Berlin rejette l'idée d'accorder l'asile à Edward Snowden

De plus en plus de personnalités publiques allemandes demandent que l'asile soit accordé à Edward Snowden. Berlin estime pour sa part que le lanceur d'alerte ne remplit pas les conditions d’obtention de l’asile. Un article d'EURACTIV Allemagne.

EURACTIV.de
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De plus en plus de personnalités publiques allemandes demandent que l'asile soit accordé à Edward Snowden. Berlin estime pour sa part que le lanceur d'alerte ne remplit pas les conditions d’obtention de l’asile. Un article d'EURACTIV Allemagne.

Plus de 50 personnalités publiques ont demandé à Berlin d'apporter son soutien à l'ancien contractant de l'Agence américaine de la sécurité nationale (NSA), dans l'hebdomadaire Der Spiegel.  Mais le gouvernement allemand campe sur sa position, de crainte que les relations entre l'Allemagne et les États-Unis ne s'enveniment.

« Il n'existe aucune raison d'offrir l'asile à Edward Snowden. Il n'est pas victime de persécution politique », a expliqué Hans-Peter Friedrich, le ministre allemand de l'Intérieur, au quotidien Münchner Merkur« Edward Snowden pourrait seulement demander l'asile en Allemagne s'il était déjà dans le pays », a-t-il ajouté.

Le gouvernement allemand avait examiné le cas de l'ancien contractant de la NSA en juillet. « À cette époque, les ministères des Affaires étrangères et de l'Intérieur ont constaté d'un commun accord que les conditions d'admission n'étaient pas respectées », a poursuivi le ministre.

Pour Hans-Peter Friedrich, le gouvernement allemand préférerait que l'audition de Snowden ait lieu en Russie, où il réside actuellement. 

Guido Westerwelle, le ministre des Affaires étrangères, ne souhaite pas non plus accorder l'asile à Edward Snowden. Il a expliqué au Spiegel Online qu'il est très important de ne pas nuire aux relations germano-américaines.

La commission du contrôle parlementaire doit formuler aujourd’hui de nouvelles recommandations sur l'affaire NSA. Hans-Georg Maaßen et Gerhard Schindler, les directeurs des deux grandes organisations allemandes de collecte de renseignements, l'Office fédéral pour la protection de Constitution (BfV) et les services de renseignements allemands (BND), devraient par ailleurs présenter les résultats de leur visite aux États-Unis.

Les deux hommes devraient discuter avec des fonctionnaires de la NSA à Washington des écoutes supposées du portable de la chancelière allemande par la NSA. Enfin, le député écologiste allemand Hans-Christian Ströbele doit également discuter de sa rencontre avec Edward Snowden en Russie.

Le président des verts, Jürgen Trittin, a soutenu dans un communiqué le 4 novembre la demande d'asile du lanceur d'alerte.  « Les révélations d'Edward Snowden ont mis en lumière un énorme scandale de mise sur écoute. Il est tout sauf un criminel et mérite d'avoir une résidence protégée en Allemagne », a-t-il affirmé au Spiegel Online.

Bernd Riexinger, le président du parti de gauche en Allemagne abonde dans ce sens. Il exhorte le gouvernement allemand à discuter avec Edward Snowden et à lui octroyer l'asile par l'intermédiaire d'une résolution parlementaire.

« Il existe une manière possible et légale de transférer Edward Snowden en Allemagne tout en le protégeant d'une extradition vers les États-Unis », a-t-il indiqué au quotidien Mitteldeutsche Zeitung. « Mais le gouvernement manque apparemment de volonté politique. »

Angela Merkel a également mis en garde contre une possible brouille politique entre son pays et les États-Unis. « L'alliance transatlantique reste de la plus haute importance pour les Allemands », a déclaré le porte-parole du gouvernement Steffen Seibert, le 4 novembre à Berlin. « Presqu'aucun pays ne profite autant que l'Allemagne de ce partenariat, de cette amitié.  Il est de la plus haute importance. Nous agirons dans l'esprit de cette alliance. C’est ce que nous avons fait dans le passé et cela guidera toutes les décisions de la chancelière à l'avenir. »

Angela Merkel attache beaucoup d'importance à la protection des citoyens allemands contre l’espionnage des données et l’intrusion dans la vie privée. « C'est la raison pour laquelle Angela Merkel essaie de rétablir la confiance avec les États-Unis et de prévoir des accords clairs comme base d'une coopération future », a ajouté le porte-parole.

Les verts et la gauche plaident donc en faveur d'un transfert en toute sécurité et d'un permis de résidence pour Edward Snowden en Allemagne. De leur côté, les démocrates-chrétiens (CDU) et les sociaux-démocrates (SPD) insistent pour qu'il soit interrogé sous l'asile de Moscou.

Mais un accord conclu sur l'extradition entre les États-Unis et l'Allemagne impliquerait que l'ancien contractant de la NSA soit arrêté sur le territoire allemand.

Selon le chef de groupe du SPD au Parlement, Thomas Oppermann, s'il est possible d'interroger Edward Snowden à Moscou, « cela doit se faire rapidement ». L'audition d'Edward Snowden en Allemagne n'est toutefois pas exclue, ajoute-t-il. Il faut trouver une solution humanitaire et les relations germano-américaines doivent rester intactes, a expliqué Thomas Oppermann sur la chaîne télévisée ARD le 3 novembre.