Bruxelles marche sur des œufs avec les agriculteurs alors que von der Leyen se rend en Australie
La Commission a insisté sur la mise en place de conditions et de garanties afin d'éviter un scénario similaire à celui du Mercosur
L’agriculture s’avère une fois de plus être un véritable casse-tête pour la Commission européenne, alors que la présidente Ursula von der Leyen se rend en Australie cette semaine pour tenter de conclure un accord de libre-échange en suspens depuis longtemps.
Le point de blocage – à savoir la quantité supplémentaire de bœuf, ainsi que d’autres produits sensibles tels que l’agneau et le sucre, que l’UE devrait autoriser à bénéficier de tarifs préférentiels – en est venu à dominer tant les négociations que les gros titres.
Ce qui aurait dû rester une discussion technique sur les quotas s’est désormais hissé au plus haut niveau politique, la décision finale devant revenir à Ursula von der Leyen et au Premier ministre australien Anthony Albanese lors des pourparlers de cette semaine.
Ce choix inhabituel de négociateurs a suscité des réactions.« Espérons que von der Leyen connaisse la différence entre le poids du produit et l’équivalent en poids carcasse », a ironisé l’ancien négociateur commercial de la Commission, John Clarke. Le commissaire au commerce, Maroš Šefčovič, se joindra à von der Leyen.
L’offre de la Commission s’élèverait à 30 000 tonnes, tandis que les agriculteurs australiens réclament 50 000 tonnes.
Des tensions apparaissent également au sein de la Commission. Le commissaire à l’agriculture, Christophe Hansen, a déclaré jeudi aux députés européens que les volumes resteraient inférieurs à 35 000 tonnes de bœuf, même si la décision finale revient à von der Leyen.
Il a également souligné que l’offre actuelle est inférieure à ce que son prédécesseur, le commissaire Janusz Wojciechowski, était prêt à proposer. « Par exemple, pour le bœuf, les 35 000 tonnes ne seront pas proposées telles quelles », a expliqué Hansen.
Alors que les négociations entrent dans leur phase finale, les agriculteurs n’ont pas tardé à réagir, mettant en garde contre les risques liés à tout accord. Ils font valoir que le secteur est déjà sous pression en raison des répercussions de la guerre au Moyen-Orient, notamment la hausse des coûts de l’énergie et des engrais.
Au-delà du bœuf, le secteur de l’agneau tire également la sonnette d’alarme. INTEROVIC, qui représente les producteurs de chèvres et d’agneaux, affirme que l’Australie cherche à porter son quota à 67 000 tonnes. Cela multiplierait par onze l’accès actuel et représenterait environ 11 % de la consommation totale de viande ovine de l’UE, a-t-elle ajouté.
Limiter les dégâts
La Commission semble parfaitement consciente qu’elle doit gérer les enjeux politiques et éviter une réaction hostile des agriculteurs. Les manifestations de grande ampleur liées à l’accord avec le Mercosur, et les négociations interminables avec les capitales de l’UE qui ont suivi, sont encore fraîches dans les mémoires à Bruxelles.
En réponse, l’exécutif européen a insisté pour que des conditions et des garanties plus strictes soient imposées dans le domaine agricole afin d’éviter que le scénario ne se répète.
Bruxelles devrait s’appuyer sur des quotas pour les produits sensibles – notamment le bœuf, l’agneau, le sucre et le riz – tout en subordonnant l’accès au marché au respect de normes de production, selon des sources proches du dossier.
Clarke, l’ancien négociateur de la Commission, a souligné à Euractiv qu’une stratégie possible consisterait à répartir le quota de bœuf entre les animaux nourris exclusivement à l’herbe, considérés comme plus respectueux de l’environnement et du bien-être animal, et ceux élevés de manière plus intensive dans des parcs d’engraissement.
Pour le sucre, les importations pourraient être subordonnées à des conditions relatives à l’utilisation des pesticides, a ajouté une source proche du dossier.
La Commission envisage également une mesure de sauvegarde de type Mercosur ciblant les secteurs agricoles sensibles. De telles mesures pourraient être définies dans un règlement distinct, plutôt que d’être intégrées dans l’accord commercial principal. À l’instar du Mercosur, en cas de forte augmentation des exportations australiennes dans les secteurs sensibles, les préférences tarifaires pourraient être suspendues.
Von der Leyen devrait tenir une conférence de presse avec Albanese à Canberra mardi à 2 h 45, heure de Bruxelles, au cours de laquelle l’accord commercial pourrait être abordé.
(adm, aw)