Bruxelles pense que le prochain sommet UE-USA sera « stratégique »

Les dirigeants européens et américains devraient mener des discussions « stratégiques » sur l’économie mondiale et la crise de la zone euro lors du sommet UE-USA qui se déroulera à Washington la semaine prochaine (28-29 novembre), ont déclaré des sources européennes en amont de cette rencontre.

EURACTIV.com
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Les dirigeants européens et américains devraient mener des discussions « stratégiques » sur l’économie mondiale et la crise de la zone euro lors du sommet UE-USA qui se déroulera à Washington la semaine prochaine (28-29 novembre), ont déclaré des sources européennes en amont de cette rencontre.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et le président de la Commission, José Manuel Barroso, s'entretiendront avec le président américain, Barack Obama, sur une série de questions telles que l'économie mondiale, la situation en Afrique du Nord et en Iran ou les relations économiques bilatérales.

« Nous espérons mener des discussions stratégiques dans la continuation des discussions du G20 à Cannes », a affirmé un fonctionnaire de l'UE.

Le 17 octobre à Cannes, les plus grandes économies de la planète ont invité les dirigeants européens à faire preuve de détermination pour résoudre la crise de la dette souveraine de la zone euro, alors que les hésitations de l'Union mettent en danger l'économie mondiale.

Lors d'un discours à la presse, l'ambassadeur américain William Kennard a déclaré que la crise de la dette souveraine serait au cœur des débats, car elle « nous affecte tous profondément ».

Selon M. Kennard, Barack Obama est prêt à donner des conseils, mais il a insisté sur le fait que la crise était européenne avant tout. « L'Europe doit régler cette crise toute seule, et elle en a les moyens », a déclaré M. Kennard. Washington a émis des suggestions tout au long de la crise, « mais ces suggestions doivent rester confidentielles ».

Pour l'ambassadeur américain, l'Europe doit lever un pare-feu « plus important » pour résoudre sa crise, en recapitalisant les banques et en prenant en main les économies plus faibles.

« Il est clair qu'au plus profond de notre crise, nous avons pu avoir recours à la FED d'une autre façon que l'Europe avec la BCE. Il s'agit d'une différence fondamentale entre nos systèmes qui a clairement joué un rôle dans cette crise », a-t-il argué pour tenter d'expliquer la situation plus favorable des États-Unis par rapport à la zone euro.

Selon Philip Whyte, chargé de recherche du Centre for European Reform à Londres, la zone euro n'est pas dans une plus mauvaise posture économique que les Etats-Unis : ses finances publiques sont en meilleure forme, et le niveau de dette de son secteur privé est en réalité moins élevé. Mais de par sa structure, la zone euro constitue une union monétaire plus fragile que les Etats-Unis.

L'ambassadeur américain soutient que Washington « surveille de près » les décisions de la Banque centrale européenne.

L'UE, de son côté, semble attendre des mesures plus concrètes et constructives dans le but de relancer la croissance. « Nous espérons pouvoir définir, lors de ces discussions, les marges de manœuvre que les deux parties auront pour rétablir la croissance économique », a déclaré un fonctionnaire de l'UE, en soulignant que le partenariat économique transatlantique était un facteur clé de la prospérité mondiale.

L'UE est le plus important partenaire commercial et d'investissement des Etats-Unis, et inversément. Le volume commercial de biens et de services représentait près de 667,8 milliards d'euros en 2010, contre 610 milliards d'euros en 2009. Cet important volume est surtout composé des stocks d'investissement des deux côtés, qui constituent l'élément le plus significatif des relations économiques des deux puissances. En 2009, l'UE disposait de plus de 1000 milliards d'euros d'investissements directs aux Etats-Unis, une somme comparable à celle dont les Américains disposaient en Europe.

L'ambassadeur américain admet que les incertitudes qui menacent la zone euro freinent les investissements et pourraient mettre un frein supplémentaire à la relance économique.

Le changement climatique

Les autres questions qui seront abordées lors du sommet UE-USA auront pour objectif d'assurer une issue positive à la conférence de Durban sur le changement climatique qui débutera le même jour que le sommet de Washington. Les dirigeants souhaitent réitérer les engagements pris à Copenhague et à Cancun en 2009 et 2010, et coordonner leurs efforts pour établir un nouveau Fonds vert pour le climat destiné à soutenir les pays pauvres dans leur lutte contre les effets négatifs du changement climatique.

L'« accord de Copenhague », conclu dans la capitale danoise en décembre 2009, comprenait la promesse des pays développés de verser 100 milliards de dollars (75 milliards d'euros) par an d'ici 2020 pour aider les pays pauvres à lutter contre le changement climatique et à s'adapter à ses inévitables conséquences.

Les 190 pays impliqués dans les négociations de l'ONU, réunis l'année suivante à Cancun, ont progressé et instauré un Fonds vert pour le climat afin d'apporter un soutien financier aux pays en développement.

La semaine dernière, les eurodéputés ont appelé à un engagement plus ambitieux de la part des Etats-Unis, afin que la conférence de Durban puisse aboutir à de réels progrès. Ils ont également exhorté le sénat américain à refuser un projet de loi interdisant aux compagnies aériennes américaines de participer au système d'échange de quotas d'émission européen.

Le printemps arabe

Les leaders européens débattront également des questions de politique étrangère, notamment de leur contribution au développement de la démocratie et de la prospérité dans les pays voisins de l'UE. Ils se pencheront en particulier sur les pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, et sur la promotion de leurs valeurs communes dans d'autres régions du globe.

Le sommet UE-USA se déroulera alors que les élections égyptiennes pourraient être repoussées et que les manifestations anti-militaires gagnent du terrain à travers le pays.

M. Kennard a souligné que l'UE et les Etats-Unis décideraient de la meilleure façon d'intervenir. «  L'UE et les Etats-Unis ont offert assistance et ressources. Mais le gouvernement égyptien nous tient à l'écart. Ils estiment qu'il s'agit de leur révolution », a ajouté M. Kennard.