Bruxelles fixe la fin 2026 comme échéance pour éviter une Europe à plusieurs vitesses

La Commission européenne appellera les États membres prêts à avancer à accélérer l’intégration de leurs marchés de capitaux si l’« Union de l’épargne et des investissements » (UEI) n’est pas adoptée à l’échelle de l’UE d’ici la fin de l’année, a annoncé Ursula von der Leyen mercredi 11 février.

EURACTIV.com
European Council Summit In Brussels – December 2025
A joint press conference with the President of the European Commission Ursula von der Leyen , the President of the European Council Antonio Costa and the Prime Minister of Denmark Mette Frederiksen, after the end of the European Council Summit, the EU leaders meeting at the headquarters of the Europe. Leaders discussed among other topics to provide support and a new 90 billion euro loan to Ukraine, the usage of frozen in the EU Russian assets and the Mercosur agreement. Brussels, Belgium on December 19, 2025 (Photo by Nicolas Economou/NurPhoto via Getty Images) [Photo by Nicolas Economou/NurPhoto via Getty Images]

L’UEI — nouvelle appellation de l’ancienne « union des marchés de capitaux », restée longtemps bloquée — vise à mobiliser plusieurs dizaines de milliers de milliards d’euros d’épargne privée détenus par les citoyens européens pour financer des investissements productifs. L’objectif est de soutenir une économie européenne fragilisée et de réduire l’écart avec les États-Unis et la Chine.

Selon les estimations de Bruxelles, une UEI pleinement opérationnelle pourrait générer jusqu’à 470 milliards d’euros supplémentaires d’investissements privés chaque année. Ce montant représenterait plus de la moitié des 800 milliards d’euros d’investissements additionnels jugés nécessaires par l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, dans son rapport de référence sur la compétitivité européenne publié en 2024.

« Je suis déterminée à y parvenir cette fois-ci, après avoir débattu pendant au moins dix ans d’une union des marchés des capitaux », a déclaré Ursula von der Leyen lors d’un sommet industriel à Anvers, qui se tient la veille d’une réunion des dirigeants de l’UE axée sur l’économie, à laquelle Mario Draghi participera également.

« Nous voulons le faire » avec les 27 pays membres, a souligné la présidente de l’exécutif. « Mais si cela n’est pas possible à la fin de cette année, je proposerai de suivre ceux qui souhaitent accélérer » l’intégration en invoquant la disposition relative à la « coopération renforcée » des traités de l’UE, a-t-elle ajouté.

Le projet d’union des marchés de capitaux a jusqu’ici été freiné par la réticence de plusieurs capitales à abandonner une partie de leur souveraineté sur leurs systèmes financiers. Les propositions visant à centraliser la supervision financière sont notamment perçues par certains États comme une tentative soutenue par la France d’accroître son influence sur les marchés européens, l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) étant basée à Paris.

La disposition relative à la coopération renforcée, récemment utilisée pour accorder un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, permet à un minimum de neuf États membres de l’UE de mettre en œuvre certaines mesures politiques qui nécessiteraient autrement l’unanimité des États membres.

Dans le cadre du programme de prêt à l’Ukraine, par exemple, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque ne sont pas tenues de fournir un soutien financier à ce pays déchiré par la guerre.

Les commentaires de Ursula von der Leyen marquent la troisième fois cette semaine qu’elle évoque la notion d’une Europe « à deux vitesses », même si elle n’a pas encore fixé de date précise pour la mise en œuvre de ce projet.

Le Premier ministre belge Bart De Wever, qui a invité les dirigeants de l’UE au sommet de mercredi, a également récemment exprimé son soutien à une Europe à plusieurs vitesses.

« Je pense que c’est exactement ce que l’Europe doit devenir : un oignon à plusieurs couches », déclarait Bart De Wever le mois dernier. « Et au cœur de cet oignon, nous devons nous intégrer beaucoup plus rapidement sur le plan fonctionnel. »