Bruxelles casse le mythe du tourisme social
À l’approche de l’ouverture complète du marché européen du travail aux ressortissants roumains et bulgares, une étude de la Commission européenne récuse les accusations de « tourisme social » répandues par plusieurs États membres.
À l’approche de l’ouverture complète du marché européen du travail aux ressortissants roumains et bulgares, une étude de la Commission européenne récuse les accusations de « tourisme social » répandues par plusieurs États membres.
Une vaste majorité des immigrants se rendent dans un autre État membre pour travailler et non pour recevoir des avantages sociaux, affirme un rapport du cabinet-conseil ICF-GHK pour la Commission européenne.
Dans la plupart des pays, les immigrants de l'UE représentent moins de 5 % des bénéficiaires de l'aide sociale. Selon la Commission européenne, ces migrants contribuent dans l’ensemble aux finances de leur pays d'accueil, parce qu'ils paient plus de taxes qu'ils ne reçoivent d'avantages.
Les migrants de l'UE sans emploi ne coûtent en moyenne que 0,2 % de budget global de la santé, selon l'étude.
À Chypre, les dépenses totales en soins de santé consacrées à cette catégorie de personnes oscillent entre 2,9 et 3,9 %. Les dépenses moyennes dans d’autres pays sont tout aussi peu élevées : 1,8-2,3 % en Irlande, 0,7-1,1 % au Royaume-Uni et 0,2-0,7 % au Danemark.
Les auteurs du rapport mettent toutefois en garde contre la qualité des données officielles sur les migrants non actifs : ces chiffres devraient être considérés comme des estimations.
Les avantages de l'immigration
Jonathan Todd, porte-parole de la Commission, a expliqué à la BBC que l'immigration était en réalité bénéfique pour les systèmes de protection sociale, selon le rapport.
La ministre suédoise du travail, Elisabeth Svantesson, a indiqué que les taux d'emploi des migrants de l'UE étaient souvent plus élevés que ceux des autochtones. Les taux les plus élevés d'immigrants sans emploi de l'UE se trouvent au Luxembourg (13,9 %), à Chypre (4,1 %), en Belgique (3 %) et en République d’Irlande (3 %).
Selon le rapport, plus de deux tiers des immigrants non actifs ne sont pas des proches d’autres immigrants, mais des étudiants, des chercheurs d'emploi et des retraités.
« Nous ne voyons pas de tourisme social en Suède », a expliqué Elisabeth Svantesson sur une radio suédoise. « Ce rapport semble indiquer que les immigrants de l'UE contribuent aux pays de destination. C'est exactement ce que l'on entend par "libre circulation", elle devrait bénéficier aux individus et aux États membres », a poursuivi la ministre.
Un rapport commandé par le ministère britannique des affaires étrangères et publié en avril avait rendu des conclusions proches de celles de la Commission. Des résultats en contradiction avec les affirmations du premier ministre britannique, David Cameron. Ce dernier a expliqué que la Grande-Bretagne sera confrontée à une importante vague d’immigration en provenance de la Bulgarie et de la Roumanie quand les restrictions sur le travail appliquées à ces pays seront levées en janvier 2014.
>> Lire : David Cameron contredit sur l’immigration des Bulgares et des Roumains
Les citoyens de l'UE peuvent se déplacer librement entre les États membres en vertu des règles européennes sur la libre circulation des biens et des personnes. Ils peuvent également postuler à des emplois sans permis de travail spécifiques.
Le bien-fondé de la libre circulation divise toutefois l’opinion publique. Certains pays de l'UE se demandent actuellement si cette liberté n’a pas entrainé un « tourisme social », également appelé « tourisme des prestations sociales ».
Au printemps, les ministres de l'intérieur de l'Allemagne, de l'Autriche, des Pays-Bas et du Royaume-Uni ont envoyé une lettre à la Commission européenne. Ils ont prévenu que des immigrants d'autres États membres mettaient considérablement certaines villes sous pression, car ils demandent des prestations sociales.
>> Lire : La Commission doute du « tourisme des prestations sociales »
En janvier, le marché du travail de l'UE sera complétement ouvert aux Bulgares et aux Roumains, membres de l'UE depuis 2007. Cette situation ravive les inquiétudes du Royaume-Uni et d'autres pays à propos de la montée de l'immigration des citoyens bulgares et roumains.