Bruxelles finalise un « paquet éolien » pour aider l'industrie européenne en difficulté
La Commission européenne prévoit de présenter un paquet européen sur l’énergie éolienne mardi (24 octobre), visant à renforcer l’industrie éolienne de l’UE en surmontant les défis auxquels elle est confrontée, selon des projets consultés par Euractiv.
La Commission européenne prévoit de présenter un paquet européen sur l’énergie éolienne mardi (24 octobre) visant à renforcer l’industrie éolienne de l’UE en surmontant les défis auxquels elle est confrontée. Euractiv a pu consulter le projet.
Bien que l’énergie éolienne soit considérée comme essentielle pour remplacer les combustibles fossiles et stimuler la production d’énergie domestique, l’UE est à la traîne en matière d’installation.
Et pour cause, le secteur est en difficulté. Le projet de paquet éolien européen, auquel Euractiv a eu accès, relève que tous les plus grands fabricants d’éoliennes ont rapporté des pertes d’exploitation significatives en 2022, reprenant ainsi une analyse de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA).
« L’industrie éolienne ne peut pas être saine sans une réserve de projets claire et sûre, attirant le financement nécessaire et rivalisant sur un pied d’égalité au niveau mondial », prévient le projet de plan d’action, appelant à une « action immédiate ».
Le futur paquet européen sur l’énergie éolienne vise à résoudre ces problèmes avec un «plan d’action sur l’énergie éolienne» pour soutenir les entreprises européennes du secteur éolien et améliorer leur compétitivité grâce à des actions qui « devraient être menées en urgence ».
Le futur paquet européen identifie cinq difficultés pour les fabricants européens d’équipements éoliens :
- « La sous-utilisation des capacités de production, due à une demande insuffisante et incertaine de turbines éoliennes dans l’UE ». L’industrie estime que 80 GW de capacité sont actuellement bloqués dans les procédures d’autorisation, souvent depuis des années.
- « Une inflation et les prix des matières premières élevés, combinés à une couverture limitée des fabricants d’équipements éoliens contre la volatilité des prix des intrants », ce qui érode les finances du secteur.
- La conception d’un soutien national axé sur les critères de prix plutôt que sur les normes environnementales et sociales des produits et la résilience de la chaîne d’approvisionnement.
- La pression exercée par les concurrents internationaux, notamment la Chine, important fournisseur de matières premières et de composants pour l’UE.
- La disponibilité de travailleurs qualifiés dans le secteur de la fabrication d’éoliennes qui risque d’avoir un impact sur la rapidité de la capacité de production européenne, en particulier dans l’éolien en mer.
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Favoriser l’industrie européenne
L’un des objectifs du plan d’action est de concevoir des enchères pour les nouvelles capacités de production d’énergie éolienne qui ne donnent pas la priorité aux offres les moins chères.
L’idée est d’encourager « des critères d’attribution […] qui récompensent les produits à plus forte valeur ajoutée et favorisent l’expansion industrielle, afin de mieux soutenir une industrie éolienne innovante et compétitive », en Europe, plutôt que les fabricants chinois.
Bruxelles souhaite également des enchères plus uniformes et des critères de « préqualification non discriminatoire » qui tiennent compte de questions émergentes comme la cyberrésilience.
La Commission européenne lancera un dialogue entre les États membres, les acteurs du secteur et d’autres parties prenantes afin d’améliorer et de simplifier les enchères.
Sur cette base, la Commission européenne adoptera des orientations d’ici la fin du mois de mars 2024.
Parallèlement, l’exécutif européen travaillera avec l’industrie éolienne pour « surveiller de près les éventuelles pratiques commerciales déloyales qui profitent aux fabricants d’éoliennes étrangers », y compris le subventionnement potentiel des produits liés à l’énergie éolienne entrant dans l’UE.
« Si cela se justifie, la Commission activera ses instruments de défense commerciale », menace-t-elle dans le document du projet.
En outre, l’exécutif européen cherchera à aider les fabricants à accéder aux marchés extérieurs à l’UE, à renforcer les compétences et à améliorer l’accès aux ressources financières européennes.
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Permis et réseaux
Le plan d’action vise également à améliorer la délivrance des permis et la capacité des réseaux.
Il s’agit notamment d’étendre éventuellement les règles temporaires visant à alléger les formalités administratives pour « envoyer un signal fort au secteur et aux États membres quant à la nécessité d’accélérer d’urgence le déploiement ».
Parallèlement, la Commission européenne lancera « Accele-RES », une initiative visant à accélérer la mise en œuvre des objectifs de la directive révisée sur les énergies renouvelables (RED3), en particulier sur les octrois de permis.
D’ici à la fin de l’année, un outil en ligne sera lancé afin d’aider les États membres dans les processus d’autorisation. En parallèle, la Commission mettra à jour sa recommandation sur l’accélération des procédures d’octroi de permis et les bonnes pratiques en la matière d’ici avril prochain.
Les États membres seront directement mis à contribution, puisqu’ils devront mettre en place des plans de mise en oeuvre détaillée des dispositifs de la directive sur les énergies renouvelables. Ainsi, d’améliorer la visibilité sur les pipelines de projets à venir.
En outre, l’initiative sera complétée par un « plan d’action visant à faciliter le développement des réseaux », qui devrait être présenté en novembre 2023.
Ce plan devrait permettre d’accélérer les principaux projets transfrontaliers de réseaux électriques et éliminer les goulets d’étranglement qui entravent le renforcement et l’expansion du réseau, peut-on lire.
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Renforcer l’éolien en mer
Le plan d’action en faveur de l’énergie éolienne sera publié mardi, en même temps qu’une communication sur la réalisation des ambitions de l’Europe en matière d’énergies renouvelables en mer.
« Les énergies renouvelables en mer sont appelées à devenir un élément indispensable du bouquet énergétique qui sera nécessaire pour décarboniser et atteindre la neutralité climatique », selon le projet de proposition qui a fait l’objet d’une fuite.
« En 2022, la capacité installée offshore cumulée de l’UE s’élevait à 16,3 GW. Pour combler l’écart entre les 111 GW engagés par les États membres et les installations en 2022, nous devons installer près de 12 GW par an en moyenne. C’est dix fois plus que les 1,2 GW qui ont été installés en 2022 », prévient la communication.
La communication identifie des problèmes similaires à ceux du plan d’action, notamment en ce qui concerne les autorisations, les compétences, les chaînes d’approvisionnement et la compression des marges bénéficiaires.
Elle se penche sur le développement de réseaux transfrontaliers en mer, le soutien à l’innovation, l’accélération des procédures d’autorisation, l’amélioration de la planification de l’espace maritime, le renforcement de la résilience des infrastructures à la suite du sabotage du gazoduc Nord Stream et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement.
Le plan vise également à garantir que les pays de l’UE qui exportent de l’énergie renouvelable vers d’autres États membres soient dûment récompensés. La Commission évalue actuellement les moyens de partager les bénéfices.
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[Édité par Paul Messad]