Bruxelles et Londres devraient signer un pacte de défense la semaine prochaine
L’UE et le Royaume-Uni devraient signer lundi 19 mai un accord de défense et de sécurité considéré comme crucial pour renforcer la coopération européenne dans un contexte géopolitique mondial instable.
L’Union européenne et le Royaume-Uni devraient signer lundi 19 mai un accord de défense et de sécurité à Londres. Cet accord est considéré comme crucial pour renforcer la coopération européenne dans un contexte géopolitique mondial instable.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer œuvre à une « réinitialisation » des relations avec l’UE. Il a placé, dès sa campagne électorale à l’été dernier, la signature d’un pacte de défense et de sécurité avec Bruxelles au cœur du processus.
L’UE a déjà établi des accords similaires avec des pays tiers comme le Japon, la Corée du Sud ou encore la Moldavie. Ces accords, bien que largement symboliques, formalisent l’intérêt des parties pour les exercices militaires conjoints et le dialogue sur la cybersécurité. Ils ne contiennent que des promesses générales qui peuvent aisément être tenues, et ne garantissent pas automatiquement l’accès aux fonds de défense de l’UE — ce que souhaite le Royaume-Uni.
Le pacte qui sera éventuellement signé lundi ne sera qu’une première étape vers l’accès des entreprises britanniques aux marchés publics d’armement de l’UE, à condition toutefois que Londres soit prêt à mettre la main au portefeuille.
Il s’agira également d’une reconnaissance par le Royaume-Uni du rôle central de l’UE dans la défense européenne, alors que les États-Unis réduisent progressivement leur engagement dans la sécurité du continent.
Une volonté de coopération renouvelée
À bien des égards, le pacte reprend les grandes lignes d’un accord de sécurité que l’UE a proposé au Royaume-Uni en 2019, alors que les tractations sur les conditions commerciales et de coopération post-Brexit étaient à leur apogée.
À l’époque, le Royaume-Uni avait choisi de participer aux missions de l’UE sur une base ad hoc, excluant ses entreprises des politiques industrielles de défense de l’Union, qui se limitaient alors à stimuler l’innovation.
« Certaines personnes au Royaume-Uni ont dit que le Brexit nous donnait une chance d’avoir une politique étrangère différente en Europe, plutôt que d’être toujours alignés sur la France et l’Allemagne, mais plus personne ne dit cela aujourd’hui », a commenté Ian Bond, directeur adjoint du Center for European Reform.
Pendant des années, le manque d’engagement politique sur les questions de sécurité entre l’UE et le Royaume-Uni a limité la profondeur de leur relation comparée à d’autres partenariats de l’UE.
Cependant, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a ravivé la volonté politique des deux côtés d’approfondir la relation en matière de défense.
Le contenu du pacte
Aujourd’hui, la Commission européenne veut injecter des centaines de milliards dans la production d’armes en Europe, et le Royaume-Uni veut être de la partie.
Comme avec la Norvège, l’UE pourrait permettre aux entreprises britanniques d’accéder à son instrument de prêts de 150 milliards d’euros pour l’achat d’armes, en échange d’une contribution financière de la part de Londres. À cet effet, un nouvel accord devrait être négocié après la signature du pacte.
Le Royaume-Uni possède une importante industrie de défense et d’aéronautique, il est donc difficile pour l’UE de l’ignorer, note Ian Bond.
Le pays abrite le fabricant de moteurs Rolls Royce, le constructeur aéronautique BAE Systems et les filiales des champions européens MBDA, Leonardo, Airbus et Thales. Les Vingt-Sept pourraient avoir besoin de l’aide de ces acteurs pour atteindre leurs objectifs ambitieux en matière de réarmement.
« L’OTAN travaille peu dans le domaine de l’industrie de la défense et de la coopération industrielle en matière de défense, mais si l’exécutif européen encourage la coopération industrielle en matière de défense, il est logique que le Royaume-Uni essaie de rester aussi engagé que possible dans ce domaine », explique Ian Bond.
Il est également logique pour l’UE de s’appuyer sur la puissance militaire de son voisin le plus proche et ancien membre, le Royaume-Uni.
Le Royaume-Uni a été l’un des premiers pays à former les soldats ukrainiens après l’invasion russe, et Keir Starmer a codirigé, avec Emmanuel Macron, les efforts visant à jeter les bases de la présence militaire occidentale en Ukraine après un éventuel cessez-le-feu. Les Britanniques ont également pris récemment la présidence du forum de Ramstein, aux côtés de l’Allemagne, où les partisans de l’Ukraine coordonnent leur soutien militaire.
Le pacte UE-Royaume-Uni marquera le début d’une coopération future plus approfondie — il devrait inclure une ligne sur l’intérêt de Londres à se joindre régulièrement aux missions et opérations de l’UE, par exemple.
Cependant, la signature de cet accord ne résoudra pas automatiquement les questions les plus complexes de leur relation en matière de défense. Par exemple, le Royaume-Uni a demandé à participer à un programme de mobilité militaire de l’UE il y a trois ans, mais attend toujours d’y être admis.
Le large soutien dont bénéficie le pacte ne changera pas non plus le fait que la position de Bruxelles dans les négociations post-Brexit est définie par les États membres de l’UE — et que chacun d’entre eux peut influencer le processus. L’Espagne a déjà déclaré que toute coopération plus étroite avec le Royaume-Uni serait liée à une résolution des négociations quadripartites tendues sur l’avenir de Gibraltar.
Lundi, cependant, ces questions seront reléguées au second plan. Il faut plutôt s’attendre à ce que beaucoup se réjouissent d’un pacte qui aurait été impensable il y a seulement cinq ans.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]