Bouchon à Ormuz

Également dans l'édition de lundi : anniversaire de Boutcha, visite des députés européens en Chine, migration, crise énergétique, Biennale de Venise

EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce lundi 30 mars. Ici Nicoletta Ionta, à Bruxelles.

À savoir :

🟢 L’Europe sous pression alors que le blocus du détroit d’Ormuz s’intensifie

🟢 Les ministres des Affaires étrangères se réunissent en Ukraine cette semaine

🟢 Chypre affirme que l’UE ne constate pas encore d’afflux de migrants lié à l’Iran


L’Europe, vue de Bruxelles


La situation dans le détroit d’Ormuz s’est enlisée dans une impasse tendue, et l’Europe n’a plus vraiment la possibilité de rester en retrait.

Ce week-end, le mouvement houthiste yéménite a annoncé son entrée dans la guerre américano-israélienne contre l’Iran, lançant samedi une salve de missiles balistiques sur le sud d’Israël et ouvrant ainsi un nouveau front dans le conflit régional.

Cette escalade fait suite aux frappes menées en février contre l’Iran par Israël et les États-Unis, à la suite desquelles Téhéran a décidé d’étouffer l’une des artères énergétiques les plus critiques au monde, en menaçant les navires tentant de transiter par le détroit. Il en résulte un blocus effectif d’un passage stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié de la planète, un choc qui se répercute désormais sur les marchés mondiaux et les ménages européens.

Les dirigeants du G7 se sont à nouveau réunis vendredi pour élaborer une réponse, réaffirmant « la nécessité absolue » de rétablir la liberté de navigation dans le détroit. Les ministres des Finances doivent discuter aujourd’hui des répercussions alors que les prix de l’énergie continuent de grimper.

La France a déclaré que ses chefs d’état-major avaient rencontré une trentaine de leurs homologues pour discuter d’une éventuelle initiative future visant à sécuriser la navigation dans le Golfe, mais seulement une fois que les hostilités se seront atténuées.

Les gouvernements européens ont jusqu’à présent refusé de s’engager dans une quelconque action militaire visant à rouvrir le détroit. La chef de la diplomatie de l’Union, Kaja Kallas, a affirmé que ce conflit « n’est pas la guerre de l’Europe ». L’UE a plutôt soutenu un renforcement limité de sa mission navale en mer Rouge, l’opération Aspides, tout en rejetant toute extension de son mandat au Golfe.

Cette position devient de plus en plus difficile à maintenir. La hausse des prix du pétrole et du gaz alimente la pression politique à travers le continent. Pourtant, les dirigeants de l’UE craignent que toute intervention militaire n’entraîne l’Europe dans un conflit régional qui ne cesse de s’étendre.

Dimanche, la mission navale de l’UE en mer Rouge a averti que les attaques contre la navigation commerciale pourraient bientôt reprendre, en particulier en mer Rouge et dans le golfe d’Aden, à la suite des frappes houthistes contre Israël. Cette évolution pourrait relancer le débat sur la portée de la mission.

Pour l’instant, les diplomates restent prudents. Les Houthis n’ont pas encore pris pour cible la navigation en mer Rouge. « Si cela change, une discussion sur le mandat pourra toujours avoir lieu », a indiqué un diplomate à Rapporteur, ajoutant qu’il était trop tôt pour se prononcer.

Si les Houthis devaient reprendre leurs attaques contre la navigation en mer Rouge, le conflit pourrait s’intensifier davantage. Une fermeture du détroit de Bab al-Mandab, contrôlé par les Houthis, ferait grimper les prix de l’énergie et porterait un nouveau coup à l’économie mondiale.

De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump perd patience. Il a publiquement accusé les alliés européens de se plaindre des prix élevés de l’énergie tout en refusant de participer à ce qu’il a qualifié de « simple manœuvre militaire » visant à rouvrir le détroit. Cette semaine, il a prolongé de dix jours, jusqu’au 6 avril, le délai accordé à l’Iran pour lever le blocus.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio devrait briefer les ministres des Affaires étrangères de l’UE sur le dossier iranien – une idée évoquée lors des discussions du G7 – bien qu’aucune date n’ait encore été fixée, a déclaré un responsable de l’UE.

Commémoration à Boutcha dans un contexte d’impasse politique

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE se réunissent cette semaine à Kiev pour marquer le quatrième anniversaire des atrocités commises par la Russie à Boutcha, alors que les divergences sur le soutien à l’Ukraine persistent. Les ministres discuteront d’un soutien accru à Kiev, la Hongrie continuant d’opposer son veto à un prêt de 90 milliards d’euros destiné à renflouer les finances de l’Ukraine et à soutenir son effort de guerre.

Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, devrait s’absenter de la réunion, bien qu’une délégation hongroise y participe mardi, ont indiqué trois responsables à mon collègue Magnus Lund Nielsen et à moi-même.

Szijjártó fait l’objet d’une attention particulière en raison de ses contacts avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en marge des réunions du Conseil de l’UE. Budapest exige que Kiev rétablisse l’acheminement du pétrole russe via l’oléoduc Druzhba avant de lever son veto, bien qu’elle ait donné son accord pour le prêt en décembre dernier.

Aucun signe d’afflux de migrants iraniens, selon Chypre

Le responsable des migrations à Chypre, Nicholas Ioannides, s’est montré prudent quant aux craintes d’un afflux de réfugiés vers l’Europe lié au conflit en Iran, lors d’un entretien avec Rapporteur.

« Il n’y a aucun signe de flux en provenance d’Iran à ce stade », a-t-il déclaré, soulignant que les guerres régionales passées, notamment celle entre l’Iran et l’Irak, n’avaient pas déclenché de départs massifs vers l’Union européenne. Au contraire, les déplacements ont tendance à rester internes ou à se limiter aux pays voisins.

Pour Chypre, l’État le plus à l’est de l’Union, l’instabilité n’a rien de nouveau. « Malheureusement, notre voisinage est très instable », a-t-il expliqué. « Chaque fois qu’un conflit armé éclate dans la région, nous nous préparons afin de faire face à d’éventuels flux migratoires. » Le mois dernier, les bases britanniques sur l’île ont été la cible d’attaques menées par des drones iraniens.

Pourtant, Bruxelles et les capitales nationales surveillent la situation de près. Une lettre récente de l’Italie et du Danemark a exhorté la Commission à éviter une répétition de la crise de 2015, notamment en préparant des mesures d’urgence en cas de pic d’arrivées. Ioannides a qualifié ces inquiétudes de « normales », mais insiste sur le fait que l’Union est mieux équipée cette fois-ci, citant des cadres juridiques plus solides, des infrastructures modernisées et des procédures plus claires avant le lancement du pacte migratoire de l’UE en juin.

Cure de désintox numérique pour les députés européens en route pour la Chine

Neuf députés européens de la commission du marché intérieur se rendront à Pékin et à Shanghai cette semaine – la première visite de ce type depuis huit ans – pour des discussions avec des responsables chinois sur les technologies et le commerce électronique, ainsi que pour des réunions avec des entreprises telles que Shein, Alibaba et Temu.

Les responsables ont conseillé aux participants de ne pas emporter d’appareils personnels, a confié une personne informée de la mission à ma collègue Anupriya Datta. La députée française Stéphanie Yon-Courtin a déclaré que les députés européens suivraient les « meilleures pratiques » en matière de communication sécurisée.

Un porte-parole du Parlement européen a indiqué à Euractiv que des « mesures nécessaires » avaient été prises pour garantir la sécurité des informations, qualifiant la question de « sensible ».

Les voyages parlementaires ont été suspendus pendant la pandémie, puis gelés après les sanctions de Pékin contre plusieurs députés européens en 2021.

Le plan de 1 000 milliards d’euros de l’UE pour les énergies renouvelables déçoit

Après avoir investi des milliards dans l’éolien et le solaire pendant des décennies, l’Europe est confrontée à une nouvelle crise énergétique, sa dépendance vis-à-vis des approvisionnements étrangers étant restée pratiquement inchangée par rapport à il y a 20 ans. En 2004, l’UE importait 56,9 % de son énergie, malgré des promesses ambitieuses selon lesquelles les énergies renouvelables feraient passer le bloc d’une situation de pénurie énergétique à l’indépendance énergétique. Deux décennies plus tard, ce chiffre n’a pratiquement pas évolué, passant à 57,2 %.

Mon collègue Nikolaus J. Kurmayer explique pourquoi la transition verte du bloc n’a pas encore permis d’atteindre l’indépendance énergétique. Lire l’article complet.

Les députés européens font pression sur la Biennale au sujet de la Russie

Un groupe multipartite de députés européens exhorte la Commission à donner suite à son avertissement de retirer le financement de l’UE à la Biennale de Venise si la Russie est autorisée à y revenir. Le mois dernier, les commissaires Micallef et Virkkunen ont vivement critiqué la décision d’autoriser la Russie à rouvrir son pavillon national à la Biennale de Venise de 2026.

