Bruxelles soulagée du changement de présidence de l’UE

La république tchèque passe le relais de la présidence de l’UE à la Suède le 1er juillet, au grand soulagement de l’administration bruxelloise et des capitales européennes. Le réseau EURACTIV a fait le tour de ses rédactions pour recueillir les impressions des États membres sur les six mois de Prague à la tête de l’UE.

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La république tchèque passe le relais de la présidence de l’UE à la Suède le 1er juillet, au grand soulagement de l’administration bruxelloise et des capitales européennes. Le réseau EURACTIV a fait le tour de ses rédactions pour recueillir les impressions des États membres sur les six mois de Prague à la tête de l’UE.

« La présidence a échoué à promouvoir ses succès partiels », ont déclaré à EURACTIV.cz des diplomates tchèques. D’un point de vue technique, la présidence a été bien organisée. Les experts bruxellois l’ont reconnu, ont-ils ajouté. A Prague, on estime avoir réussi à faire face à de graves évènements, comme la crise gazière russo-ukrainienne, l’effondrement de l’économie mondiale et le conflit à Gaza.

Echec politique, succès organisationnel

Selon un haut-fonctionnaire tchèque, des reproches devraient être adressés au président français, Nicolas Sarkozy qui s’est approprié les problèmes, en particulier lors de sa visite au Proche-Orient, et a court-circuité la médiation de la présidence tchèque. Avant que Prague ne soit investie de la présidence par Paris, le président Klaus avait ouvertement accusé la France de vouloir « siphonner » le pays. (EURACTIV.com 27/10/09).

Mais vu de France, c’est la faiblesse de la diplomatie tchèque qui a conduit le président Sarkozy à revenir sur le devant de la scène pour rencontre le ministre des Affaires étrangères israëlien, Tzipni Livni, le 1er janvier.

Les diplomates français n’ont jamais caché leurs difficultés à travailler avec les Tchèques. Lors de son intervention au Parlement avant le sommet européen de juin, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a déclaré que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso « avait été extrêmement efficace sous une présidence française efficace, mais moins sous la présidence tchèque qui a été moins efficace ».
 
Nicolas Sarkozy lui-même a adressé une critique à peine déguisée à l’ancien premier ministre tchèque, Mirek Topolánek, sur les débuts tumultueux de la présidence de son pays. Lors du sommet européen de juin, le président français a déclaré que l’actuel premier ministre Jan Fischer avait rempli sa mission de président. « M. Fischer a très bien fait son travail de président. Ce qui s’est passé avant je n’ai pas gardé mémoire de tout. Donc la présidence tchèque se termine bien. »

Selon l’ancien ministre des Affaires étrangères, Alexandr Vondra, les Tchèques ont réussi à amener Russes et Ukrainiens à la table des négociations lors de la crise de janvier. Selon lui, son gouvernement a permis d’éviter une catastrophe qui aurait pu se terminer en black-out européen.

Cependant, Zden?k Kavan, de l’Université du Sessex en Grande-Bretage, minimise l’importance du succès de la résolution de la crise gazière, ajoutant que la solution n’est que temporaire et n’a permis aucune avancée dans l’amélioration de la sécurité énergétique.

Ces évènements ont été largement assombris par la chute du gouvernement ODS au printemps 2009. Plusieurs hauts-fonctionnaires, dont M. Vondra, l’actuel ministre des Affaires étrangères Jan Kohouy et la représentante permanente de la République tchèque auprès de l’Union européenne, Milena Vicenová, reconnaissent que la chute du gouvernement a grandement endommagé la réputation de la présidence.

Plaisanterie de mauvais goût

Jan Kohout a ajouté que “Entropa”, l’oeuvre d’art controversée de David ?erný, présentée pendant plusieurs semaines dans le hall d’entrée du bâtiment du Conseil comme symbole de la Présidence tchèque, avait participé à diminuer sa crédibilité. Tout comme son slogan ambigu « Evrop? to osladíme » (« Nous allons l’édulcorer pour l’Europe »), qui peut également signifier  » nous allons rendre les choses plus difficiles ».

La Bulgarie a réagit officiellement à “Entropa”, qui dépeignait le pays comme d’immenses toilettes à la turque, en demandant à Prague de retirer la sculpture. L’image a finalement été recouverte d’un drap noir (EURACTIV.com 15/01/2009).

Pour le professeur Zden?k Kavan, les Tchèques « resteront dans la mémoire collective comme ceux qui ont fait des plaisanteries au lieu de résoudre la crise économique ».

L’autre slogan officiel, “L’Europe sans barrières”, n’est cependant pas resté lettre morte. Selon Martin Tlapa, un assistant du ministère tchèque du Commerce, les 27 ont atteint sous présidence tchèque un consensus inédit à propos de la nécessité de soutenir la libéralisation du commerce international, d’augmenter le financement des exportations et d’exclure les mesures protectionnistes à tout prix.

En février 2009, le premier ministre Topolánek avait prévenu que si les pays les plus importants de l’UE, comme la France et l’Allemagne, réagissaient de manière protectionniste, les conséquences pourraient ressembler à celles du crash de 1929 qui avait précédé la Grande dépression (EURACTIV.com 10/02/2009).

