir.

Selon l’eurodéputée centriste Valérie Hayer (Renew Europe), rapporteur sur les ressources propres de l’UE, la proposition de budget pour 2024 est « insuffisante et décevante », bien que la « véritable proposition » pour le budget global de l’UE ne sera présentée qu’après la révision du CFP.

Coupes dans les institutions de l’UE

Au cours de l’échange, plusieurs eurodéputés se sont également plaints des réductions attendues dans le financement des institutions de l’UE.

Nils Ušakovs (Socialistes et Démocrates, S&D), rapporteur du budget de l’UE pour le chapitre consacré aux institutions de l’UE, s’est inquiété de l’ajustement à la baisse de l’estimation des dépenses du Parlement pour l’année prochaine, qui a été adoptée lors d’un vote en plénière en avril.

« La Commission a réduit l’état prévisionnel du Parlement de 28 millions d’euros », a-t-il indiqué, ajoutant qu’elle avait également procédé à des coupes « arbitraires » dans d’autres institutions. « Il est évident que nous rétablirons les réductions de la Commission dans notre position en octobre », a déclaré M. Ušakovs.

Réagissant aux inquiétudes des eurodéputés, M. Hahn a déclaré qu’il n’était pas ravi de devoir prendre de telles mesures, qui devraient avoir un impact non seulement sur le Parlement, mais aussi sur d’autres organes de l’UE.

Il a félicité le Parlement pour ses efforts visant à maintenir les niveaux de dépenses sous contrôle et a expliqué que les estimations du budget proposé par la Commission prennent en compte l’impact de l’inflation pour 2023 et 2024.

« Nous sommes convaincus que, sur la base d’une révision réussie du CFP, les choses seront différentes dans quelques mois », a-t-il affirmé aux législateurs de l’UE.

Négociations à venir

La proposition de budget fera l’objet de négociations dans les prochains mois, avant une adoption finale le 13 novembre.

Interrogé sur les négociations à venir, M. Mureșan a déclaré que la Commission allait « plaider pour des augmentations dans les lignes budgétaires où des augmentations sont nécessaires ».

Il a également réitéré son appel aux États membres pour qu’ils évitent les coupes dans le budget.

« Les États membres semblent être unis dans leur désir de soutenir l’Ukraine et semblent comprendre la nécessité de soutenir notre voisinage et d’accroître notre sécurité », a-t-il affirmé à EURACTIV.

« Ils ne peuvent pas toujours demander à l’UE d’en faire plus tout en réduisant le budget », a-t-il ajouté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]