Dans une lettre adressée à von der Leyen et Kallas – et consultée par Rapporteur – les législateurs affirment que l’Union doit joindre le geste à la parole après la déclaration de la Commission indiquant qu’elle pourrait suspendre son financement en cas de participation de Moscou.

« La culture ne doit jamais servir de plateforme de propagande », avait alors averti Bruxelles, mais les députés européens réclament désormais des mesures concrètes, notamment des contrôles des sanctions et une réduction d’environ 2 millions d’euros du soutien de l’UE si le pavillon voit le jour. La Commission n’a pas répondu à une demande de commentaires avant la publication.


Rond-point Schuman


Contrôle surprise pour une eurodéputée à Rome : samedi matin, la police italienne a procédé à un « contrôle préventif » auprès de la députée européenne d’extrême gauche Ilaria Salis dans son hôtel à Rome, à la veille d’un week-end de manifestations politiquement chargées, à la suite d’une demande transmise par un pays européen non identifié – ce qui soulève de nouvelles questions concernant l’immunité parlementaire au sein de l’UE. Lire l’article complet.


Les capitales


BERLIN 🇩🇪

Le président syrien Ahmed al-Shaara se rendra aujourd’hui à Berlin pour s’entretenir mardi avec Friedrich Merz, effectuant ainsi sa première visite officielle en Allemagne. Ce voyage, reporté depuis janvier en raison des combats dans l’est de la Syrie, intervient alors que s’intensifient les efforts visant à intégrer les forces dirigées par les Kurdes au sein de l’armée nationale. Selon les informations recueillies par Euractiv, les discussions devraient porter principalement sur le rôle de l’Allemagne dans la reconstruction de la Syrie.

– Björn Stritzel

PARIS 🇫🇷

Les autorités françaises ont arrêté trois personnes dans le cadre d’un projet d’attentat à la bombe déjoué visant le siège parisien de Bank of America, ont indiqué les procureurs. Un suspect a été interpellé sur place après avoir placé un dispositif contenant un liquide inflammable et un système d’allumage à proximité du site. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a estimé que cet incident pourrait être lié à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, bien que l’enquête soit toujours en cours.

– Christina Zhao

MADRID 🇪🇸

Dans une lettre adressée dimanche aux membres de son parti, Pedro Sánchez a réaffirmé l’opposition de l’Espagne à la guerre contre l’Iran, déclarant que le pays « s’exprime clairement » et reste « du bon côté ». Il a également mis en avant un nouveau plan de soutien énergétique, comprenant des réductions sur les carburants et des baisses d’impôts, le décrivant comme le filet de sécurité sociale le plus solide de l’UE et une source de fierté nationale.

– Inés Fernández-Pontes

BRATISLAVA 🇸🇰

Robert Fico a de nouveau menacé de retirer son soutien à un nouveau train de sanctions de l’UE contre la Russie, avertissant que Bratislava pourrait bloquer de nouvelles mesures si la Commission européenne donnait la priorité à Kiev au détriment des intérêts slovaques. Il a également fait part de son opposition à l’accélération du processus d’adhésion de l’Ukraine à l’UE, alors que les relations avec Kiev se détériorent en raison des perturbations sur l’oléoduc Druzhba.

– Natália Silenská

BELGRADE 🇷🇸

Les élections locales dans 10 municipalités serbes ont pris une tournure tendue lors de ce premier test électoral depuis le début du mouvement de protestation étudiant, qui dure depuis un an et demi. Le scrutin a été entaché par des signalements d’irrégularités, notamment des agressions contre des journalistes, des militants et des observateurs, selon les médias locaux. Les résultats complets sont attendus aujourd’hui, et le Parti progressiste serbe au pouvoir devrait largement conserver le contrôle.

– Bronwyn Jones


Également sur Euractiv


La bataille européenne sur le tabac commence

Bruxelles s’apprête à connaître un bras de fer autour de sa première évaluation exhaustive des effets sur la santé des produits du tabac alternatifs, alors que les responsables envisagent un durcissement de la réglementation parallèlement à des négociations tendues sur la fiscalité et les recettes budgétaires de l’UE.

Face à la division des gouvernements nationaux et à l’exigence d’unanimité pour les réformes fiscales, les diplomates mettent en garde contre le fait que les désaccords sur les taxes et les données scientifiques pourraient faire dérailler les efforts visant à harmoniser les politiques relatives aux cigarettes électroniques, au tabac chauffé et aux sachets de nicotine.


Editrices.teur : Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trice : Anupriya Datta, Charles Cohen, Magnus Lund Nielsen, Nikolaus J. Kurmayer

Traductrice : Clara Vassent