Borissov : Je suis en guerre contre la mafia avec Octopus

Le gouvernement bulgare est en guerre contre la mafia, a déclaré le premier ministre Boyko Borissov à Bruxelles jeudi (11 février). Il a ajouté d'un air dramatique que le résultat de l’importante opération anti-mafia,surnommée Octopus, restait incertain.

Le premier ministre bulgare Boyko Borissov abordera la question du gaz à Bruxelles le 4 décembre. [Dnevnik]
Le premier ministre bulgare Boyko Borissov abordera la question du gaz à Bruxelles le 4 décembre. [Dnevnik]

Le gouvernement bulgare est en guerre contre la mafia, a déclaré le premier ministre Boyko Borissov à Bruxelles jeudi (11 février). Il a ajouté d'un air dramatique que le résultat de l’importante opération anti-mafia,surnommée Octopus, restait incertain.

C'est la guerre, a dit M. Borrisov. Reste à savoir qui sera vainqueur.

Cette remarque est venue en réponse à une question posée par le correspondant de Dnevnik, publication partenaire d'EURACTIV en Bulgarie, qui a demandé si le premier ministre pensait ou non que les cercles du crimeorganisé ou politique riposteraient après le lancement de l'opération.

Mercredi, la police anti-mafia à Sofia a arrêté 13 personnes qui sont censées faire partie d'un groupe criminel organisé, qui d'après la police a été actif durant au moins 10 ans.

Le plus prééminent d'entre eux est Alexey Petrov, une personnalité très controversée de la transition tourmentée de la Bulgarie vers la démocratie. Ceux qui ont été arrêtés sont suspectés de racket à large échelle, de trafic de drogue, de fraude à la TVA de grande ampleur, de diriger des réseaux de prostitution, et d'avoir siphonné la plus grande usine métallurgique du pays, le complexe de Kremikovtsi.

L'opération, appelée "Octopus", fait référence à la fameuse série télévisée italienne "La Piovra".

M. Petrov est un ancien membre des forces spéciales anti-mafia, qui ont infiltré les cercles de la mafia à la fin des années 1990. Ses détracteurs prétendent qu'il n'a jamais combattu le monde des criminels, mais a plutôt usé de sa position pour se créer une fortune personnelle tout en bénéficiant de l'immunité selon l'application des lois.

Sous l'ancien gouvernement du premier ministre socialiste Sergey Stanishev, Alexey Petrov a été nommé conseiller spécial chez DANS, une agence de sécurité nationale inspirée du FBI, qui a été établie il y a quelques années pour combattre le crime organisé. Des sources ont confié à EURACTIV que DANS, qui à l'origine bénéficiait d'une soutien substantiel des Etats-Unis et des pays de l'UE, avait perdu toute crédibilité après avoir recruté M. Petrov.

Rumen Petkov, ancien ministre de l'intérieur du gouvernement Stanishev, qui a été forcé à la démission après qu'une mise sur écoute ait révélé qu'il était en contact téléphonique régulier avec des personnalités de la mafia (EURACTIV 15/04/08), a déclaré que s'il était effectivement prouvé que M. Petrov faisait partie d'un groupe de crime organisé, M. Stanishev devait se retirer du poste qu’il occupe au sein de son parti. L'ancien premier ministre dirige maintenant le parti socialiste, dans l'opposition.

Chaleureuses salutations des Etats-Unis

James B. Warlick, Ambassadeur américain en Bulgarie, a salué chaleureusement les arrestations du gouvernement bulgare dans l'opération Octopus.

Les Etats-Unis félicitent tout le personnel du service de répression engagé dans les actions professionnelles et courageuses qu'ils ont entreprises pour appréhender certains des criminels suspectés les plus notoires de Bulgarie, informe un communiqué de presse de l'ambassade. Le diplomate américain a personnellement salué M. Borrisov pour le courage dont il a fait preuve.

Toutefois, les critiques restent dubitatives quant à l'étendue réelle de la détermination du nouveau premier ministre bulgare de réprimer plus sévèrement le crime organisé. Certains ont fait remarqué que M. Borrisov avait en réalité des motifs personnels de revanche sur M. Petrov, car ce dernier a commandé le bombardement de la voiture de M. Borissov en 1997, selon certaines informations.

A ce moment là, M. Borissov dirigeait une entreprise de sécurité. Il n'était pas lui-même dans la voiture au moment de l'explosion, mais sa partenaire de longue date, Tsvetelina Borislavova, en est sortie gravement blessée. Mme Borislavova, qui a guéri depuis, dirige maintenant la banque KBC en Bulgarie, et d'après des articles de presse, dispose d'une fortune personnelle estimée à plus de 100 millions d'euros.

Le correspondant à Bruxelles de la radio nationale bulgare a demandé à M. Borissov comment il comptait répondre aux allégations selon lesquelles l'opération Octopus était en réalité une revanche personnelle à l'encontre de M. Petrov.

Cela n'a aucun sens, a répondu M. Borissov. Mais il a tout de même admis que : quelle que soit la personne à qui vous avez à faire en Bulgarie, elle est liée à quelqu'un d'autre.

L'argent de l'UE commence à jaillir

M. Borissov a distribué à la presse bruxelloise des photocopies de lettre de la Commission européenne en date du même jour, annonçant que deux programmes d'aide de l'UE, qui avaient été mis en attente par l'exécutif de l'UE auparavant en raisons de problèmes de gestion, avaient été dégelés.

Le premier, un programme environnemental, prévoit jusqu'à 1,466 milliards d'euros, alors que l'autre, un programme de capacité administrative, vaut 132 millions d'euros.

Ces dernières années, quatre autres programmes opérationnels pour la Bulgarie ont été débloqués. Le seul qui est resté gelé concerne les ressources humaines. Une décision sur ce programme devrait être prise dans les semaines qui viennent.

Comme nous l'avions secrètement espéré, la Commission a dit que tout ce que la Bulgarie avait à faire a été mis en œuvre. Concernant la capacité administrative, nous avons 132 millions d'euros disponibles, ce qui nous avait été refusé en 2008 et 2009. Désormais la lettre affirme que tout est en ordre. En ce qui concerne l'environnement, le financement pour 2008 était gelé, pour 2009 aussi, et pour 2010, nous avons 1,466 millions d'euros disponibles, s'est-t-il réjoui.

Interrogé par EURACTIV sur la nouvelle attitude de la Commission, M. Borrisov a dit : Je vous laisse commenter. Comme vous le voyez, pour l'ancien gouvernement elle refusait constamment de libérer les fonds, et avec le nouveau, tout l'argent commence à jaillir seulement 6 mois après notre prise de fonction. Je pense que les choses sont claires. Par modestie, je n'en dirai pas plus, a-t-il conclu.

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