L’ambiguité sur le traité de Lisbonne

Mais ce n’est pas la seule fois qu’une déclaration de Topolánek mettait le feu aux poudres. Lors de la présentation de la Présidence au Parlement européen le 14 janvier, Topolánek a provoqué des réactions hostiles en évoquant la possibilité que le Traité de Nice puisse être meilleur que le Traité de Lisbonne, que l’Union Européenne défendait alors avec acharnement (EURACTIV.com 15/01/ 2009). « Le Traité de Lisbonne est médiocre. Il est presque pire que celui de Nice, et un peu mieux que le futur Traité », avait-il déclaré.

Les eurodéputés avaient réagi avec colère à cette déclaration, mais Topolánek avait expliqué plus tard que sa déclaration n’était que la paraphrase d’un proverbe tchèque, “Cette année sera médiane, pire que la précédente, meilleure que la prochaine”. Il avait ensuite expliqué qu’il s’agissait d’une plaisanterie, ajoutant que le Traité de Lisbonne n’était pas un « dogme ». Cependant, quelques mois après, son parti, l’ODS, a rejoint un rassemblement anti-Lisbonne au sein du Parlement nouvellement élu.

Juste avant la visite de Barack Obama à Prague, M. Topolánek a indiqué que le plan de relance américain était « la route de l’Enfer »(EURACTIV.com 26/03/2009). Bien que son entourage ait démenti ces paroles, Topolánek lui-même a confirmé s’être exprimé en ces termes, sous l’influence d’un concert du groupe rock AC/DC auquel il avait assisté. Une chanson d’AC/DC s’intitule « l’autoroute de l’Enfer ».

Instantanés d’Europe centrale

La Pologne, l’État membre d’Europe de l’Est le plus important, a indiqué à plusieurs reprises être inquiète de la façon dont Prague gérait la présidence et de l’image qu’elle renvoyait de l’Europe centrale et de l’Europe de l’Est. Alors que ces six mois touchent à leur fin, Varsovie préfère voir le verre à moitié plein. Pour l’opinion polonaise, Prague a fait du bon travail sur deux sujets, le partenariat oriental et les projets énergétiques.

En tant qu’ancien membre de la Tchécoslovaquie, la Slovaquie a eu un intérêt particulier à conserver des contacts étroits avec son voisin tout au long de la présidence. Bratislava s’est particulièrement investie dans le Partenariat oriental et a soutenu les initiatives sur la sécurité énergétique de Prague. La présidence a de son côté soutenu la Slovaquie pour vaincre les réserves de la Commission européenne sur le plan de relance qui ne prenait pas en considération les besoins de l’Europe centrale (EURACTIV.com 09/03/09).

Eduard Kukan, ancien ministre des Affaires étrangères slovaque et nouveau député européen, s’est cependant dit très déçu. « C’est profondément décevant que les hommes politiques tchèques n’aient pas pu mettre de côté leurs problèmes pour quelques mois. Je pense qu’ils se sont conduit de manière irresponsable envers leur pays », a-t-il déclaré en faisant référence à la chute du gouvernement à mi-parcours.

Conformément à sa promesse, la Hongrie n’a pas critiqué Prague, lors de l’effondrement de son gouvernement. Il est probable que les Hongrois aient préféré rester discrets, leur gouvernement ayant lui aussi été victime d’un vote de défiance au Parlement. Le nouveau premier ministre avait été investi le même jour que Jan Fischer.

Néanmoins, Budapest a fait des propositions qui ont bousculé l’agenda de la présidence. Lors du sommet extraordinaire de l’UE le 1er mars, la Hongrie a appelé à la création d’un fond d’une valeur de 160 à 190 milliards d’euros pour soutenir les flux monétaires et l’échelonnement de la dette publique pour les États d’Europe de l’est (EURACTIV 01/03.09). La proposition avait alors été catégoriquement refusée.

En organisant un sommet pour traiter du projet Nabucco, la Hongrie s’est également mise en concurrence avec le sommet convoqué dans le même temps sur le corridor du sud par la présidence (EURACTIV.com 27/01/09).

Personne en Allemagne ne s’est réjoui de la situation chaotique en République tchèque, mais les critiques sur le bilan de la présidence ont été modérées. 

Lors de la récente visite de Jan Fischer à Berlin, ce dernier a souligné que l’Allemagne était le lieu privilégié pour tenir des négociations, avant Paris, Londres ou Stockholm. L’Allemagne et la République tchèque sont restées en collaboration étroite pendant le semestre en dépit de la situation troublée.

L’ambassadeur tchèque à Berlin est sans doute l’une des personnalités les plus déçues en Allemagne. Rudolf Jindrák a reconnu qu’il était personnellement très affecté et déçu de la chute du gouvernement.

« Je crains que cet évènement ne reste pour toujours dans l’histoire européenne. Mais nous avons néanmoins bien conduit notre agenda », a-t-il ajouté