Thierry Breton : L’arrivée de TSMC en Allemagne marque « l’aboutissement » d'une politique industrielle européenne
L’annonce par le taïwanais TSMC d’investir 10 milliards d'euros dans la création d’une nouvelle usine en Allemagne marque « l’aboutissement de toute la stratégie européenne » en matière de réindustrialisation, a affirmé jeudi Thierry Breton.
L’annonce par le taïwanais TSMC d’investir 10 milliards d’euros dans la création d’une nouvelle usine de semi-conducteurs en Allemagne marque « l’aboutissement de toute la stratégie européenne » en matière de réindustrialisation, a affirmé jeudi (10 août) le commissaire en charge du Marché unique Thierry Breton.
Une telle annonce, qui s’ancre dans un nouveau « Chips Act » européen adopté en juillet, est le signe que « l’Europe reprend son destin en main », a déclaré M. Breton sur RTL.
Mardi (8 août), le géant taïwanais annonçait qu’il investirait plus de 10 milliards d’euros en Allemagne en échange de cinq milliards d’euros de subventions publiques, afin de construire et d’exploiter une usine de fabrication de puces électroniques. Le projet a bénéficié d’investissements de la part des entreprises européennes Bosch, Infineon et NXP, qui détiendront chacune une participation de 10 %.
L’implantation de TSMC à Dresde, capitale de la Saxe, est la dernière annonce en date pour le renforcement de la production européenne de puces. En juin, Intel s’engageait à investir 30 milliards d’euros outre-Rhin (dont 10 milliards d’euros d’aides d’État) pour la construction d’une nouvelle usine, tandis que STMicroelectronics et GlobalFoundries annonçaient aussi 7,5 milliards d’investissements à Crolles (Isère).
Les semi-conducteurs sont un élément essentiel de tout appareil électronique, qu’on retrouve aussi bien dans les tableaux de bord des véhicules électriques que dans des portables ou ordinateurs.
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« Nous étions trop naïfs »
« Nous avions la capacité [de production nécessaire pour répondre aux besoins européens] il y a trente ans, mais nous l’avons progressivement perdue au profit de l’Asie », a déclaré M. Breton sur RTL.
À tel point qu’aujourd’hui, l’UE ne représente pas plus de 9 % de la production mondiale en puces électroniques, selon les chiffres de la Commission européenne.
Le « Chips Act » européen vise donc à ramener une réelle capacité industrielle sur le sol européen et à garantir des niveaux d’indépendance industrielle plus élevés par rapport aux acteurs asiatiques et américains, en fixant un objectif de 20 % de production européenne d’ici 2030.
Jusqu’à présent, 68 projets ont été lancés dans l’UE en ce sens, pour une valeur totale de 100 milliards d’euros – à tel point que l’objectif de 20 % pourrait être atteint plus tôt que prévu, se félicite le commissaire.
« Nous avons changé nos règles de concurrence. Nous étions trop naïfs, [donc] nous avons adapté nos règles aux réalités du monde » pour faire face à la concurrence asiatique, a déclaré M. Breton, en précisant qu’il était de la responsabilité de l’UE et de ses Etats membres « d’accompagner ces investissements très lourds ».
En mars, la Commission européenne annonçait un assouplissement des règles relatives aux aides d’État afin que les États membres disposent d’une plus grande marge de manœuvre pour co-investir en partenariat avec des acteurs privés sur des projets favorisant la transition écologique et l’indépendance industrielle européenne.
Une telle décision n’a pas manqué d’inquiéter certains acteurs économiques, affirmant que les aides d’État peuvent mettre à mal le marché unique, tant elles favorisent les États membres dotés de mannes budgétaires plus importantes – à l’instar de la France et l’Allemagne – au détriment de plus petites économies.
Si l’investissement de TSMC est approuvé par la Commission européenne, alors l’Allemagne sera le plus grand bénéficiaire de cet assouplissement des aides d’Etat, soulignait Mathieu Duchâtel, directeur des Etudes internationales à l’Institut Montaigne, dans une tribune publiée sur EURACTIV France.
« Dans ce cas, la Commission aura autorisé ce que le droit de la concurrence européen cherchait précisément à empêcher en interdisant les subventions industrielles : une concentration dans les pays aux marges de manœuvre budgétaires suffisantes pour soutenir de grands projets », explique-t-il.
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La Chine dans le viseur
L’indépendance industrielle et technologique européenne va de pair avec les efforts déployés par les institutions européennes pour se dissocier de la Chine, qui extrait et raffine nombre de métaux critiques à toute transition verte.
Pas plus tard qu’en juillet, la Chine imposait des restrictions sur les exportations de germanium et de gallium, menaçant ainsi les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ces deux métaux sont notamment utilisés dans la fabrication de puces électroniques.
« La Chine est, et restera, un grand partenaire commercial de l’Europe », a lancé le Commissaire, tout en ajoutant que certaines importations chinoises, notamment pour les « technologies les plus sensibles » seront « limitées » pour éviter tout risque de dépendance.
Mercredi (9 août), le président américain Joe Biden signait un décret restreignant les investissements américains dans des technologies jugées sensibles en Chine, en invoquant des menaces pour la sécurité nationale.
« La politique que je porte, c’est la fin de la naïveté », a conclu Thierry Breton.