Budget 2026 : qui sont les gagnants et les perdants des cinq mois de bataille à l’Assemblée ?
À l’Assemblée nationale, les députés ont rejeté deux nouvelles motions de censure lundi 2 février, confirmant l’adoption définitive du budget de l’État pour 2026. Mais qui sont les vainqueurs et les perdants des cinq derniers mois de négociations ?
La motion déposée par les partis de gauche sans les socialistes a recueilli 260 voix sur les 288 nécessaires pour faire tomber le gouvernement. Celle de l’extrême droite du Rassemblement national (RN) n’a rassemblé que 135 voix.
Lors de sa nomination le 9 septembre dernier, Sébastien Lecornu avait expliqué que son unique mission serait de donner « un budget à la France ». Celui qui se qualifie de « moine soldat » de la politique a rempli son contrat.
Pour le député du parti centriste du Modem Frédéric Petit, le Premier ministre s’en est « bien sorti », même s’il a bénéficié du « courage politique » de ses prédécesseurs Michel Barnier et François Bayrou, qui avant lui avaient alerté sur le déficit des finances publiques.
Connu pour ses qualités de négociateurs au ministère des Armées, Sébastien Lecornu aura réussi à naviguer au sein d’une Assemblée nationale sans majorité, privilégiant les discussions discrètes aux grandes déclarations publiques.
En renonçant à l’article 49.3 de la Constitution, qui permet l’adoption d’une loi sans vote du Parlement, le Premier ministre avait réussi à ouvrir des négociations avec les socialistes. Il finira par avoir recours au 49.3, avec la bénédiction de ces mêmes socialistes.
Cultivant l’image d’un responsable politique humble et réservé, Lecornu sera même parvenu à faire oublier sa fidélité au principal responsable de la crise politique que traverse la France depuis la dissolution du printemps 2024, à savoir Emmanuel Macron lui-même.
« Barnier et Bayrou portaient une image médiatique assez lourde, Lecornu a paradoxalement été perçu comme quelqu’un de nouveau », commente Frédéric Petit pour Euractiv.
L’adoption du budget permet en tout cas de donner un peu d’air au Président, en première ligne sur la scène internationale. Et fait de Sébastien Lecornu — même s’il s’en défend — un candidat potentiel pour la présidentielle de 2027.
Les socialistes au centre du jeu
Certes, les socialistes n’auront pas fait passer toutes leurs revendications budgétaires. Exit la « taxe Zucman » sur les ménages les plus aisés, ou le rétablissement de l’impôt sur la fortune.
Mais en se positionnant comme une opposition ouverte au dialogue, ils peuvent se targuer d’avoir obtenu la suspension de la réforme des retraites de 2023, la revalorisation de la prime d’activité pour les ménages les plus modestes, ou la mise en place d’une taxe sur les holdings familiaux.
« Nous sommes le groupe parlementaire qui a monté le plus sa volonté de trouver des compromis et de travailler pour l’intérêt des Français », se félicitait il y a quelques semaines la député Estelle Mercier pour Euractiv.
Le Parti socialiste (PS) est pour la première fois depuis le départ du président François Hollande en 2017 redevenu une force incontournable pour construire des majorités, malgré son poids limité sur les bancs de l’Assemblée nationale (69 députés sur 577).
Reste à voir si cette stratégie de négociation sera plébiscitée par les électeurs lors des municipales de mars, durant lesquelles les socialistes affronteront sur leur gauche des listes de La France insoumise (LFI). Le parti de Jean-Luc Mélenchon est de son côté resté cohérent dans son opposition sans concession au gouvernement Lecornu.
Les Républicains au bord de l’éclatement
Le grand perdant des derniers mois est sans contexte le parti de droite des Républicains, divisé depuis la démission surprise du gouvernement de son président Bruno Retailleau — à l’époque ministre de l’Intérieur — suite à des disputes pour la répartition des postes lors de la formation du premier cabinet Lecornu.
Après avoir soutenu Michel Barnier et François Bayou, Bruno Retailleau a ainsi choisi de dénoncer tout l’automne les « concessions » accordées aux socialistes, qui selon lui ont apporté « davantage d’impôts, de déficit, d’endettement ».
Se plaçant dans l’opposition afin d’anticiper la campagne de la présidentielle où il devrait être candidat, le président des Républicains s’est cependant mis en porte à faux avec une partie des 49 députés de son groupe à l’Assemblée nationale, qui malgré ses consignés ont voté le budget de la sécurité sociale avec le « bloc central » du président Macron et les socialistes.
Les Républicains subissent en parallèle sur leur droite l’offensive des renégats de l’UDR d’Éric Ciotti, qui s’étaient alliés à l’extrême-droite du Rassemblement national aux législatives de 2024 et qui appellent depuis une grande « union des droites » pour la présidentielle.
Dimanche 1er février, le candidat des Républicains a ainsi été battu avec plus de 59 % des suffrages par celui de l’UDR, lors du second tour d’une législative partielle dans le département de la Haute Savoie, une « immense victoire » selon Éric Ciotti.
« La mutation s’opère : les électeurs lucides rejoignent l’alliance que j’ai bâtie avec Jordan Bardella et Marine Le Pen », se réjouit ce dernier dans Le Figaro.
Après l’adoption définitive du budget, la campagne pour les municipales de mars va occuper tous les esprits. La liste déjà fournie des candidat à la présidentielle de 2027 devrait également s’allonger dans les prochaines semaines.